Critiques par genre Horreur | Gore Guerriers de la Nuit, Les - L'intégrale de la trilogie
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Guerriers de la Nuit, Les - L'intégrale de la trilogie
Genre: Horreur , Gore
Année: 2009
Pays d'origine: Angleterre
Editeur: Bragelonne
Collection: l'Ombre
Auteur: Graham Masterton
Traducteur:
Francois Truchaud
 

L'intégrale de la trilogie :

 

Tome 1 : Les guerriers de la nuit

Tome 2 : Les rivages de la nuit

Tome 3 : Le fléau de la nuit

 

Il y a des livres qui sont plus longs à lire que d'autres. Et non, ce n'est pas seulement parce que l'ouvrage fait plus de 800 pages, car mettez-moi dans les mains l'intégrale de Lovecraft ou bien celle d'Howard et je suis un homme heureux. Même celle de Manitou me fait le même effet, un vrai plaisir... Mais j'en suis aujourd'hui à me demander si Masterton n'est pas l'homme de quelques livres seulement et je pense que sur l'ensemble de sa production beaucoup sont à éviter. Alors bien sûr si vous découvrez Masterton avec cette intégrale, il y a de forte chance que vous appréciez vraiment. Mais par contre, s'il y a longtemps que vous nagez dans les eaux troubles de l'imaginaire de Masterton alors vous risquez très fortement d'être déçu. Personnellement, à chaque fois je me fais avoir : chouette un "nouveau" Masterton ! Et à chaque fois c'est la même conclusion : déjà vu, déjà lu ! Surtout ici sur le tome 2 "Les rivages de la nuit" où l'on a l'impression parfois de relire du Manitou. C'est à peu près toujours la même chose : démons, sexe, sang...

Cette intégrale s'ouvre sur Les guerriers de la nuit et sur une scène dont seul Masterton a le secret, l'un de ces grands talents : emphase et outrance, le plaisir que l'auteur a à mutiler, trancher, creuser la chair. Notons que ceci est très important pour la suite. Masterton est un écrivain du corps, un écrivain du gore. Ainsi, trois personnages se promènent sur une plage et là , stupéfaction, découvrent dans ce petit matin gris un cadavre atrocement mutilé. A l'intérieur, ça grouille, ça bouge, le corps explose devant les yeux médusés des policiers et il en sort des sortes d'anguilles, des monstres, la semence du démon. Masterton aime ça la chair, comme Fulci au cinéma. Et il faut l'avouer sa commence bien : la chair fatiguée, la chair morte, la chair comme objet sexuel... Rappelons que Masterton a débuté sa carrière comme écrivain érotique pour Penthouse ! Ca marque.

Il y a donc cette chair, digne des plus grands films gores, ce sens de la description à la limite du soutenable et c'est bien pire dans les tomes suivants. Mais voilà , et c'est là toute l'idée, on va très vite apprendre par la suite que cette chair, cette peau symbole du concret, du tous les jours, de notre habit quotidien, a été longuement "travaillée" dans une autre dimension, celle des rêves et des cauchemars ! Comme si l'abstrait, l'au-delà , rattrapait le quotidien, comme s'il était impossible d'échapper à la douleur et à la mort, présente autour de nous et en nous... C'est la seule idée de génie de ce premier tome qui d'emblée fait autant penser à l'univers de Lovecraft et à sa contrée des rêves qu'à celui de Freddy Krugger. Bien sûr les références sont bonnes et ce n'est pas moi qui reprocherais à l'auteur de s'inspirer de ces deux oeuvres majeures, bien au contraire ! Mais voilà à côté de ça, il ne gravite pas grand-chose. Tout d'abord les personnages sont insipides. Henry gentil professeur qui lutte contre son alcoolisme, lutte qui passe au second plan alors que la tension aurait pu venir de là , et deux jeunes californiens pure souche. Ceux là deviennent des guerriers de la nuit, c'est-à -dire ceux qui traquent le démon dans les cauchemars, démon qui bien entendu veut envahir la terre. Du déjà vu chez Masterton, et pas grand-chose de plus. Alors oui, on pénètre les rêves et les descriptions superbes ne manquent pas (comme ce château sexe de femmes !!) tout comme l'action mais au bout d'un moment ça tourne en rond. Et puis surtout, même si là ça n'engage vraiment que moi, je trouve que les supers héros des rêves n'ont vraiment aucun charisme et qu'ils ont vraiment l'air ridicule dans leurs combinaisons...

