Loup-garou de Washington, Le
Titre original: The Werewolf of Washington
Genre: Lycanthropie , Horreur , Epouvante
Année: 1973
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Milton Moses Ginsberg
Casting:
Dean Stockwell, Katalin Kallay, Henry Ferrentino, Despo Diamantidou, Thayer David, Nancy Andrews, Clifton James, Biff McGuire, Jack Waltzer, Ben Yaffee, Jane House, Beeson Carroll, Jacqueline Brookes, James Tolkan, Michael Dunn...
 

Attaché de presse de métier, Jack est envoyé à Budapest par son gouvernement pour un important reportage. Et, alors qu'il a quelques problèmes avec son van, il est attaqué une nuit de pleine lune par un animal sauvage ressemblant singulièrement à un loup. Recouvrant ses esprits, il s'aperçoit que le loup qui l'a mordu avant de mourir est redevenu un homme. Il y a de quoi perdre la boule, d'autant que la discussion avec les autochtones était de toute façon très limitée, et voici qu'elle l'est d'avantage encore. Encore faudrait-il qu'il comprenne lui-même ce qu'il lui est arrivé, et qu'il réussisse à formuler des questions tangibles à partir de cela, pour avoir une chance même minime d'obtenir un semblant de réponse, ce qui ne sera pas le cas.

Il comprendra toutefois mieux sa nouvelle condition, peu après être rentré à Washington où il a une liaison avec la fille du chef d'état, pour lequel il travaille. Voici qu'une nouvelle pleine lune se pointe à l'horizon, quelques menus changements vont bouleverser pour le moins ses petites habitudes conservatrices...

Arrive une grande soirée cocktail dans laquelle Jack ne se sent pas à l'aise... Forcément, le voilà pris de bouffées de chaleur, et non ce n'est pas la ménopause qui le guette car il est également victime d'hallucinations. Il se met même à voir un pentacle dans la paume de la femme (pour le coup pompette) d'un sénateur! Tout ceci porterait à croire à des affabulations d'homme stressé, si ce n'était que dès le lendemain la même dame de haut rang est retrouvée éventrée dans un caddie de supermarché ! Roumanie, pleine lune, n'y aurait-il pas un loup-garou quelque part ?

 

 

Pour rentrer dans le vif du sujet et trancher dans le lard, disons le tout net, Le loup-garou de Washington est un film plutôt pauvre et qui manque de chien. La faute sans doute à un budget très limité qui lui donne le plus souvent des airs cheap, alors qu'il aurait sans doute été relevé d'un cran doté d'un peu plus de moyens. Son gros défaut demeure sa mise en scène. Elle est due à Milton Moses Ginsberg, dont c'est ici le second film après un "Coming Apart" dans lequel Rip Torn jouait un psychiatre qui sournoisement photographiait les femmes en consultation chez lui, et avant deux courts-métrages plus tardifs (en 1999 et 2001). Il collaborera également à quelques documentaires à caractère social, notamment sur la récession économique et ses conséquences au milieu des années 80 ("Down and Out in America" de Lee Grant). Peu de films à son actif donc, et c'est avec une attention toute énigmatique que l'on se penchera sur cette carrière peu prolifique. Quoi qu'il en soit, Milton Moses Ginsberg s'avère ici assez peu doué pour mettre en scène et rarement un film (notamment de genre horrifique) aura pâti d'un tel manque de rythme ou, devrais-je plutôt dire, d'une absence quasi-totale de rythme. C'est le plus gros défaut d'un film par ailleurs assez souvent amusant, et qui multiplie les hommages cinéphiliques en même temps que de se vouloir une sorte de farce féroce sur le régime républicain alors en place.

 

 

Soit, ça ne paye pas de mine, soit, ça ne mord pas forcément jusqu'au sang, mais à le replacer dans son contexte, cette petite variation sur le thème de la lycanthropie se révèle plus mordante lorsqu'on sait qu'elle sortit juste avant le célèbre scandale du Watergate, illustrant à sa manière et de manière symbolique les sentiments de malaise et d'incertitude suscités par les grands mouvements de contestation des années 1960, ainsi que les assassinats politiques qui jalonnèrent cette période. Ici, c'est le cynisme qui l'emporte, et la peinture au vitriol de l'état décisionnaire demeure plutôt réjouissante. Les insultes racistes ne cessent de s'échapper de la bouche du président de la république et de ses conseillers ; et tout est mis, le plus souvent par des lapsus révélateurs sur le dos de la communauté noire ou encore de la racaille communiste.

