Brain Dead
Genre: Fantastique
Année: 1990
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Adam Simon
Casting:
Bill Pullman, Bill Paxton, Nicholas Pryor, Patricia Charbonneau...
 

Attention, cette production Concorde / New Horizons sort des sentiers battus des productions Corman traditionnelles. Déjà parce que le producteur de Brain Dead n'est pas Roger Corman mais son épouse, Julie Corman, longue collaboratrice de son mari ayant travaillé sur des films tels que le Boxcar Bertha de Scorsese ou encore le très bis mais très bon Chopping Mall de Jim Wynorski. Mais aussi et surtout du fait de son scénario, beaucoup plus élaboré que les habituels films d'exploitation qui ont fait la gloire des films estampillés Corman. Un scénario signé Charles Beaumont, l'un des scénaristes de Rod Serling pour la série La Quatrième Dimension. Il s'agit donc ici de reprendre toute l'atmosphère de bizarrerie des épisodes de la série télé et de la transposer sur un long-métrage, tournant autour d'un personnage principal ne comprenant pas grand chose à ce qui lui arrive.

 

 

Le Dr. Rex Martin (Bill Pullman) est un neurochirurgien brillant, spécialiste de la folie et plus principalement de la paranoïa. Devant l'étendue de ses connaissances un de ses amis, cadre dans une entreprise privée, Eunice, vient le débaucher pour qu'il opère pour eux un certain Halsey. Ancien mathématicien pour Eunice, Halsey est devenu fou, paranoïaque, et a supprimé sa famille. Interné en hôpital psychiatrique, il n'a pu livrer à ses employeurs les résultats d'une certaine équation, vitaux pour Eunice. La tâche pour le docteur Martin est donc de supprimer la folie du cerveau de son patient, afin que celui-ci recouvre ses esprits et surtout livre la fameuse équation. Au terme de l'opération, qui semble s'être bien passée, Martin semble pourtant avoir hérité de la folie de Halsey...
Et c'est le début d'une longue plongée dans le surréalisme. Torturé par les anciens maux de Halsey (la vision d'un fou assassin, l'image de son épouse en train de se livrer à l'adultère...) Martin va totalement se détacher de la réalité. Beaumont et son réalisateur (Adam Simon, dont c'était le premier film et qui trois ans plus tard initiera la série des Carnosaur) choisissent d'impliquer le spectateur en lui livrant le point de vue paranoïaque du personnage principal. Ainsi, tous les autres personnages peuvent sembler menaçants, meurtriers ou conspirateurs, le summum restant lorsque Martin est amené à côtoyer d'autres fous...

 

 

De logique narrative il n'est pas question : les scènes s'enchaînent sans continuité, si ce n'est de vagues transitions généralement brutales et inattendues. Pourtant, malgré ça, autant Martin que le spectateur restent continuellement en quête d'une rationalisation des évènements. Et c'est en cela que le film devient très étrange : pourquoi Martin est-il devenu fou ? Est-ce que cela remonte à l'opération pratiquée pour Eunice ou est-ce que cela remonte à l'accident de voiture qui a eu lieu peu avant ? Mais est-il fou ou est-il en train de rêver ? Et pourquoi lui dit-on que Halsey, c'est lui ? Et ce Halsey, pourquoi continue-t-il à le tourmenter ? Beaucoup d'interrogations, basées parfois sur des détails issus de la première partie, assez rationnelle, du film.
La fin nous livre une explication qui peut sembler claire, mais qui en réalité résume toutes ces interrogations en une seule, le célèbre apologue chinois : "Tchouang-tseu rêve qu'il est un papillon, mais n'est-ce point le papillon qui rêve qu'il est Tchouang-tseu ?". Le spectateur se fera sa propre idée, ou sera lui-même complètement largué. Evidemment ce surréalisme se traduit à l'écran par toute une série de scènes non pas franchement humoristiques, mais en tout cas suffisamment étranges pour donner au film une identité propre, basée aussi sur la photographie toute en couleurs légères voire ternes, blanche ou grises...

 

 

Un film assez difficile à cerner, mais qui pourtant amène de belles réflexions sur ce qui fait un individu. L'idée de refaçonner une personnalité via la neurochirurgie, comme l'on remodèle un corps via la chirurgie esthétique, est notamment soulevée. Sujet intéressant, posé explicitement très tôt dans le film, ce qui permet ainsi, à l'aune de toute la folie qui nous est présentée, de s'interroger nous-même sur les avancées et le statut des scientifiques n'hésitant pas à remodeler le monde perçu par leurs patients. Le sujet de films tels que Dark City ou Matrix n'est finalement pas si loin. Il est ici amené sous un angle davantage scientifique, épuré de toute considération commerciale (un comble pour une production Corman) et enrichi par un côté très "Quatrième Dimension". Une belle réussite.

Note : 8/10

 

Walter Paisley
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