Black Panther, The
Genre: Psycho-Killer
Année: 1977
Pays d'origine: Angleterre
Réalisateur: Ian Merrick
Casting:
Donald Sumpter, Debbie Farrington, Marjorie Yates, Andrew Burt, Sylvia O'Donnell, Alison Key, David Swift...
 

Inspiré de faits authentiques, plus précisément de "L'affaire Whittle", ce film retrace la carrière criminelle de Donald Neilson, alias The black Panther, ex-militaire reconverti dans le banditisme qui, au milieu des années 70, terrorisera la campagne anglaise. D'abord en effectuant dans de modestes commerces des casses qui se concluront de façon systématique dans un bain de sang, puis par le rapt d'une adolescente de seize ans, Lesley Whittle, qu'il va séquestrer plusieurs jours durant dans un réservoir d'eau souterrain.

 

 

Que ce soit au cinéma ou dans la réalité (ou bien les deux comme dans le cas présent), les annales de la criminologie en auront vu défiler des tueurs pathétiques mais Donald Neilson, voyez-vous, c'est le cran au-dessus. Portrait d'un "natural born loser" hors-normes. L'énergumène mène une double vie. Le jour, il cumule à la fois les postes d'époux exécrable auprès de sa "douce" qu'il ne loupe jamais quand il s'agit de la rabaisser plus bas que terre, et de père intransigeant et distant auprès de sa fille, à qui il prodigue une éducation au rigorisme de bon aloi. Entre autres tares qu'il se trimballe, le bonhomme voue un culte immodéré pour l'imagerie militaire, les armes, les insignes et les défilés de fantassins à la télévision (on le voit même exécuter des manoeuvres d'automate devant sa glace et en tenue adéquate qu'il garde dans sa garde-robes en souvenir de sa vie passée). Par ailleurs, semblant profondément déshumanisé, il reste déphasé par la misère et la violence qui l'entourent, en témoigne la séquence, où, sur le point de regagner son domicile, il assiste au tabassage en règle d'un jeune gars par quatre, cinq voyous dans un terrain vague. Il trace son chemin en jetant un bref coup d'oeil vers la scène, ne se souciant guère du sort du pauvre hère (remarquez, à sa place, j'aurais pas fait grand chose de plus que lui).

 

 

Paradoxalement, lors d'une scène pitoyable en diable, il chiale comme une madeleine devant un mauvais soap tire-larmes à la TV. Sa fille sur le point de se payer sa gueule, il lui rétorque : "J'ai horreur quand les histoires se terminent mal". Très atteint le p'tit père, décidément. Et puis, en parallèle à sa vie rangée de patriarche pas franchement exemplaire, il vaque à d'autres occupations bien plus intrigantes, comme par exemple des excursions répétées en solitaire dans la nature, où il dort au coin du feu, dépèce des lapins, affûte et dégaine ses armes, blanches ou à feu. On le devine, il prépare un sale coup. Hypothèse confirmée lorsque, dans son atelier, il érige des plans millimétrés et des cartes, en vu en vérité d'exactions nocturnes à venir. C'est ainsi que la nuit tombée, il revêt son accoutrement de Black Panther, qui, contrairement à ce que laisse supposer son sobriquet, ne joue ni dans la cour des super-héros ni des activistes à coupe afro mais plutôt dans celle du banditisme de petite envergure. Du moins au départ, ne se résumant simplement qu'à des cambriolages dans des commerces isolés. Seulement, et c'est là qu'entre en jeu sa marque de fabrique, son modus operandi à lui : chacun de ses "coups" se solde par un fiasco total, ce triste individu ratant systématiquement tout ce qu'il entreprend.
Surpris une première fois la main dans le sac par les propriétaires d'un magasin, il en abat sous la panique le tenancier d'une décharge de chevrotine à bout portant sous les yeux de sa femme et son fils. Ce qui ne le dissuade nullement de recommencer. Un second cambriolage sabordé et rebelote : il exécute le gérant de sang-froid. Il remettra ça une troisième fois avec cette fois, deux victimes dans les pattes. Essuyant bien trop d'échecs consécutifs, il change son fusil d'épaule et opte pour le rapt. Il kidnappe ainsi une collégienne, la petite Lesley Whittle qu'il va cacher quelques jours dans des canalisations à vingt mètres sous terre, le temps que sa famille réunisse la somme de 50 000 livres, en échange de sa libération. Mais là encore, l'opération ne va pas se dérouler comme prévue et l'amènera cette fois-ci à sa perte.

 

 

Ce cas de psychopathe désorganisé et imprévisible en évoque irrésistiblement un autre : celui dépeint par Gérald Kargl dans son glacial "Schizophrenia". Deux oeuvres se partageant d'ailleurs une même vision de l'ultra-violence, par des mises à mort à la brutalité déstabilisante (coups de poignard complaisants dans "Schizophrenia" contre rafales de plomb répétées dans The black Panther) et une même tranche de vie : celle de deux aliénés catapultés dans un monde submergé par le pessimisme, un environnement désespérément morne, une existence privée de lendemains prometteurs. Alors, il ne leur reste plus comme unique porte de sortie la survie dans le délit et la violence. En revanche, là où le film de Kargl ne distille aucun moment de relâchement et s'empêtre toujours plus loin dans le sordide, celui de Ian Merrick finit par amuser franchement, au vu de ce grotesque personnage qui refoule la poisse à plein nez et qui collectionne les bourdes.
Par contre, on ravale son rire quand, dépité par la mise à l'eau sans appel de son plan, il se venge en pendant sa jeune captive au barreau d'une échelle avant de disparaître dans la nature. L'histoire voudra que le cadavre de Lesley soit retrouvé deux mois après. Donald Neilson, lui, sera remis à la justice, quelques mois plus tard, quand, au cours d'un contrôle d'identité, deux agents de l'ordre reconnaîtront sa sale bobine. Que Ian Merrick et son acolyte Donald Sumpter soient vivement remerciés pour leur accomplissement. Le premier pour avoir livré un film sans fioritures, à l'impact indéniable (du genre qu'on chasse difficilement de sa mémoire après visionnage), doublé d'une reconstitution fidèle d'un fait-divers hélas bien réel et le deuxième pour une interprétation impeccable (la parfaite gueule de l'emploi comme le laisse entendre très justement l'expression consacrée) de ce tueur en série tragi-comique définitivement pas comme les autres.

 

 

Throma

 

* Quelques captures supplémentaires suite à sortie dvd en mai 2016 puis ressortie cinéma en juillet 2016 :

 

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