Hercule contre Moloch
Titre original: Ercole contro Moloch
Genre: Peplum
Année: 1963
Pays d'origine: France-Italie
Réalisateur: Giorgio Ferroni
Casting:
Gordon Scott, Rosalba Neri, Arturo Dominici, Michel Lemoine, Jany Clair, Alessandra Panaro, Nerio Bernardi, Nello Pazzafini, Geneviève Grad, Pietro Marascalchi, Fortunato Arena.
Aka: La conquista di Micenas / Conquest of Mycene / Hercules Attacks / Die Eroberung von Mykene
 

La cité de Mycènes est détruite par un violent tremblement de terre, le roi mourant fait promettre à sa femme enceinte, la cruelle reine Demetra, de reconstruire une nouvelle cité et de ne plus honorer le dieu Moloch. Vingt ans plus tard, Mycènes a été reconstruite, la reine met au monde un enfant monstrueux, qu'elle fait passer pour la réincarnation du dieu Moloch, et au nom duquel sont sacrifiées de jeunes vierges venues des cités voisines. Glauco, fils du roi de Tirynthe, décide de mettre fin à ce rituel barbare. Sous l'identité d'Hercule, il rejoint un convoi d'esclaves envoyés à Mycènes.  



Le péplum est un sous-genre basé sur des épopées historiques ou bibliques, les scripts se déroulent la plupart du temps pendant la période gréco-romaine ou médiévale. Ces films ont dominé l'industrie cinématographique italienne de 1958 à 1965, pour finalement être remplacés en 1965 par les films d'espionnage et les westerns spaghettis.


En 1958, le film Les Travaux d’Hercule avec Steve Reeves (tourné dans les décors de Ulysse) remporte un tel succès (notamment aux États Unis) qu’une suite sera presque immédiatement réalisée : Hercule et la reine de Lydie sera un nouveau succès, la mode du "Muscle Opera" est lancée et les Italiens comptent bien en tirer un maximum de profit. Pas moins d’une vingtaine de films mettant en scène Hercule sortiront entre 1958 et 1968, chacun étant une histoire indépendante non liée aux autres car ils sont fréquemment financés par des producteurs différents et souvent avec des acteurs interchangeables : après Steve Reeves suivront Gordon Scott, Kirk Morris, Mickey Hargitay, Mark Forest, Alan Steel, Dan Vadis, Brad Harris, Reg Park, Peter Lupus (présenté comme Rock Stevens) et Mike Lane. Si Steve Reeves continuera une belle carrière dans le film d’aventures (Sandokan, le tigre de Bornéo, Les Derniers jours de Pompeï), il ne reprendra plus le rôle d’Hercule.



Contrairement à pas mal de ses camarades, Gordon Scott (1936-2007) est loin d’être un étranger au monde du cinéma, en effet dès 1954, il fut choisi pour devenir le onzième Tarzan de l’histoire : Tarzan chez les Soukoulous (Tarzan's Hidden Jungle), Tarzan et le safari perdu (Tarzan and the Lost Safari), Le Combat mortel de Tarzan (Tarzan's Fight for Life), La Plus Grande aventure de Tarzan (Tarzan's Greatest Adventure) et Tarzan le magnifique (Tarzan the Magnificent). En 1961, il reçoit une offre pour être le partenaire de Steve Reeves dans Romulus et Rémus (son meilleur film selon certains) et enchaîne deux Maciste : Maciste contre le Fantôme et Le Géant à la cour de Kublai Khan (Maciste alla corte del Gran Khan). C’est le début de sa deuxième carrière où il participera à quelques bons péplums comme Le Lion de Saint Marc et d’autres un peu moins bons comme Hercule, héros de Babylone et La Terreur des gladiateurs.



Rosalba Neri est une vraie actrice bis, cette magnifique italienne va virevolter d’un genre à l’autre suivant les modes. Second couteau de charme de nombreux péplums (La Terreur des gladiateurs, Hélène, reine de Troie, Kindar, prince du désert, Maciste et les filles de la vallée) on la voit aussi dans Angélique, marquise des anges et Merveilleuse Angélique. Ensuite, on la retrouve dans des westerns comme Johnny Yuma, Arizona Colt, Furie au Missouri, Dynamite Jim, Le Jour du jugement ou des bandes d’espionnages comme Espionnage à Cape Town, L'Agent Gordon se déchaîne, Typhon sur Hambourg, Pas de roses pour OSS 117. Délurée par Jess Franco dans Les Brûlantes, Justine ou les infortunes de la vertu, Le Château de Fu Manchu, c’est dans le film d’horreur érotique qu’elle va connaître une certaine renommée avec des titres comme Lady Frankenstein, Les Insatisfaites poupées érotiques du Pr Hitchock ou Les Vierges de la pleine lune.

