Manitou
Titre original: The Manitou
Genre: Démons , Magie Noire-Vaudou , Horreur
Année: 1975
Pays d'origine: Angleterre
Editeur: Fleuve Noir
Collection: Thriller Fantastique
 

Harry Erskine est un extralucide, un diseur de bonne aventure. Vous pouvez l'appeler, il consulte à domicile...
Le Docteur Hughes est un spécialiste des tumeurs, un cancérologue de renom.
Karen Tandy est malade, une tumeur aussi étrange qu'atroce au niveau du cou. La tumeur bouge et croit à une vitesse démesurée.
Erskine s'occupe des rêves troublants de Mademoiselle Tandy qui chaque nuit voit un bateau, une sorte de vaisseau fantôme, s'approchant des côtes drapé d'un inquiétant brouillard.
Hughes s'occupe de la tumeur qui se révèle être bien plus inquiétante et bien plus gore qu'il n'y parait au premier abord car Karen Tandy est sur le point d'accoucher par le cou d'un monstre.
Dit comme ça, l'histoire de Manitou est un peu banale, sombre et gore certes, mais commune. Se serait sans compter sur le talent de l'auteur Ecossais. Car ici, toutes les valeurs et toutes nos connaissances se trouvent bouleversées, comme seuls les plus grands auteurs fantastique savent le faire, car je le rappelle ici mais pour moi c'est la marque du talent que de pouvoir déranger un petit peu l'ordre établi et aucun genre ne le fait mieux que le fantastique (ou la Sf, ou le polar, ou le macabre).
Car si Erskine est un médium, c'est surtout un charlatan, un escroc qui "vole" les petites vieilles désireuses de parler avec leur chinchilla disparu depuis peu. Par contre, le Docteur Hughes est un médecin, un vrai. Mais il ne va avoir aucun mal à accepter l'inacceptable, aucun mal à se plonger dans l'irrationnel et à admettre que Karen est possédée...

On voit ici comment Masterton est capable de complètement inverser les valeurs et d'écrire une oeuvre novatrice et intelligente. Là où n'importe qui aurait joué la carte d'un pseudo fantastique en créant de toutes pièces un médium vrai et un docteur buté, l'auteur va ici beaucoup plus loin. Masterton n'est pas forcément le plus fort pour créer des ambiances, quoique l'ouvrage regorge de pages bien sanguinolentes (ah !!! Le doigt coupé du Docteur Hughes), il ne s'embarrasse pas non plus avec de difficiles structures et la linéarité est de rigueur.
Mais tout l'intérêt vient des personnages, de leur psychologie et de ce qu'ils sont capables de symboliser. L'éclairage du livre, si je puis dire, est un éclairage cru où tout est visible directement sans aucun obstacle entre nous et le déroulement de l'histoire ou entre nous et les idées de l'auteur. La prose de Masterton force le regard à se poser là où il n'aurait jamais dû s'aventurer.
Personnellement, j'aime ces romans au schéma simple, aux personnages parfaitement dessinés, ces ouvrages qui se lisent d'une traite mais qui laissent dans votre esprit une fois que vous avez refermé le livre un souvenir impérissable. Par contre, si comme moi vous êtes phobique du milieu hospitalier, cet endroit où même pour un simple rhume vous voyez tourner autour de vous toute une foule de blouses blanches paniquées prêtes à vous piquer ici ou là , détournez votre regard, quoique se serait quand même dommage. Oui, car le roman se déroule pour les trois quarts dans un hôpital, les soeurs de Jérusalem (ce détail a son importance et il pourrait bien même être la clef de l'oeuvre).
Karen est possédée. Si le medium ne l'accepte donc pas de suite, l'homme de science est lui bien plus enclin à comprendre et à accepter cette triste réalité. Les radiographies sont formelles : une "chose" pousse dans le cou de la jeune femme. Maladie bien étrange qui se nomme Misquamacus, vieux sorcier indien (l'histoire se déroule aux Etats-Unis). Le vieux chaman est ivre de vengeance. Il veut se venger de l'homme blanc qui lui a volé ses terres... Il est prêt à tuer la jeune femme et sa puissance est extraordinaire. Un combat s'engage donc.
Quelques passages du livre sont autant gores que flippants.
Je ne peux m'empêcher ici de comparer un bref instant l'ouvrage de Masterton avec l'exorciste de Blatty. L'exorciste laissait un vieil arrière goût de morale vaguement chrétienne et nous livrait en fin de compte une oeuvre assez pauvre.
Masterton est bien plus dans le réalisme et joue avec lui. Certaines descriptions font véritablement froid dans le dos et le corps de la pauvre Karen Tandy est plus d'une fois maltraité. Je pense en particulier à ce moment où la jeune femme se met à danser... Imposant et spectaculaire... Un spectacle atroce à vous couper le souffle. Mais l'auteur ne s'embarrasse pas avec la morale. Si Misquamacus revient et tue les hommes blancs, c'est bien parce que l'on a ravagé sa terre et détruit tout un peuple au nom même de la sagesse chrétienne. Au tour maintenant de l'homme médecine de revenir et de ravager les soeurs de Jérusalem (rappelez-vous le nom de l'hôpital où ce déroule cette histoire) et de faire comprendre ce que son peuple a enduré.
C'est là toute la force de cet ouvrage, qui s'engage et par la même engage le lecteur vers une réflexion de premier ordre, démontrant que la littérature fantastique, bien trop souvent tenue pour une littérature de gare, sait-elle aussi développer des réflexions profondes et importantes, en l'occurrence ici la place que la culpabilité peut tenir au sein d'un peuple entier... La force de ce vieux chaman mort-vivant ne se trouve pas uniquement dans ses apparitions impressionnantes mais plutôt dans tout ce qu'il symbolise.
Misquamacus est en fin de compte un personnage certes d'une cruauté terrible mais aussi un méchant sacrement attirant. Pourtant, et ce malgré toute sa rage et sa force, l'esprit du vieil indien perdra, battu à la suite d'une longue lutte par un ordinateur de la police habité par l'esprit de justice. Des fois, pourtant, nous aimerions bien que les méchants gagnent un peu, mais juste un peu... Pourtant prenez garde car n'est pas mort ce qui à jamais dort et avec le temps même la mort peut mourir. D'ailleurs, il existe deux suites à cet ouvrage et le vieil esprit indien est encore prêt à faire parler de lui.
En attendant, jetez vous sur cet ouvrage où chaque chapitre, sur un rythme effréné, propose une décente de plus en plus atroce vers le sombre et le douloureux. Un livre captivant et écrit par une main de maître. Un ouvrage quasi incontournable...

 

Note : 8,5/10

 

Le Cimmerien

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