 

L'ensemble est assez provocateur, (relativement) osé, rigolo par moments, mais aussi somme toute assez vain. Du reste, le réalisateur a tendance trop souvent à privilégier cet aspect au dépend de la variation horrifique sur le thème plus canin que l'on eut été en droit d'attendre. Du coup, on se retrouve avec un film bancal, hybride, qui semble ne pas trop savoir sur quel pied danser, ou bien ne trouvant pas toujours le juste équilibre entre fable corrosive et film d'épouvante efficace. Il y a comme un laisser-aller dans cette mise en scène, un peu à l'instar des droits du film qui tomberont peu après dans le domaine public par simple négligence.

 

 

Difficile de comprendre cela, d'autant que Milton Moses Ginsberg semble être un cinéaste personnel et indépendant, écrivant lui-même ses propres scénarios. Peut-être aussi n'est-il tout bêtement pas très doué en tant que cinéaste, ce qui expliquerait cette absence totale de rythme évoquée plus haut, et portant fortement préjudice à son film. De plus, celui-ci pâtit immédiatement de la comparaison avec d'autres variations sur le thème du loup-garou. On est loin par exemple de la chatoyante et 'hammerienne' "Nuit du loup-garou" de Terence Fischer, tout comme de l'efficacité et la malice de ce que livreront plus tard Joe Dante ou John Landis avec respectivement "Hurlements" et "Le loup-garou de Londres". Tout juste a-t-il le mérite de surgir dans une période assez squelettique au niveau lycanthropie cinématographique. Il est vrai qu'à l'exception des films avec Paul Naschy, qui débutèrent en 1968 avec Les vampires du docteur Dracula pour se poursuivre tout du long des années 70 avec "La furie des vampires" ou encore "La Furia del Hombre Lobo" pour ne citer qu'eux, il y avait alors peu de loups-garous à se mettre sous la dent (vous m'excuserez j'espère pour ce mauvais jeu de mots). Alors, que reste-t-il à sauver de ce The Werewolf of Washington ?

 

Sans doute et paradoxalement ses effets spéciaux, qui sont manifestement là pour rendre hommage au "monstre de Londres" avec Henry Hull, et surtout à certains films des années 40 issus des studios Universal, avec en point d'orgue "Le Loup-garou", avec Lon Chaney Jr... Malheureusement, si l'hommage semble sincère, il faut bien admettre que cela passe plutôt moyennement à l'écran, ressemblant plus à un choix par défaut totalement dénué de la magie, sinon de la poésie de l'oeuvre avec l'immense Lon Chaney Jr.

 

 

Le loup-garou de Washington n'est pas non plus sauvé par une prestation très moyenne du pourtant pharaonique Dean Stockwell, ainsi que la présence de quelques acteurs fort sympathiques comme l'excellent Michael Dunn, dont la carrière ("Trop petit mon ami" d'Eddy Matalon ou encore Le Château de l'horreur de Robert Oliver et bien entendu la série des "mystères de l'Ouest") fut bien trop brève tout comme sa vie, puisque ce dernier mourut hélas précocement à l'âge de 38 ans. Si le film de Ginsberg n'est pas vraiment sauvé, on dira qu'il est repêché (et de justesse), par une accumulation de scènes qui n'ont vraiment pas peur du ridicule, flirtant avec la lisière d'un humour pince sans rire et celle plus mince et involontaire propre au nanar. Notre lycanthrope renverse ici une cabine téléphonique pour s'attaquer à la dame s'y trouvant (qui d'ailleurs ne lâchera jamais le téléphone des mains), bondit ailleurs sur le toit d'une voiture pour se faire conduire à la prochaine station essence où il attaquera enfin sa conductrice, cavale à tout va dans les living, plus comme un jeune clébard cherchant à jouer que n'importe quel loup-garou qu'on a pu voir ailleurs (même dans le faiblard Werevolves on Wheels sorti en 1971 et que j'ai oublié de mentionner plus haut dans mon petit recensement canin de l'époque), bloque la porte des toilettes pour pouvoir se transformer en toute tranquillité, pratique le lèche-vitrine la langue bien pendue, se fait enchaîner à un rocking-chair pour enfin prouver sa triste condition à laquelle personne ne veut croire, puis contaminera directement le président de la république qui, dans une allocution radiophonique faite pour faire taire les rumeurs sur des problèmes de santé dont il souffrirait, se transformera en direct (le temps d'un excellent générique de fin) pour ne plus finir que par hurler à la meute !

 

 

Voilà ce qu'a à offrir de mieux ce spectacle souvent lourdaud dans sa charge, finalement assez peu mordante (qui remise dans son contexte d'époque semble toutefois un peu plus risquée), mais qui possède, disons le comme cela, un certain charme, et puis surtout quelques capacités à provoquer le rire, sinon tout du moins le sourire et l'indulgence qui va de pair. Le résultat n'est pas génial mais il se voit sans déplaisir. Ni plus, ni moins.

 

Mallox

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