Ash 2
Titre tome: Faust
Genre: Fantastique , BD européennes , Steampunk
Année: 2011
Pays d'origine: France
Editeur: Soleil
Collection: 1800
Scénario:
François Debois
Dessin:
Krystel
Couleurs:
Krystel
 

 

Anguis Seductor Hominum... Ash. Un nom bien mystérieux pour une jeune fille enfermée dans un tombeau au coeur du royaume de Bohème depuis cinq siècles.

Qui est-elle et pourquoi a-t-elle été ainsi isolée du reste du monde ? La seule chose dont le jeune fille soit sûre, c'est que son origine est intimement liée à un secret très convoité : celui de la vie éternelle...

La fin du premier tome révélait, de manière certes attendue vu le mythe littéraire auquel fait référence cette BD, mais qui faisait néanmoins son petit effet, la nature ô combien démoniaque de la jeune fille amnésique au visage d'ange. Après un court flash-back nous montrant un Faust encore enfant recevant son coeur mécanique, nous revenons exactement à l'endroit de la révélation où nous avait laissé le tome 1. Mais Ash et Kamina (dont le minois figure sur la belle couverture) ont à peine le temps d'en mesurer les implications qu'elles réalisent qu'elles sont en faites tombées dans un guet-apens tendu par l'Eglise pour s'emparer d'Ash. Mais loin de l'enfermer à nouveau dans son caveau pour cinq siècles supplémentaires, le cardinal en charge de cette mission a bien d'autres projets pour elle, nettement plus personnels.

Quant à Faust, il lui faut désormais trouver un terrain d'entente provisoire avec le "saint" homme en attendant de pouvoir récupérer son sujet d'expérience favori. Telles sont également les intentions d'Alexej et sa petite bande de gamins des rues qui avaient été chargés par Ash de mettre la main sur son "coupeur", instrument qui, utilisé par la jeune fille, est capable d'éviter la mort de ceux qu'elle sait condamnés à brève échéance.

 

 

 

Si la réussite d'une BD tient, on le sait, à un ensemble de facteurs (histoire prenante, rythme, intelligence du traitement, qualités graphiques et... un ingrédient X qui fait que la sauce prend ou non), il en est un autre qui me paraît toujours incontournable pour me faire vraiment apprécier une lecture : l'imprévisibilité.

Et dans le cas de ce tome 2, j'ai été surpris de constater très vite que le scénario prenait deux directions auxquelles je ne m'attendais pas.

Primo, l'intervention d'une Eglise aux agissements peu catholiques que l'on avait fini par oublier dans un tome 1 entièrement focalisé sur Ash et ses errances (et un peu sur Faust). Et secundo, une suite de conséquences relatives à la révélation citée plus haut qui ne sont pas celles que l'on aurait pu imaginer. Avec une pointe de regret, peut-être, concernant ce second point, car, avouez que quand un personnage réalise qu'il est le Diable en personne, on est en droit de se dire qu'une telle découverte va renverser complètement la situation et que notre petite poupée de porcelaine va, de fait, montrer toute l'étendue de ses pouvoirs supposés et sa maléfique nature se réveiller.

Hé bien, pas du tout... Assez curieusement, ce Diable-là se fait non seulement emprisonné avec une facilité déconcertante, mais encore se révèle relativement passif, vulnérable, fragile et même sentimental à l'occasion.

Tout cela m'a laissé un peu perplexe, même si on peut comprendre que le propos des auteurs n'est pas de nous la jouer façon L'exorciste ou La malédiction et évitent ainsi la caricature grotesque d'un Malin ricanant. Mais tout de même, on est étonné de voir le Diable verser quelques larmes, se laisser malmener et même faire une entorse aux conditions du fameux pacte à un moment.

 

Cette petite incongruité étant épinglée, la suite et fin de ce dytpique qui livre une version plutôt intéressante du mythe faustien, ne m'a pas déçu et elle possède son lot de qualités.

Sur le fond, on pourra par exemple apprécier la situation ironique d'hommes d'Eglise (dont le pape en personne !) qui, malgré toute leur foi et voyant arrivé leur mort, n'hésitent pas à abjurer toutes leurs convictions pour grappiller un peu de vie supplémentaire, fus-ce en signant un pacte avec l'Ennemi. L'angoisse de la mort et la possibilité de pouvoir y échapper par tous les moyens est d'ailleurs le sujet principal de cette BD plus grinçante qu'elle n'y paraît. De fait, exit ces histoires de paradis, d'enfer, de purgatoire et autres billevesées dont ces hommes de Dieu avouent eux-mêmes n'être que des foutaises inventées afin de mieux contrôler le peuple. En revanche, ce que peut leur offrir Ash est bien tangible et à un effet immédiat.

Un pacte au sujet duquel d'ailleurs il n'est pas demandé au signataire de donner son âme (une notion trop abstraite sans doute) mais, plus prosaïquement, le sacrifice de ce en quoi il tient le plus dans sa vie. Ainsi, la riche et arrogante Kamilia ne devra sa vie sauve qu'à une existence désormais vouée à la précarité. Mais l'attitude d'Ash surprend également sur ce point : elle (ou il ? c'est agaçant de ne pas savoir quel pronom employé !) ne donne pas non plus l'impression de jouer un bon tour au mortels. Les conditions du pacte sont montrées comme une formalité dont elle/il ne tire apparemment aucune satisfaction.

Et lorsque se développe, même de façon subtile et non exprimée, une pourtant manifeste affection (amour ?) entre Ash et Faust, on se gratte à nouveau la tête de perplexité.

Cette personnification du Mal imaginée par François Debois est décidément plus douce-amère qu'imprégnée de souffre, encore renforcée par la délicatesse et le raffinement du dessin de Krystel qui s'est amélioré par rapport au premier volet, et une mise en couleurs (parfois chatoyantes) de toute beauté.

Au-delà de ces considérations, j'ai plutôt apprécié cet album et le diptyque dans son ensemble par son originalité, le côté hétérogène de ses inspirations (fantastique gothique, steampunk, roman social à la Dickens) et graphique (entre BD européenne et manga) que l'on trouvait déjà dans le tome précédent. Et puis, sans proposer d'énormes surprises, elle reste suffisamment imprévisible pour éviter au lecteur d'anticiper chaque scène et d'avoir une fâcheuse impression de déjà lu.

Voilà pour moi un titre qui a au moins le mérite de marquer sa différence au sein de la collection 1800.

 

note : 8/10

 

Vorpalin

 

A propos de cette BD :

 

- Site de François Debois : http://magus.over-blog.com/

- Site de Krystel : http://krystelblog.blogspot.com/

- Site de l'éditeur : http://soleilprod.com/

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