Démons sexuels, Les
Titre original: Byleth - il demone dell'incesto
Genre: Fantastique
Année: 1972
Pays d'origine: Leopoldo Savona
Casting:
Mark Damon, Claudia Gravy, Aldo Bufi Landi, Caterina Chiani (Marzia Damon), Silvana Pomilli, Carla Mancini...
Aka: Byleth
 

Italie, XIXe siècle - Un an après avoir quitté le château familial, le Duc Lionello Shandwell (Mark Damon) revient sur ses terres. Son premier geste est d'aller se précipiter vers sa soeur Barbara (Claudia Gravy - "Les Religieuses de Saint Archange"), pour qui il éprouve un amour contre nature depuis sa plus tendre enfance. Une passion incestueuse quasiment réciproque, mais plus accentuée chez le frère que chez la soeur. D'ailleurs, lorsque Barbara apprend à Lionello qu'elle s'est mariée en son absence, celui-ci rentre dans une colère terrible se transformant très vite en profonde tristesse. A contrecoeur, il fait donc la connaissance de son beau-frère, Giordano (Aldo Bufi Landi), un homme plus âgé passionné de chasse et d'escrime, et qui envisage d'emmener Barbara à Rome.

Cette situation a pour effet de créer un climat de tension dans le domaine, d'autant plus que le retour de Lionello coïncide avec le meurtre d'une prostituée dans le village avoisinant. La jeune femme a été tuée par une arme blanche singulière composée de trois pointes.

La police enquête, un juge est mis sur l'affaire, qui ne tarde pas à se rendre dans le château où résident, en dehors de Barbara, son frère et son mari, Dario le palefrenier et Gisella la domestique. Les deux employés s'offrent d'ailleurs occasionnellement du bon temps dans les écuries ; mais cette fois il se trouve que Lionello, manifestement sexuellement perturbé, joue les voyeurs, suivant des yeux les ébats du couple, avec un mélange de désir et de dégoût.

Sa santé mentale commence sérieusement à décliner. Il entend des rires de femme dans la forêt, le bruit d'un cheval au galop dans les airs... Finalement, il se rend dans une pièce abandonnée, où se trouve un vieux coffre renfermant un grimoire de sorcellerie ayant appartenu à son père.

 


Oeuvre méconnue qui connut brièvement un passage dans les salles de l'Hexagone voici près de trente cinq ans, inédite à la télévision, et éditée en vidéo dans seulement deux pays (Italie et Allemagne), "Byleth" possédait tous les arguments pour être un classique du cinéma bis. Avec son histoire mêlant le giallo (un assassin vêtu de noir qui tue ses victimes avec une sorte de trident de poche), l'érotisme (les héroïnes ôtant leurs toilettes avec facilité, le thème sulfureux de l'inceste) et l'horreur (le père du héros mort étrangement après avoir invoqué un Démon, le fils apparemment possédé), la trame avait effectivement de quoi faire saliver le moindre fan de cinéma de genre.

Malheureusement, au sortir des quatre vingt minutes de ce "Byleth", force est de constater que l'on peut avoir des raisons d'être déçu, et surtout frustré. Car Leopoldo Savona est manifestement passé à côté d'un sujet a priori original et passionnant. Né en 1922, ce réalisateur s'est dans un premier temps fait connaître à travers des oeuvres classiques. En 1961, il co-réalise "Les Mongols" avec André De Toth. Il sera ensuite responsable de quelques westerns spaghetti, dont "Apocalypse Joe" avec Anthony Steffen. "Byleth" sera son avant-dernier film. S'inspirant du nom d'un Démon recensé dans les ouvrages consacrés à l'occultisme, il reprend donc l'idée d'un Prince du cauchemar, l'un des rois de l'enfer, qui apparaît aux humains monté sur un cheval blanc. Si les traités de démonologie évoquent un pouvoir permettant de hanter le sommeil d'une victime, l'affiliation à l'inceste est une invention du cinéaste, qu'on ne lui reprochera pas au passage, ce thème étant particulièrement tabou dans les années 70 (et encore pas mal de nos jours).

 


Alors qu'est-ce qui ne fonctionne pas dans ce film ? Tout, ou presque. On s'attend à un film d'horreur et il n'y en a point. Les rares meurtres sont filmés soit hors-champ, soit au zoom, ce qui fait que l'on ne voit rien. L'arme utilisée par le tueur reste floue, et on a toutes les peines à distinguer de quoi il s'agit. Seule l'utilisation partielle de la caméra subjective, procédé classique permettant de voir l'action à travers l'assassin, reste satisfaisante. Mais c'est bien peu. Au niveau de l'érotisme, le bilan est mi-figue, mi-raisin. Les scènes d'effeuillage des actrices, et essentiellement les rêves tourmentés de Lionello en proie à des visions de femmes nues sont réussis. Par contre, les scènes d'amour s'avèrent relativement indigestes, faute une fois encore à l'abus du zoom qui ferait presque passer Jess Franco pour un amateur.

Passons pour le côté giallo du film qui est purement anecdotique, "Byleth" serait plutôt à classer dans le genre fantastique, axé sur la possession d'un être humain par une entité maléfique.

 


La frustration est d'autant plus grande que le casting s'en tire avec les honneurs. En dehors de Claudia Gravy, on retient la prestation convaincante de Caterina Chiani (alias Marzia Damon) dans le rôle de Gisella la domestique, et qui joua notamment dans "L'Insatiable Samantha".

Par ailleurs, si Mark Damon est parfait dans son rôle d'homme fou amoureux de sa soeur, tourmenté et névrosé, Aldo Bufi Landi l'est tout autant, faisant l'idéal contrepoint à Damon, incarnant un personnage équilibré, rationnel, et intuitif. Bufi Landi a connu une grande carrière au cinéma, abordant tous les genres (peplums, aventures, espionnage...). On a pu le voir aussi dans "Quatre Mouches de Velours Gris". La partition musicale, que l'on doit à Vasil Kojukaroff (inconnu au bataillon) est également réussie. Si l'on ajoute une superbe photographie, des décors magnifiques, et des scènes nocturnes impeccablement exécutées, on se dit qu'avec un peu plus de rigueur, Leopoldo Savona aurait pu réaliser un excellent film. Mais en s'attardant trop sur le ressort dramatique, et en prenant par-dessus la jambe l'aspect horrifique du scénario (dont il est l'auteur), il échoue finalement dans son entreprise, jusqu'à bâcler le final. Le spectateur a toutes les raisons d'avoir un goût amer au fond de la bouche.

Moralité : l'origine des maux, Byleth, est bien une petite cylindrée.

 


Note : 5,5/10

Flint
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