Nuit la plus longue, La
Titre original: L'Enfer dans la peau
Genre: Drame
Année: 1964
Pays d'origine: France
Réalisateur: José Benazeraf
Casting:
Alain Tissier, Virginie de Solenn, Yves Duffaut, Willy Braque, Annie Josse...
Aka: Sexus
 

Virginie se promène en ville lorsque deux individus s'approchent d'elle, la menaçant discrètement avec un pistolet. Ils la forcent à monter dans un coupé sport. Le bolide file à travers la campagne, pour s'arrêter dans une villa isolée. Pas âme qui vive à vingt kilomètres à la ronde. Les deux kidnappeurs, Pierre et Karl, attendent les instructions de Jean, le chef de la bande, par téléphone. Dans la maison, se trouve également une autre jeune femme, maîtresse de François, dernier membre de l'équipe, et qui ne tarde pas à rejoindre le groupe à son tour. Inquiets à l'idée de savoir si le père de Virginie, un riche industriel, va payer la rançon, les ravisseurs montrent d'évidents signes de nervosité.

 

 

Après un polar noir de bonne facture ("Le Concerto de la peur"), José Benazeraf enchaîne en 1963 avec deux longs métrages qui s'apparentent plus à des documentaires : "Paris Erotika" et "Cover Girls". Puis retour au polar avec "La nuit la plus longue", appelé aussi "L'enfer dans la peau", mais qui aurait pu tout aussi bien être rebaptisé "L'enfer de la nuit". En fait, le terme "polar" apparaît usurpé, il s'agit plutôt d'un huis-clos étouffant, à l'atmosphère moite, où les protagonistes passent leur temps à attendre la sonnerie du téléphone, le regard fixé sur une horloge. Les silences sont pesants, et d'ailleurs on peut noter que la première phrase prononcée intervient alors que le film est commencé depuis plus de sept minutes. Cette phrase : A quelle heure doit-il téléphoner ? est particulièrement significative, puisqu'elle met en avant les deux seules préoccupations des ravisseurs : le temps qui passe, et le doute qui s'installe, car passées quatre heures, l'otage devra être exécuté si la rançon n'est pas payée ; et le téléphone, donc, seule source de communication avec le monde extérieur, instrument qui ne fonctionne que dans un seul sens puisque la bande ne sait pas où joindre son chef.
Cette sensation d'isolement se double d'une étrange "fissure temporelle", où le jour et la nuit se croisent dans un parfait chaos. Willy Braque (François, dans le film) s'exclame à un moment : Il est minuit ! Au même moment, Virginie, qui s'est échappée de la maison, court dans la campagne baignée par les rayons du soleil. A ce propos, on a rarement vu un otage aussi libre de ses mouvements. Cette première sortie de Virginie n'est pas, en réalité, une tentative d'évasion, mais une ballade champêtre s'achevant en striptease, la jeune femme ayant eu un besoin subi de communier avec la nature dans le plus simple appareil.

 

 

Si Benazeraf cherche à dérouter le spectateur, il y parvient haut la main. Lorsqu'on arrive aux alentours de la cinquantième minute, et qu'il ne reste plus que deux protagonistes dans la maison, on pense que le film s'achève. Et là, tout bascule ! On se retrouve d'un seul coup dans un club situé on ne sait où. Devant un petit public de connaisseurs, deux femmes exécutent un numéro de cabaret mêlant striptease et sadomasochisme. Que se passe-t-il ? S'agit-il toujours du même film ? Oui, car on se rend compte alors que l'endroit est le repère de Jean (interprété par José Benazeraf en personne), pas vraiment préoccupé par le fait de savoir si la rançon va finalement être payée (une fois c'est oui, une fois c'est non). Donc, pendant que ses hommes s'entretuent joyeusement dans leur planque, suite à un pétage de plomb en série, le boss préfère "s'en laver les mains" tout en se rinçant l'oeil.
Tourné à l'économie, sans grands moyens, avec très peu d'acteurs, "La nuit la plus longue" porte bien son nom, malgré seulement 77 minutes au compteur. Gros plans récurrents sur l'horloge, plages de silence interminables, mais parfaitement voulues (Virginie dit à un moment : "C'est drôle. C'est comme à la maison, mon père ne disait jamais rien".), intemporalité de l'action… Reste que le cinéaste commence véritablement à peaufiner son style à travers ce film. L'érotisme vient y trouver sa place (dans une ambiance allant du nudie au mondo), et la politique vient aussi s'intercaler d'une façon tout aussi saugrenue qu'inattendue, avec une tirade de Jacques Duclos clamée en voix off par une midinette, sur les images du strip sado-maso. Surréaliste, provocateur, sans aucun doute… mais souvent ennuyeux, aussi, il faut l'avouer. L'image de fin est cependant très belle, malgré tout.

 

 

A noter qu'en dehors de Willy Braque, figure récurrente du cinéma de genre, et qui tourna pas mal pour Jean Rollin, le personnage de Pierre, antihéros au possible, est incarné par Alain Tissier, que l'on reverra plus tard chez Benazeraf avec "Le sexe nu" et "Les deux gouines", ainsi que dans des films d'Eddy Matalon.
Comme pour "Le Concerto de la peur", la musique est signée Chet Baker. Mais "La nuit la plus longue" est loin de valoir son prédécesseur.

Note : 5/10

 

Flint
 
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