Gotho (Paul Naschy), le bossu, bonne à tout faire de la morgue, chargé de l'entretien, subit les railleries de tout le personnel de l'hôpital. Cependant, Gotho est amoureux d'une patiente en phase terminale. Quand celle-ci décède, il est désespéré, le docteur Orla lui promet de lui rendre la vie. Mais, pour ce faire, il a besoin d'organes humains. Le bossu deviendra donc un tueur implacable, motivé par l'amour de sa belle... Scénario minimaliste, lorgnant sur le mythe de Frankenstein, Le bossu de la morgue offre à Naschy une de ses plus belles performances, toute en sobriété et en finesse (chose rare avec ce cabot de Polo). Il présente un personnage attachant et efficace.

Mais le plus surprenant est sans doute la réalisation d'Aguirre, gore et volontairement choquante. Chose d'autant plus incroyable que nous sommes en 1973 dans une Espagne encore très puritaine. La légende raconte que toutes les versions disponibles à l'époque étaient amputées de leurs scènes les plus extrêmes (par exemple, cette scène horrible où le corps de la bien-aimée du bossu est dévorée par des rats, Gotho s'en débarrassant en leur mettant le feu...). Même aujourd'hui, le film demeure extrêmement gore et sanglant, faisant la part belle aux meurtres violents, aux démembrements et même à une créature gluante et vorace.
Le hic, c'est la volonté du réalisateur de rendre romantique à tout pris le personnage du bossu, chose plutôt ridicule quand on constate de quoi il est capable...
Mais non, m'ssieurs dames, il a un bon fond ce criminel patenté, bon d'accord, il est un peu naïf et quand on lui dit de scier la tête d'un cadavre ou de massacrer une jeune fille il le fait, mais ce n'est rien de grave quand même, il a un coeur... mouais, dur dur...
Pour arriver à ses fins Aguirre permet même au bossu une escapade amoureuse, avec la jolie infirmière de garde (Rosanna Yanni, la bonnasse de service) qui voit en lui le gentil monstre au coeur d'or. Plutôt pathétique, puisque à peine assumé (mais consommé).
Mais une chose est claire, c'est que ce film est et restera un joyau du bis ibérique. Une perle bien trop méconnue et qui mériterait pourtant de se retrouver au premier plan dans toutes les collections, mais voilà, le problème principal du Bossu de la morgue est sa rareté, les éditions VHS sont introuvables, et aucune édition DVD n'existe (à ma connaissance).
Souhaitons donc une deuxième vie à cette petite merveille, qui le mérite amplement !

Nickbur