Un colt pour trois salopards
Titre original: Hannie Caulder
Genre: Western , Rape and revenge
Année: 1971
Pays d'origine: Royaume-Uni
Casting:
Raquel Welch, Robert Culp, Ernest Borgnine, Jack Elam, Strother Martin, Christopher Lee, Diana Dors, Stephen Boyd...
 

Après un hold-up de banque raté, les frères Clemens, trois bandits, se réfugient dans une ferme et comptent bien en repartir avec trois chevaux. Après avoir assassiné froidement Jim Caulder, le propriétaire, ils violent sa femme tour à tour, brûlent le ranch et la laissent pour morte. Mais la femme, Hannie, n'est pas morte et est prête à tout pour assouvir sa vengeance. Dans sa quête elle croise bientôt Thomas Luther Price, un chasseur de primes qui décide de l'aider...

 

 

Burt Kennedy, vétéran du genre et ancien scénariste des westerns de Budd Boetticher, n'a jamais été très prisé des critiques. À l'instar d'un Andrew V. McLaglen, il fait partie de ces cinéastes ayant émergé à la toute fin des années 50 pour se retrouver régulièrement à réaliser des westerns, ce à une époque charnière. Du coup, leurs films oscillent entre le vieux et le nouveau Monde, avec un talent inégal. Burt Kennedy ne peut pas prétendre avoir pris une relève digne des réalisateurs dont il s'inspire et ses films sont souvent moyens ("Le Retour des sept", "La Caravane de feu", "Un homme fait la loi", "Les Voleurs de train"...). Cependant, il surprend parfois, même en évoluant dans le polar ou le thriller (Les Inconnus du désert, "Ordure de flic", deux collaborations avec Stacy Keach). L'un de ses principaux défauts est de pratiquer un humour balourd et de vouloir trop souvent insérer du burlesque dans des aventures qui demandent un traitement plus finaud.
De même, sa mise en scène, quoique professionnelle, n'a pas de relief et de caractère particuliers. Du coup, hormis ses collaborations humoristiques avec James Garner ("Ne tirez pas sur le shérif", "Tueur malgré lui"), c'est lorsqu'il reste sérieux qu'il donne le meilleur de lui-même. Néanmoins, toute règle ayant ses exceptions, Hannie Caulder est son film qui, contre toute attente, sort du lot et réussit tant bien que mal un pari qui s'annonçait impossible.

 

 

Si la vengeance est un thème éculé, Hannie Caulder a pour lui d'être l'un des rares westerns qui s'inscrit dans le genre rape and revenge. Le mélange est par ailleurs désarçonnant puisque le ton y est tour à tour violent, âpre, grave, mélancolique et humoristique. Une sorte de bouillabaisse dans laquelle les sentiments distillés et les tons successivement employés paraissent tenir du paradoxe. On part sur un massacre pour se retrouver avec une bande de Dalton presque touchants à force de stupidité et de valeurs crasses. S'ensuit une histoire d'amour bientôt contrariée par le destin, le tout de façon mélancolique, distanciée mais néanmoins attachante (le personnage du chasseur de primes désintéressé joué par Robert Culp est formidable et semble le personnage le mieux dessiné), tandis que Hannie Caulder revêt un aspect fantomatique avec cet autre chasseur de prime, énigmatique, sorte de prédicateur de l'au-delà campé par Stephen Boyd ; tout cela réuni pour arriver à une conclusion proche de la gaudriole... et si ça n'était que pour rire ? Étonnant mélange donc, puisque d'un côté Un colt pour trois salopards est un film clairement féministe, avertissant les malotrus qu'ils fassent gaffe à leurs couilles ; de l'autre, Burt Kennedy fait des trois dégueulasses des figures de bande dessinée et, du coup, comme dit peu avant, difficiles à prendre au sérieux.

 

 

De fait, la sauce prend par intermittences tandis que l'ensemble contente tout en laissant perplexe. Mais à sa manière, Hannie Caulder est une jonction très intéressante entre le western américain classique et celui, plus moderne, issu des relectures all'dente et plus encore de ce qu'a dégainé un certain Sam Peckinpah peu avant. Le trio de bandits patibulaires tout comme le début très violent rendent leur dû à La Horde sauvage. Ce n'est pas le fruit du hasard si l'on retrouve Ernest Borgnine et Strother Martin parmi le trio, tandis que le troisième n'est autre que le second couteau omniprésent du genre : l'excellent Jack Elam, dont Burt Kennedy choisit même de lui faire garder son cache-poussière de "Il était une fois dans l'Ouest".
On n'oubliera pas de citer parmi les étonnants faits d'arme du film, celui de faire jouer Christopher Lee dans l'unique western de sa carrière (à l'exception d'apparitions dans 3 épisodes de la série "La conquête de l'Ouest").
Quant à Raquel Welsh, on l'avait déjà vue dans le genre au sein de Bandolero! et de "Les 100 fusils" mais, en plus de former ici un excellent duo avec un Robert Culp très inspiré, elle livre probablement l'une des meilleures prestations, et pas dans n'importe quel rôle puisque Un colt pour trois salopards est probablement l'un des tout premiers et rares westerns mettant en scène une femme-pistolero dans le rôle principal. À voir en double-programme avec Belle Starr Story.

 

 

Mallox

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