Michel Lemoine (1922-2013) débute sa carrière d'acteur en France juste après la guerre en tournant notamment pour Sacha Guitry (Le Diable boiteux), puis il s’expatrie en Italie où il se fait remarquer dans Le Monstre aux yeux verts. Le voila parti pour une dizaine d’années au service du cinéma de genre italien où son physique de séducteur inquiétant fera merveille, comme dans Une Corde, un colt, Mission spéciale à Caracas, Les possédées du démon, Les Plaisirs dangereux, etc. A la fin des années soixante, il rencontre Jess Franco qui l’engage pour Necronomicon et au début des années septante il devient réalisateur. Son film Les Week-ends maléfiques du Comte Zaroff sera interdit en France par le gouvernement de l'époque et il finira sa carrière comme réalisateur de films pornos, notamment avec l'actrice Olinka (Marilyn mon amour, Le Retour de Marilyn, etc.)



Jany Clair (1938), superbe actrice française au profil atypique, partagera sa carrière entre la France (Pierrot la tendresse, Bal de nuit, Les Amants de Montparnasse, etc.) et l’Italie (Les Légions de Cléopâtre, Les Derniers jours d’Herculanum, Maciste contre les hommes de pierre, etc.). Elle fera une brève mais belle carrière entre 1956 et 1964 en jouant dans près de trente films, en particulier des péplums et d'autres films d'aventure. L'actrice aux cheveux roux et aux yeux verts s'est retirée en Afrique en 1966.  

Giorgio Ferroni débute le cinéma dans les années trente et bien vite, il se spécialise dans le documentaire. En 1960, il réalise l’excellent Moulin des supplices et beaucoup le considèrent alors de la carrure d’un Bava ou d’un Freda, mais la suite de sa filmographie quoique honorable ne confirmera pas les espoirs fondés un peu vite sur le gaillard. Ce qui n’empêchera nullement Ferroni de signer une demi douzaine de péplums plus qu’honnêtes dans lesquels son sens du spectaculaire et un certain lyrisme font merveille : Les Bacchantes, La Guerre de Troie, Le Colosse de Rome, Hélène, reine de Troie, La Terreur des gladiateurs et Hercule contre Moloch. A partir de 1965, il se tournera vers le western avec notamment Wanted (Un shérif à abattre) et Le Dollar troué, et le film de guerre (La Bataille d’El Alamein). En 1972 il signera son avant-dernier film, un étrange film d’horreur intitulé La Nuit des Diables.



En 1963, le péplum entame sa dégénérescence, les budgets s’amincissent, les réalisateurs les plus doués abandonnent le genre, le laissant le plus souvent à des faiseurs ou des tacherons, la qualité des films diminue et petit à petit les films mythologiques commencent à recycler en utilisant des scènes d’autres productions similaires. Si, au départ, le phénomène se bornait a quelques images (en général des batailles, de la figuration ou des effets spéciaux), on assiste a des recyclages de portions entières de film. Giorgio Ferroni va donc utiliser des pans entiers de deux de ses anciens films, Les Bacchantes et La Guerre de Troie en y ajoutant Les Conquérants héroïques de Giorgio Venturini. Cet enchevêtrement de séquences disparates aura comme conséquence de rendre les scènes de batailles totalement incompréhensibles, les costumes des combattants changeant d'une scène à l'autre. Les plus observateurs auront remarqué que les décors, les costumes et même la maquette de la cité sont empruntés, via un habile montage, à La Guerre de Troie. De même, les scènes où l’on voit de belles demoiselles tambouriner dans des cavernes, le prêtre se faire foudroyer et tout ce qui a rapport à la sécheresse vient des Bacchantes. Ce montage confus n'est pas sans conséquence avec, par exemple, la disparition du personnage de la reine dans la dernière bobine ou les nombreux détails (décors ou costumes) qui ne sont pas raccord. Seule originalité : le personnage de Moloch, difforme à la naissance, voue une haine farouche à la normalité et massacre allégrement les jeunes gens qui lui sont livrés en offrande. Son visage dissimulé derrière un masque de chacal est plutôt réussi et les (rares) scènes où il intervient sont vraiment impressionnantes.

Dernier outrage à un genre en obsolescence, le Hercule du titre n’est qu’un simple prête-nom utilisé par le héros, d’ailleurs celui-ci, malgré une force supérieure à la moyenne (il arrache quand même ses chaînes d’un mur) ne se retrouve jamais torse nu, préférant l’armure et le casque.
Malgré ses défauts, ce péplum crépusculaire tient pourtant la route, il s’en dégage un parfum d’amertume et de mélancolie, comme si Ferroni démontrait par l’absurde sa déception face à un genre qui, comme la reine Demetra, n’arrive pas à aller de l'avant !

 

The Omega Man

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