Silent Hill
Genre: Epouvante , Fantastique
Année: 2006
Pays d'origine: Japon / France / Etats-Unis
Réalisateur: Japon / France / Etats-Unis
Casting:
Radha Mitchell, Sean Bean, Laurie Holden, Deborah Kara Unger, Kim Coates, Tanya Allen...
 

De plus en plus souvent, la jeune Sharon est victime de crises de somnambulisme lors desquelles elle évoque la ville de Silent Hill. Sa mère, inquiète, décide de l'emmener en ce lieu énigmatique pour en découvrir davantage...
Difficile de parler de Silent Hill le film sans parler de Silent Hill, le jeu. Fondamentalement révolutionnaire, la saga réinventait l'horreur psychologique. C'est à l'issue d'une longue réflexion sur les angoisses humaines qu'elle créa une nouvelle forme de peur où se mêlent sexualité et morbidité, et dont toute personne y ayant joué se souvient. Érotisation de l'horreur, esthétisme exacerbé du crade, Silent Hill a creusé profond dans la psyché humaine pour secouer nos esprits, affirmant haut et fort qu'aucune poésie ne renferme en elle une part d'atrocité. Adapter cette oeuvre hors normes était un pari casse gueule mais ultra prometteur. Résultat : mitigé.
Dans un premier temps, il est utile de préciser que je me place du côté des joueurs, et des fans de la série vidéoludique. Il m'est bien difficile d'imaginer ce que peu ressentir une personne qui n'a jamais joué au jeu en visionnant le film. Probablement y verra-t-elle un gros n'importe quoi. Mon avis est donc d'emblée partial, et je l'assume.

 

 

Silent Hill, le film, est un film important. Il s'agit en effet de la première adaptation de jeu vidéo jamais réalisée. J'entends déjà la foule scander : "Hey ho ! Y'en a eu plein avant !". Mais notez bien que je parle d'une "adaptation" : ce qui implique en amont un travail et une réflexion sur l'oeuvre de base, ainsi qu'un véritable intérêt manifesté à son égard. Ce qui est différent de ressortir de sous la commode d'un producteur peu scrupuleux un scénario poussiéreux et de lui flanquer un nom à licence de façon à en faire un produit vendable. Gans porte un véritable intérêt à Silent Hill, et ça se ressent à l'écran. On rentre dans une autre sphère : celle de l'art.
L'esthétique est bien restituée. Visuellement le film est un régal. Les mouvements de caméras sont souvent impressionnants tant ils rappellent les mouvements virtuels typiques du jeu (la majeure partie du film est filmée à la grue), certains tiennent même de la trouvaille. La photographie est extrêmement soignée, chaque plan est bien pensé, on progresse presque par tableaux successifs. Les magnifiques musiques des jeux ont été réutilisées sans qu'une seule note soit modifiée ; la plupart sont composées au piano et surviennent aux moments les plus importuns voir et les plus étonnants. Le film, comme le jeu, appartiennent sans concession à ce pan de l'art moderne qui s'inspire non pas de ce qui est beau, mais de toute l'horreur contemporaine, évoquant Tchernobyl, Hiroshima ou les camps de concentration, puisant dans l'inconscient collectif les images qui dérangent tout en leur conférant une beauté plastique surréaliste.
C'est un véritable bonheur de retrouver les créatures qui symbolisent à elles seules l'esprit de Silent Hill qui marque ici toute sa différence. Elles n'ont ni cornes, ni griffes, ne crachent pas de feu et n'ont aucun super pouvoir. Elles sont tout au contraire nues, pathétiques, presque des êtres malades qui appellent à l'aide, des damnés. Elles ne se cachent pas comme il est coutume depuis Alien, mais sont omniprésentes, telle une faune peu agressive. On reconnaît l'humanité brisée sous chacun de leur trait, ce qui en fait des monstres dérangeants plus que des bêtes à tuer. A savoir que tous ont été réalisés sans l'aide de l'infographie : chapeau. Au final, leurs apparitions sont vraiment trop peu nombreuses et trop courtes.

 

 

Et c'est là que le bât blesse : le film manque d'ambition. Frileux, Gans ? On a l'impression qu'il passe une trop grande partie de son film à nous dire que cette ville est bizarre sans aller vraiment plus loin. Où est passée la mélancolie sans borne et la noirceur abyssale de Silent Hill 2 ? Qu'a-t-il fait de l'esthétique paroxystique et la violence de Silent Hill 3 ? Et pourquoi ne pas s'être inspiré de tout le malsain flirtant avec la folie de Silent Hill 4 ? Le joueur reste sur sa faim. Peut-être est-ce aussi la faute à une production un poil dirigiste (elle exigea par exemple de rajouter toute une partie du film décrivant les agissements du père de Sharon, souvent décriée). Ce sont les aléas éternels des films à gros budget. La peur viscérale que le jeu procure est ici absente, ce n'est pas étonnant car le média n'est pas le même ; malgré tout, on se dit qu'il y avait matière à manier les émotions d'une manière plus subtile.
Mais les frustrations ne s'arrêtent pas là, puisque Gans se risque même à une scène explicative complètement artificielle en fin de film, comme si lui-même considérait le mystère insoutenable. Silent Hill n'appelle pourtant pas d'éclaircissement, c'est une expérience sensorielle et personnelle. Soit, à peine réussit-on à se persuader que cette scène nullissime n'était pas dans le film, que l'on débouche sur un final franchement discutable qui m'a semblé trop éloigné de l'esprit du jeu, comme si ce dernier ne contenait pas suffisamment de scènes et d'éléments magnifiques à utiliser en guise de conclusion.
Ces écarts sont regrettables. De plus, on garde en travers de la gorge quelques séquences ou certaines phrases indignes de l'oeuvre, aussi brèves soient-elles, renvoyant directement aux blockbusters pseudo horrifique made in USA (Ring, etc...) auxquels le film s'oppose pourtant idéologiquement. Mais même sans ça, Silent Hill ne serait pas le bijou qu'il aurait dû être car trop sage, ce qui est un comble quand il s'agit d'adapter une oeuvre barrée et franchement déviante. Malgré tout on comprend qu'à soixante millions de dollars, tout n'est pas permis. L'entreprise est déjà louable, et on ressent véritablement la volonté d'inaugurer un genre nouveau, loin des clichés des films d'horreur traditionnels : pas d'effets faciles, pas de sursauts ringards, pas d'introduction interminable hors sujet... Bref, un film fait dans les meilleures intentions.

 

 

En somme, Silent Hill est un film de fan fait pour les fans. Ceux-ci ne pourront s'empêcher d'avoir le visage fendu par un sourire dés qu'ils entendront les premières notes de mandoline à l'affiche du logo Tristar, et le garder jusqu'à la fin du film. Un cadeau, une gourmandise, une expérimentation qui demande à être approfondie. Gans a déjà l'immense mérite de ne (presque) pas trahir le jeu, même s'il se contente d'effleurer son sujet et les possibilités infinies qu'il recèle. Peut-être que les suites qu'il nous a promis sauront creuser plus profond, là où ça fait mal, vraiment mal...

 

Croustimiel
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