On m'appelle Dollars
Titre original: Mr. Billion
Genre: Comédie , Action , Aventures
Année: 1977
Pays d'origine: États-Unis
Réalisateur: Jonathan Kaplan
Casting:
Terence Hill, Valerie Perrine, Jackie Gleason, Slim Pickens, Dick Miller, William Redfield, Chill Wills, R.G. Armstrong...
Aka: On m'appelle Mister Dollars
 

Falcone, un riche industriel américain d'origine italienne, trouve la mort dans un accident. Guido, son neveu garagiste resté en Italie, apprend qu'il hérite de toute sa fortune à condition qu'il vienne en prendre possession dans les dix jours qui suivent le décès. Si tel n'est pas le cas, les biens seront partagés entre les collaborateurs de l'entreprise. Guido, déjà surnommé Mister Billion dans la presse, se met en route pour San Francisco. Dans le train, il tombe sous le charme d'une ravissante jeune femme, Rosi Jones. Celle-ci a pour mission de convaincre Guido de renoncer à son héritage...

 

 

Cet "Extravagant Mr. Deeds" revisité façon Folle Cavale (tourné la même année) n'est pas le meilleur film de Jonathan Kaplan (qui reste à mon sens l'excellent Over the Edge) mais, égard à son singulier casting, Mr. Billion est typiquement le genre de divertissement auquel on a envie de jeter un oeil sans forcément trop y croire, selon affinité avec le sieur Trinita. Du reste, faut bien (m') être honnête, Terence Hill, sans être mauvais, n'y fait pas d'étincelles et s'y montre juste honnête dans le registre drame/comédie. N'est pas Cary Grant qui veut, seul acteur que Hitchcock encensait d'ailleurs même si proche de prendre sa retraite ; outre de refuser de jouer 007 bien qu'étant la principale inspiration de Ian Fleming, Cary Grant demanda un cachet dissuasif pour jouer dans "Les Oiseaux".
J'évoque Hitchcock car, si la pratique est ultra-répandue, Mr. Billion le cite ("North by Northwest" pour le plus évident - le grand Canyon cligne de l'oeil au mont Rushmore, la séquence dans le train s'en inspire elle aussi).

 

 

Ailleurs, le casting rend principalement hommage au western, classique comme contemporain. Ford en premier lieu (rien que par le choix des lieux mais aussi par des citations, mais aussi Peckinpah ainsi que le Marlon Brando de "One-Eyed Jacks". Les présences de Slim Pickens et certains codes du genre sont repris pour être passés à la moulinette du road-movie-poursuite. Idem pour R.G. Armstrong dont la présence sert une fois de plus de liant entre le western italien ("Mon nom est personne") et le vrai, l'Américain (Peckinpah encore mais aussi Henry Hataway). À noter que l'acteur vient de jouer pour Kaplan dans White Line Fever produit par la Columbia Pictures. Le titre français est aussi con qu'un John Wayne chevauchant un poney dans un spagh et galope sur un genre qui sera bientôt emporté par le vent et la poussière, ainsi que sur les films ayant fait la renommée de cet acteur à la palette de jeu limitée mais pas antipathique pour autant (après tout, les fayots, c'est pas si mauvais). Parmi les références emblématiques de cet hommage au Western, Kaplan fait rejouer Henry Fonda et Terence Hill ensemble, dans une séquence où Hill assiste à une séance de "My Darling Clementine".

 

 

Jackie Gleason, acteur plus polyvalent ("L'Arnaqueur", "Cours après moi shérif 1, 2, 3, 27"...) et l'ex-mannequin Valerie Perrine (Abattoir 5, "Lenny"...) permettent à Jonathan Kaplan de ne pas trop figer son film dans les simples registres des hommages cinéphiliques au Western, à Frank Capra et à Alfred Hitchcock. Deux acteurs avec des carrières un peu décevantes au regard de leur potentiel mais qui s'en sortent ici très honorablement. En parlant de talent, il convient de citer l'excellente présence du non moins excellent William Redfield ("La Conquête de l'espace", "Le Voyage fantastique", "La Bataille de la vallée du diable", "Un justicier dans la ville", "Vol au-dessus d'un nid de coucou"...), acteur décédé an août 1976 d'une leucémie, trop jeune, juste après le dernier coup de manivelle de ce Mr. Billion. Enfin, on reconnait en Jonathan Kaplan un cinéaste tout droit issu de l'écurie Corman grâce, notamment, à la présence de Dick Miller. "Night Call Nurses", "The Student Teachers", des films, réalisés pour la New World Pictures dès 1972, ainsi que "Truck Turner", pour l'AIP, témoignent par ailleurs du potentiel formateur et du tremplin qu'ont pu représenter en leur temps les frères Corman.

