Trinita voit rouge
Titre original: La Collera del vento
Genre: Western spaghetti
Année: 1970
Pays d'origine: Espagne / Italie
Réalisateur: Mario Camus
Casting:
Terence Hill, Maria Grazia Buccella, Mario Pardo, Angel Lombarte...
 

Attention, titre mensonger : point de Trinita ici, mais un héros nommé Marco, qui avec son frère Jacobo forme un duo de mercenaires récemment embauchés pour protéger des propriétaires terriens face à la révolte paysanne qui gronde. Marco agira directement au village, logera même chez une jeune femme hostile aux propriétaires terriens, tandis que son frère restera aux alentours, et restera dans l'anonymat, ce qui permettra donc aux deux frères de frapper alternativement, et donc de donner des alibis à Marco, qu'autrement il eut été trop facile d'accuser. Et en effet, pendant un bon moment, patrons et paysans vont se demander pour qui marche cet étrange homme, débarqué de nul part.

 


Nous ne sommes pas ici dans l'humour d'un On continue à l'appeler Trinita, mais alors pas du tout, puisque le réalisateur, le réputé Mario Camus (un espagnol), voit ambitieux et d'entrée de jeu nous place une citation de Shakespeare, avant de verser dans une intrigue anarcho-communiste. C'est que Marco est au centre de l'histoire, et que ce qui lui arrive le placera dans des situations impossibles, effectivement shakespeariennes, sur fond de lutte des classes. Engagé par un propriétaire terrien, il tombe pourtant amoureux de son hôtesse, l'impressionnante Maria Grazia Buccella, aux cheveux d'une noirceur peu commune et dotée de deux yeux d'un bleu azur qui ressortent de son visage bronzé. Est-ce donc par amour ou par conviction idéologique que Marco rejoindra les paysans ? On se le demande, mais sa trahison va sérieusement compliquer cette intrigue jusqu'ici limitée par sa vision radicale de la lutte des classes. Les sentiments se mélangeront donc à cette lutte, d'autant plus que le leader des paysans, le forgeron José, est lui aussi amoureux de la belle hôtelière, de même que le fils de Don Antonio, le plus dur des propriétaires terriens.

 


Les vengeances vont donc mélanger la politique au sentimental, ce qui est une très mauvaise idée, et qui en effet feront virer le film à la tragédie, avec notamment Jacobo, le frère de Marco, qui n'accepte pas la trahison de son frère pour une amourette que tout le monde sait sans lendemain. Un duel entre frères est à prévoir, à moins que la politique ne vienne prendre le dessus là aussi. Tout ça est relativement compliqué, d'autant plus qu'au milieu du film l'un des propriétaire terrien déserte lui aussi son propre camp pour aller négocier avec les paysans, jugeant que s'il ne leur donne rien, il peut tout perdre. Bref chaque camp est divisé, les embrouillamini sont légions, et Mario Camus se veut solennel. Le rythme est lent, la musique assez pesante (en plus d'être moche), la poudre ne parle pas beaucoup, la photographie est assez anonyme, les dialogues sont autant de grandes phrases déclamées par des acteurs heureusement performants... Des prétentions auteurisantes et théâtrales pas forcément malintentionnées, mais qui malheureusement n'insufflent pas la moindre trace d'âme à ce film.

 


Faire une histoire complexe est quelque chose de louable en soit, et Camus évite tout manichéisme grâce aux relations personnelles entre chaque personnage (même Don Antonio apparaît humain sur la fin, lorsque son fils est menacé), mais il manque quelque chose à Trinita voit Rouge. Il lui manque du rythme. Il lui manque du punch. Son marxisme shakespearien a beau se transformer sur la fin en anarchisme pur et dur, permettant à l'occasion à Terence Hill de s'affranchir de toutes les contraintes de la lutte des classes, il ne se révèle pas très cinégénique et l'ensemble demeure bien trop plat pour être vraiment appréciable. Le film sera vu et vite oublié, alors qu'il y avait de quoi en faire une magnifique fresque humaine et historique. Assez frustrant.

 


Note : 4/10

 

Walter Paisley
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