Concrete 1
Titre tome: Etrange Arrmure
Genre: Extraterrestres , Comics , Science-fiction
Année: 2004
Pays d'origine: Etats-Unis
Editeur: Semic
Collection: Semic Book
Scénario:
Paul Chadwick
Dessin:
Paul Chadwick
Couleurs:
Chris Chalenor
Traduction:
Gabrielle Comhaire
 

Ron Lithgow est un homme au tempérament pusillanime et casanier dont l'existence d'adulte s'est construite sur des rêves avortés de grands voyages aventureux qui ont nourris toute son adolescence. Devenu rédacteur des discours d'un sénateur de la Côte Ouest, il sort à peine d'un divorce. Pour se changer les idées, il accepte l'invitation de son ami Michael à faire un peu d'escalade sur une montagne de la région. Mais cette excursion va prendre une tournure cauchemardesque : enlevés par des extraterrestres, les deux hommes vont subir une effroyable expérience qui va les transformer tous deux en créature de pierre de quatre cent kilos. Séquestrés à bord du vaisseau, ils parviennent toutefois à s'échapper mais Michael est tué lors de l'évasion pendant que les aliens quittent précipitamment la planète. Ne reste plus que Ron, sauf mais désemparé, monstrueux colosse dont la vie va se trouver radicalement transformée.

D'abord séquestré dans le plus grand secret par une équipe de scientifiques sous surveillance militaire, Ron se prête de bonne grâce à sa condition de cobaye, avec le mince espoir de pouvoir retrouver son apparence humaine. En vain. Il y fera au moins la connaissance d'une jeune scientifique, Maureen Vonnegut, qui deviendra une amie fidèle, mais aussi celle bien moins plaisante de Joe Stamberg, un agent de la CIA manipulateur et sans scrupules qui considère évidemment ce géant de pierre quasiment invulnérable comme une aubaine pour sa carrière. Et malgré sa carapace imposante et sa force surhumaine, Ron est resté l'homme un peu apathique qu'il était, plus fragilisé encore par sa nouvelle condition. Bref, un sujet à l'esprit aussi malléable que sa cuirasse est solide.

Mais même les hommes les moins belliqueux ont leurs limites et Ron, excédé par son emprisonnement, s'échappe du labo avec la complicité de Maureen et se fait reconnaître du monde entier en apparaissant devant les caméras d'une chaîne de télé.

Dorénavant, Ron - que les journalistes ont baptisé Concrete - devient une icône médiatique. C'est alors le début d'une autre servitude : apparitions dans des shows télé et des pubs idiotes, développement de tout un merchandising à son effigie, le tout gérer par l'indétrônable Stamberg, reconverti pour l'occasion en agent du "produit Concrete". Une célébrité que celui-ci vit de plus en plus mal mais dont il ne parvient pas à se dépêtrer, pas plus que d'une déprime permanente : Ron a perdu trois de ses sens (l'odorat, le goût et le toucher) et sa masse encombrante ne lui vaut que des problèmes. Encore doit-il faire face aux agissements occultes d'un Stamberg qui aimerait le vendre comme arme au plus offrant.

Dans ce triste tableau, Concrete trouve toutefois quelques compensations, par exemple en sauvant la vie de mineurs victimes d'un éboulement ou en faisant la joie de quelques enfants lors d'une fête d'anniversaire. Mais ces quelques aimables dérivatifs et exploits qui flattent la tendance naturelle de Ron a vouloir se rendre utile restent peu de choses comparé à son quotidien et aux manipulations dont il est l'objet.

Mais une nuit douloureuse où il observe en cachette son ex-femme, Ron/Concrete parvient à débrouiller quelque peu sa situation. Fermement décidé à ne plus s'apitoyer sur lui-même et à mettre un terme à l'emprise exercée par Stamberg, Concrete compte bien reprendre en main son destin et, surtout, à l'accepter.

 

Ce résumé pourrait laisser penser que l'histoire de "Concrete" est on ne peut plus classique. Et, si on s'en tient uniquement aux événements principaux qui se succèdent (transformation d'un homme en "monstre" par des aliens - cobaye aux mains des scientifiques puis de l'armée - évasion - révélation auprès du public - séquelles psychologiques du "héros", etc...), ce n'est pas faux. MAIS... l'esprit du comics est fort éloigné de ces histoires de super-héros du type "Hulk" auquel Concrete, malgré son apparence, ne ressemble absolument pas. S'il fallait absolument établir une comparaisons, il serait plus pertinent de mentionner "Elephant man", le pathos en moins. Car nous sommes ici plus proche de la fable humaniste qui se concentre presque exclusivement sur le quotidien désabusé d'un homme confronté à une situation presque insurmontable et une foule de petits problèmes existentiels ou d'ordre pratique pourtant bien plus intéressants que les habituels affrontements dantesques avec d'autres créatures du même acabit. Les scènes d'action sont d'ailleurs très peu présentes et vite expédiées, l'essentiel étant plutôt la lutte toute intérieure de la créature avec la société bien sûr mais aussi et surtout ses propres faiblesses qu'il cherche à surmonter et l'acceptation de sa condition selon l'adage bien connu : "la vie continue (malgré tout)".

Du coup, les manigances de Stamberg et Cie paraissent bien plus accessoires (et d'ailleurs souvent inefficaces, comme si l'auteur se moquait du personnage) même si elles contribuent à dynamiser l'histoire et offrir quelques moments de suspense et d'action qui évite aussi au comics de tomber dans l'introspection ennuyeuse.

Car je vous rassure tout de même : Concrete n'est pas la version comics du Penseur de Rodin.

Il est d'ailleurs important d'ajouter que Concrete n'est pas qu'un long chemin de croix dépressif mais possède un humour pince-sans-rire du meilleur cru dont fait preuve le personnage dans sa narration en "voix-off". Et j'en arrive alors à ce qui fait l'intérêt principal de cette bande dessinée selon moi : une narration de grande qualité, portée par la voix intérieure d'un Concrete émouvant et poétique, faisant preuve d'autant de dérision que de gravité sur son cas (en un mot : de lucidité) qui contribuent grandement au plaisir qu'on y prend et à l'empathie que l'on ressent pour un personnage dont on aurait pu craindre que la mollesse et les quelques moments d'apitoiement finissent par lasser. Il n'en est rien.

 

Mon seul regret : un dessin franchement moyen au style aussi désuet que ce que l'on peut trouver dans des vieux «Strange (mais on peut aimer) qui est loin de faire honneur au scénario. Et comme c'est le même Paul Chadwick qui occupe les deux postes, je regrette qu'il ne s'en soit pas tenu à écrire l'histoire en la faisant illustrer par un autre dont le style m'aurait davantage convenu. Pourtant, la couverture (ainsi que les deux illustrations en fin de volume et celle de la quatrième de couverture) en crayonné et mises en couleurs pastels laissaient présager un graphisme de très bonne tenue, qui disparaît pourtant avec les planches et l'encrage. Mais le découpage est, lui, irréprochable.

Une bonne surprise pour le premier comics que je lis (il est vrai que j'en lis peu) qui privilégie à ce point l'émotion plutôt que l'action en feignant de marcher sur les traces d'un courant "action à gogos" pour l'ignorer sitôt après.

 

Note : 8/10

 

Raggle Gumm

 

A propos de ce comics :

 

- Site de Paul Chadwick : http://www.paulchadwick.net/

- Site de l'éditeur : http://www.bdsemic.fr/vpc/

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