Harlequin
Genre: Drame , Fantastique , Thriller
Année: 1980
Pays d'origine: Australie
Réalisateur: Simon Wincer
Casting:
Robert Powell, David Hemmings, Carmen Duncan, Broderick Crawford, Gus Mercurio, Alan Cassell, Mark Spain, Alyson Best, Sean Myers, Mary Simpson, Bevan Lee...
 

Le Sénateur Rast est un homme important et bien gardé. Obsédé par sa carrière politique, il a tendance à négliger son épouse Sandra ainsi que son fils Alex, atteint d'une leucémie et dont le diagnostique lui semble être fatal. Rast abandonne trop souvent le foyer pour se détendre en compagnie de sa maîtresse et collaboratrice.

Un soir, et malgré les allures de forteresse de sa propriété, un inconnu drôlement vêtu, parvient à pénétrer dans la chambre d'Alex à qui le docteur ne donne plus que quelques jours à vivre.

Après quelques étranges manipulations et un discours singulier à l'enfant, le mal semble disparaître. Le sénateur commence à s'intéresser de plus près à cet inconnu qui se fait appeler Gregory Wolfe. Après enquête il apprendra que l'homme est mort près de vingt ans avant. Pourtant il ne peut être que bluffé par les faits. Imposture et rémission factice comme le pense le médecin de famille ? Difficile de faire la part des choses d'autant que Rast est le premier à être fasciné par cet étrange magicien qui n'hésite pas à se faire charmeur ainsi qu'arborer de drôles de costumes. Préoccupé par les remous politiques du pays, Rast va à nouveau se détacher de sa famille pendant que l'homme mystérieux gagne la sympathie de sa femme et son fils. Harlequin ou polichinelle ? Toujours est-il que celui-ci saura peut-être cerner un complot politique en train de se tramer...

 

 

Harlequin est un film inégal, mais dans l'ensemble original et prenant. On le doit à Simon Wincer, au préalable artisan à tout faire au sein de la télévision des années 70. Il signe son premier film l'année précédente avec "Snapshot" (alias "The day after halloween"), un thriller inégal lui aussi mais toutefois prometteur. Comme la plupart de ses confrères, du fait d'une restriction budgétaire culturelle nationale, il s'expatriera peu après aux Etats-Unis pour y livrer quelques commandes express peu inspirées et surtout sans aucune âme et saveur, à l'instar de "Daryll", "Sauvez Willy" jusqu'au plus récent "Crocodile Dundee III". Dommage car nous ne saurons finalement jamais ce qu'aurait valu ce réalisateur évoluant dans son milieu naturel, attelé à des projets plus personnels comme pour ce film. Il retrouve en tout cas ici au scénario, son comparse de "Snapshot", à savoir le talentueux et multiforme Everett De Roche. Un incontournable du genre auquel on doit un paquet de collaborations et de scripts pour des films devenus depuis des standards lorsqu'ils ne furent pas des classiques instantanés. Ainsi de sa plume sont sortis, Long Week-end (et son récent remake), "Patrick", mais aussi "Razorback" et Link. Il est vrai que la famille australienne semble assez petite et si on la regarde de près, à croiser les classiques de la fin des années 70 et avant la décrépitude et désertification nationale, on retrouve régulièrement les mêmes noms aux génériques.

 

Ainsi ici Robert Powell que dirigera David Hemmings l'année suivante dans l'intéressant et sous estimé Survivant d'un monde parallèle. De même Carmen Duncan qu'on retrouvera dans Les traqués dans l'an 2000 co-produit par Hemmings himself.

Pourtant le lien de tout ça reste son producteur suractif, Antony I. Ginnane, présent et même à l'origine le plus souvent de tous ces projets auxquels on pourra rajouter "Fantasm" de Richard Franklin, ou encore "Les bourlingueurs" de Hemmings pour faire la boucle. Finalement Harlequin semble faire partie d'une nouvelle vague fantastique initiée par Peter Weir avec "Les voitures qui ont mangé Paris" et poursuivie avec "Picnic à Hanging Rock" puis "La dernière vague", vague sur laquelle a d'ailleurs intelligemment surfé le producteur renard susnommé.