Donc voilà des personnages qui s'en vont traquer le démon et sa progéniture dans les pires recoins de notre subconscient. Ca donne de très bons passages malgré tout, gores, sexy, mais ça ne va pas très loin surtout pour quelqu'un qui est habitué à lire du Masterton. Ca plaira aux amateurs de gore, c'est certain, mais personnellement j'ai failli arrêter ma lecture ici. Je l'aurai un peu regretté mais pas tant que ça...


Le second tome, "Les rivages de la nuit", commence bien, très bien même. Un jeune couple John et Jennifer, emménage dans une maison, c'est un couple reconstitué avec un petit garçon Lenny qui semble mal supporter la situation. Sa mère vient de mourir et son père vient donc de se remarier. Peu à peu, des choses étranges se produisent. Quels sont ces marques qui apparaissent dans le mur ? Est-ce le petit garçon ? Est-ce un cas de possession ? Bien sûr, on a déjà lu le tome 1 et l'on se sait plus ou moins de quoi il s'agit... Mais quand même l'ambiance est sombre, pesante, avant de tomber dans le macabre, le malsain, le gore. Encore une fois Masterton aime torturer les chairs pour mieux mettre à jour les blessures de l'âme... L'auteur lit les deux. Jack le père de l'enfant, voulant le sauver, se retrouve violemment attaqué par une entité et là l'auteur va loin, très loin. Le père cloué au lit va devoir affronter un démon qui s'immisce dans les rêves...

Jusqu'ici tout va bien et ce second tome vous prend aux tripes. Mais voilà bientôt le récit s'enlise, Masterton cherchant l'efficacité sanglante pour délaisser le psychologique et la tension interne. Les héros encore une fois ne sont pas très charismatiques, juste des faire valoir à l'horreur malgré des idées intéressantes et pas toujours exploitées à fond. Ainsi Jack, handicapé, d'ailleurs encore une fois c'est psychologiquement mal amené, se retrouve entouré d'autres paraplégiques qui deviennent bien sûr des héros dans les contrées du rêve et des cauchemars.

Bien mieux malgré tout que le premier tome, Masterton nous fait pénétrer un imaginaire enfantin, des villes sombres où les jouets sont peu accueillants et un far west étrange. Oui, car le démon qui hante les rêves et qui tue les gens de cette façon est un vieil indien ou un démon proche de cette civilisation. Comment ne pas penser à Manitou !! C'est parfois trop flagrant même si encore une fois le livre propose de bon passages, un début prenant mais malheureusement avec une conclusion pas très bonne, prévisible, et qui évite tout effet de surprise. Comme dans le premier tome chaque Guerrier de la nuit a un pouvoir de super héro qui lui est propre, tenant de sa propre psychologie et de son vécu. Masterton peine à éviter la psychologie de comptoir et ces super héros, personnellement, je les trouve ridicules... Il s'agit d'un avis tout personnel bien sûr ! Un tome qui commence bien mais qui n'arrive pas à éviter la déception au final.


Mais les vrais héros ne meurent jamais et guidés par le pouvoir de l'ange qui sert le dieu du bien, Ashapola (on notera la sonorité toute Lovecraftienne), ils vont bientôt devoir reprendre du service dans un troisième tome, "Le fléau de la nuit", qui s'avère être le meilleur de la trilogie et qui est même très bon ! Et oui, il aura fallu lire un premier tome limite, un second tome moyen pour arriver à un dernier tome excellent !

