May
Genre: Drame
Année: 2002
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Lucky McKee
Casting:
Angela Bettis, Jeremy Sisto, Anna Faris, James Duval, Nichole Hiltz, Kevin Gage...
 

May est une jeune fille à la timidité handicapante, complexée par un strabisme à l'oeil gauche. Solitaire, elle a depuis son enfance pour seule amie une poupée dans une boite en verre. Rongée par ses frustrations et son désir d'affection, elle se laisse séduire par un mécanicien et par une collègue de travail. Déçue par des relations chaotiques, May décide de se fabriquer elle même un amant idéal...

 

 

Il y a des films qui prennent le genre "horreur" au sérieux et qui osent l'explorer, le disséquer, réinventer ses codes usés jusqu'à la moelle depuis une cinquantaine d'années par des films qui se suivent et se ressemblent (se plagient ?). May fait partie de ces films précieux sans lesquels le cinéma de genre se mordrait la queue, et rien que pour ça, il mérite d'être vu.
Sur la forme, May déroute. Sa structure peut sembler bancale, on a l'impression de rentrer dans le vif du sujet bien tard, ou même que celui-ci n'est qu'effleuré. Qu'on l'admire ou qu'on l'abhorre, ce schéma non conventionnel n'en est pas moins terriblement personnel et atteste de la réelle liberté du réalisateur qui sert son histoire sans remplir un cahier des charges. C'est ainsi que les scènes de violence se trouvent peu nombreuses et surtout concentrées dans le dernier quart d'heure. Ni gores, ni démonstratives, leur sobriété et leur caractère oppressant fait frémir. Le reste du film, lui, dépeint l'évolution psychologique du personnage principal, tout en montée en puissance. D'un point de vue esthétique, la réalisation est très dépouillée. La photographie est blafarde. Les plans sont souvent fixes. La sobriété ambiante est à peine trahie par de rares effets de montages épileptiques. L'actrice principale est convainquante. Anna Faris (la bimbo écervelée de Scary Movie) s'offre quant à elle une seconde vie, endossant semble-t-il une nouvelle fois un rôle de nunuche au début du film, elle nous prend par surprise en se muant en lesbienne sensuelle et ambiguë.

 

 

Audace oblige, le film n'est pas exempt de défauts : on lui reprochera surtout sa lenteur certaine, voire même la vacuité de certaines scènes qui traînent désespérément en longueur, tel des dialogues de plusieurs minutes où il ne se dit rien, ou du moins rien d'intéressant. On sent réellement que le souci du rythme a été oublié au milieu du film, devenu presque "atmosphérique". De plus, la direction de l'actrice principale est vraiment maladroite. Quasi muette (au point de ne souvent même pas répondre aux questions qu'on lui pose), se comportant comme une débile profonde, on se demande comment les personnages du film qui gravitent autour peuvent se sentir si attirés par elle. Il y avait moyen de lui faire transmettre bien plus d'émotions et par la même lui conférer un vrai charme, accordant plus de crédibilité à l'histoire.
Au final, May est un film différent, touchant, marquant. Très personnel, presque intimiste et en partie autobiographie (aux dires de l'auteur), Lucky McKee a l'immense mérite de regarder le film d'horreur sans condescendance, et de le porter très haut.

 

 

Croustimiel
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