 

 

L'idée initiale revient à Dino de Laurentis qui souhaitait capitaliser sur le succès de Mario Girotti-Hill et Mr. Billion devait servir de tremplin à l'acteur pour une carrière en langue anglaise. Un défi que le réalisateur accepta tout en déplorant que les qualités du jeu de Hill soient dépendantes de celui de Bud Spencer et que, du coup, il se retrouvait à tourner un Laurel et Hardy sans Hardy. Quitte à devoir prendre un personnage féminin dans une optique de buddy-movie en devenir, le même Kaplan espérait avoir Lily Tomlin, caractère fort qui aurait, toujours selon lui, offert une opposition plus homogène, une véritable alchimie. On lui imposa cependant Valerie Perrine qui sortait tout juste de "Lenny" de Bob Fosse, film pour lequel elle venait d'être nominée aux Oscars ainsi que de glaner le Golden Globe et le prix de la meilleure actrice au Festival de Cannes. Quant à Jackie Gleason, second rôle d'importance dans Mr. Billion, de manière discrète, il alla vite prévenir Kaplan qu'il ferait de son mieux malgré qu'il se retrouve entre un LOX (terme péjoratif désignant un saumon fumé, destiné à Hill) et une bombe (Perrine).
Au final, ce dont se plaignit d'ailleurs le plus le réalisateur ne fut ni des comportements des deux acteurs principaux, jugés charmants durant le tournage, ni de leur jeu et d'une complémentarité plus facile à mettre en place qu'il ne l'eut cru, mais de l'alcoolisme de Jackie Gleason, acteur qu'il considère du coup comme chaleureux, brillant et drôle mais qui, au rythme de six bouteilles de Dom Pérignon par jour, devenait ingérable. Tant est que la présence de sa femme était devenue indispensable pour le canaliser.

 

 

Mr. Billion est une oeuvre qui reçut un accueil très froid, aussi bien critique que public. À le redécouvrir aujourd'hui, il semble qu'on ait été bien dur avec ce film réalisé par un jeune homme de 29 ans et qui, malgré ses inégalités, demeure un moment somme toute sympathique, dont on peut aisément sortir contenté. Soit, les problèmes de casting évoqués ci-dessus ont dû avoir des conséquences à l'écran et, il faut bien le dire, la mise en place est un peu laborieuse mais, un peu comme si la complicité s'était installée jour après jour entre des acteurs au demeurant pas trop faits les uns pour les autres (Hill et Perrine en premier lieu), Mr. Billion se fait de plus en plus cohérent et harmonieux au fil des bobines et des aventures mouvementées qui s'enchaînent à un rythme plus que décent. Pour seul exemple, la course-poursuite entre une meute de flicailles et le duo Hill-Slim Pickens qui se conclut dans un circuit automobile où a lieu une course, fait partie des très bons moments.

Ce n'est pas toujours le cas et certains réalisateurs vont jusqu'à renier leurs propres films, considérant qu'ils ne leur ressemblent pas, mais concernant celui-ci, Jonathan Kaplan le revendique à ce jour et considère qu'il vaut mieux que sa triste réputation. On se contentera de dire en conclusion qu'il n'a pas tort.

 

 

Mallox

Vote:
 
7.00/10 ( 1 Vote )
Clics: 331
0
Écrire un commentaire pour ce film Écrire un commentaire pour ce film
Les utilisateurs non-enregistrés ne peuvent pas poster des commentaires. Veuillez vous enregistrer...

Autres films Au hasard...