Dans le Fléau de la nuit, Masterton va plus loin, plus loin dans l'ambiance, plus loin dans l'horreur et nous livre un ouvrage dérangeant. Jugez plutôt...

Stanley Eisner est un violoniste de renommée mondial. Il est à Londres pour une série de concerts exceptionnels. Mais tous les matins un homme étrange, un SDF au visage atroce l'attend devant son domicile et le suit. Un jour ce SDF viole Stanley, scène d'une violence atroce avec tous les détails qui s'ensuivent... Dérangeant et atroce d'autant plus que Masterton utilise des descriptions très froides, brutes même si là encore l'aspect psychologique passe complètement à la trappe. Comme dans le précédent tome quand le héro perd ses jambes, ici quand le héros est violé on ne s'attarde pas sur les traumatismes pour rentrer directement dans l'histoire. Dommage celle-ci s'en trouve alourdie... Heureusement que la trame est ici bien plus travaillée ! Alors bien sûr, il s'agit encore de démons et de possession mais cette fois-ci ils sont dirigés par une sorcière et l'univers que développe Masterton autour de cette dernière est tout simplement fabuleusement sombre. Mais ce qui est plus fort encore c'est l'introduction, en plus des Guerriers de la nuit, de la notion de porteur. Quelque chose à contaminé Stanley, une chose qui lui fait cracher des rats, qui lui fait vomir des crapauds et autres joyeusetés mais aussi une possession qui le rend sexuellement dangereux un peu comme le SIDA... Masterton, à travers ce roman, nous offre une vision de notre monde moderne absolument sombre et à la limite du déprimant ou tout semble condamné y compris l'amour et les relations sexuelles. On plonge alors dans une noirceur terrible et on retrouve ce qui fait le meilleur de Masterton : le sexe et le sang...

Au final cette intégrale, malgré le Fléau de la nuit, ne nous propose pas le meilleur de Masterton. Bien sûr l'idée de pénétrer les cauchemars (et il y en a une multitude ici de l'enfant à la femme seule !!) nous offre quelques pages qui raviront les fans de gore et d'horreur, mais je trouve que les personnages ne sont pas toujours bien exploités et que les guerriers de la nuit s'avèrent des supers héros un peu décevants. Et les thématiques de Masterton se répètent et parfois tournent en rond avec des conclusions pas toujours bien amenées. On part toujours d'une bonne idée, d'une ambiance intéressante mais au final on n'en retient pas grand-chose. Peut être est ce aussi car j'ai beaucoup lu de Masterton mais je trouve qu'au bout d'un certain temps l'auteur n'a plus grand-chose à dire et que certains de ces ouvrages pourraient paraître dans le pire de la collection Gore de Fleuve Noir. Ce qui n'est pas mauvais en soit mais on attend toujours un peu plus d'un auteur comme Graham Masterton.

En fait, et ce sera ma conclusion, je suis assez d'accord avec ce qu'écrit Denis Labbé dans la revue Phoenix Numéro 37, dans un article intitulé "Masterton le faiseur d'Epouvante" : "Masterton n'est pas un créateur de monde, c'est un modificateur des mythes existant, un peu comme ces peintres classiques qui venaient voiler le sexe des oeuvres de la renaissance, sauf que dans le cas de Masterton, c'est le contraire, il dévoile, il ensanglante, il massacre, il violente, il profane. En fait, il est de la même essence qu'eux : il remet au goût du jour ce qui a été fait par d'autres. Il adapte à sa façon des histoires qu'il a aimé et qu'il veut voir se perpétrer dans le présent..." A elle seule cette remarque résume Les guerriers de la nuit. Un Masterton pas indispensable.


Note : 5/10

Le Cimmerien

 

A propos de ce livre:

 

- Site de l'éditeur: http://www.bragelonne.fr/

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