 

 

Il est vrai que la réalisation de Simon Wincer pourra paraître par moments quelque peu fonctionnelle, encombrée parfois de certains passages qui pourront sembler avoir mal vieilli, à l'instar de deux ou trois trucages un tout petit moins heureux que l'ensemble. De même, certaines scènes semblent dispensables ; celle du shampoing "maléfique" est un peu hors-jeu, excessive, et qui n'apporte rien à l'intrigue en plus de la ralentir pour semble t-il remplir le quota fantastico-choc.

Néanmoins le film a des qualités qui demeurent indéniables. De bonnes scènes, voire même excellentes, comme l'irruption de nuit et par la fenêtre de la chambre d'Alex de notre Harlequin, puis sans doute le clou du film, une représentation mondaine devant une foule de politiciens réticents car discrédités par notre polichinelle, scène qui saura passer de l'intriguant au suspens pour culminer dans le spectaculaire haut de gamme. Bref, il y a de quoi se rassasier ici car si l'ensemble se fait par moments bancal, l'addition de bonnes scènes fait la différence. A ce sujet, l'une des meilleures astuces scénaristiques reste de ne jamais donner d'explications ni rationnelles, ni autres, sur les apparents pouvoirs de notre Harlequin. Imposteur, manipulateur, charmeur, celui-ci n'est pas dépeint comme une entité parfaite et garde même figure humaine avec ses défauts. De fait, l'ambiguïté s'installe petit à petit et de manière plus sure et efficace. On reste sur nos gardes, à l'instar du sénateur Rast, qui tente de se défaire de sa fascination pour Wolfe, fascination qui le discrédite au sein d'un monde politique terre à terre mais aux contours troubles et malsains. Monde politique dans lequel s'immiscera également Wolfe et dont on ne connaîtra jamais les motivations exactes, si ce n'est d'empêcher un complot et attentat en cours. Est-il venu pour guérir Alex, si oui, pourquoi ? Il devient en tout cas gênant au sein de l'entourage du sénateur qui capte là un danger capable de déjouer ses plans. C'est ce que fera d'ailleurs Harlequin à ses dépends, et, tandis que Rast aura choisi de ne pas céder à la paranoïa et ainsi de ne pas croire au surnaturel pourtant en représentation constante devant lui. Et si leurres elle recèle, difficile de les déceler pour autant et pour ensuite en dénoncer l'imposture.

 


A noter que le personnage de Gregory Wolfe est inspiré ici de Gregory Raspoutine, qui avait dans l'empire Russe en son temps, guéri le fils de la tsarine Alexandra Fedorovna, atteint d'hémophilie. Tout d'abord le mystique errant fut reconnu comme guérisseur, puis fut assez rapidement soupçonné de charlatanisme par la cour (ce dernier avait pour exemple jeté l'aspirine prescrit au jeune enfant tandis que l'on en connaissait pas les propriétés anticoagulantes, ce qui peut rationnellement expliquer son amélioration de santé – On retrouve d'ailleurs au sein du film ce fait historique via le médicament voué à l'enfant malade et rejeté par notre héros). Comme l'autre Gregory du film, Raspoutine séduisit de nombreuses femmes de l'empire et devint ainsi gênant par son pouvoir de fascination qu'il pu exercer. A l'instar d'une autre scène clé du film et grâce à d'habiles mises en scène, Raspoutine se produisit plus tard à Saint-Pétersbourg et au palais impérial de Tsarskoie Selo, la résidence principale des tsars, dans des séances d'exorcisme et de prières...

 

 

Bref, il est assez malin d'être allé fouiller le personnage historique encore controversé à ce jour pour en livrer ici une variation moderne. On peut ajouter que les acteurs y sont excellents. Robert Powell semble très à l'aise, tout comme Hemmings semble naturellement mal à l'aise. Ailleurs la palme revient au vétéran Broderick Crawford avec une carrière de 140 films commencée dès 1937 et qui campe tout en gueule, un politicien pourri et violent. De plus et comme à son habitude, Brian May vient livrer une partition qui seule intrigue déjà, mais lorsqu'elle est liée à la pellicule, fini par la transcender. Un film parfois inégal, par moments puissant, mais quoiqu'il en soit, toujours intéressant et intelligent.

 

Mallox
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