Ursus la terreur des Kirghiz
Titre original: Il Terror dei Kirghisi
Genre: Horreur , Peplum
Année: 1964
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Antonio Margheriti & Ruggero Deodato
Casting:
Reg Park, Ettore Mani, Furio Meniconi, Mireille Granelli, Maria Teresa Orsinini, Nino Fuscagni...
Aka: Hercules Prisoner of Evil
 

Ursus, chef d'une tranquille tribu d'Asie Centrale, voit sa région terrorisée par un monstre. Et si ce monstrueux lycanthrope n'était autre qu'Ursus lui-même ?

 


On considère généralement que le second âge d'or du péplum italien s'étend de 1957 à 1965. Pendant cette période, un nombre assez considérable de héros musclés apparurent. Si le plus connu reste évidemment Hercule, bien vite les producteurs exhumèrent d'autres héros. Ainsi, en 1961, Maciste réapparut, suivi notamment d'un certain Ursus. Les deux personnages furent exhumés par le réalisateur Carlo Campogalliani, Maciste dans "Le Géant de la Vallée des Rois", et Ursus dans le film du même nom. Si Maciste connut un succès assez conséquent (il bat d'ailleurs son concurrent Hercule en nombre de films), Ursus connut quant à lui une carrière plus discrète (une dizaine de productions). Il faut aussi souligner que les distributeurs étrangers prenaient un malin plaisir à rebaptiser, suivant leur inspiration, le pauvre Ursus soit en Hercule (ainsi "Ursus" devînt "La Fureur d'Hercule"), soit en Maciste ("Ursus nella valle dei leon" devînt "Maciste dans la vallée des lions", et "Ursus dans la Terre de feu" se changea en "Maciste dans la vallée des Dieux"). Contrairement à Hercule, Ursus est un personnage qui évolue dans des civilisations et des époques différentes (souvent mélangées à grands renforts d'anachronismes et d'accessoires récupérés sur d'autres productions), passant d'un cadre pseudo antique aux steppes d'Asie centrale. Comme souvent dans ce genre de productions, le personnage fut interprété par plusieurs acteurs, mais le premier et celui qui l'interpréta le plus souvent fut Ed Fury (quatre films). Dans cet opus, il est remplacé par Reg Park (1928-2007), un ex Monsieur Univers (trois titres en 1951-58-65), qui tournera assez peu puisqu'il n'apparaîtra que dans cinq films : "Hercule à la conquête de l'Atlantide ("Ercole alla conquista di Atlantide", 1961) de Vittorio Cottafavi, "Hercule contre les vampires" ("Ercole al centro della terra", 1961) de Mario Bava, "Maciste dans les mines du roi Salomon" ("Maciste nelle miniere di re Salomone", 1964) de Piero Regnoli, "La terreur des Kirghiz" ("Ursus, il terrore dei Kirghisi", 1964 ) d'Antonio Margheriti et Ruggero Deodato, et "Le défi des géants" ("La sfida dei giganti", 1965) de Maurizio Lucidi.

 


1964 est une année charnière puisque sort sur les écrans "Pour une Poignée de Dollars", le western qui va lancer le genre qui détrônera le péplum. Nous sommes donc à la fin d'une mode, et pourtant Antonio Margheriti réalisera trois péplums cette année là : "Anthar l'invincible", "Fort Alésia" et "Ursus la Terreur des Kirghiz". Accaparé par le tournage de "Fort Alésia/I Giganti di Roma", Margheriti dut céder son poste de réalisateur à son assistant, un certain Ruggero Deodato, qui dirigera un peu plus de la moitié du film. Comme à son habitude, Margheriti s'occupera essentiellement des effets spéciaux et des scènes d'horreur. Si le script accumule tous les stéréotypes du genre, c'est pour mieux les détourner. En effet, le fameux Ursus (le costaud de service) se fait allégrement mener par le bout du nez (et autre chose peut-être) par la belle et brune princesse Aniko (Mireille Granelli, clone de Barbara Steele), et c'est surtout son frère qui va démêler le nœud de l'intrigue. De plus, Ursus va se retrouver en piteux état après un affrontement assez mouvementé avec le monstre ; il restera convalescent une partie du film, retrouvant la forme pour sauver tout le monde lors du final. Pour se différencier encore un peu plus du reste des productions du même genre, les scénaristes introduisent une petite touche fantastique avec la présence d'une mystérieuse créature aussi insaisissable que meurtrière. En fait, il va s'avérer que cette fameuse créature est le résultat d'une étrange boisson magique qui transforme les personnes qui l'ingurgitent en un monstre obligé d'obéir à une certaine personne. L'identité (guère difficile à trouver) et les motivations de celle-ci étant l'un des nœuds de l'intrigue, et l'une des bonnes idées d'un script plus subtil qu'il n'y paraît.

 


Le péplum, comme tous les genres du cinéma populaire, compte autant de passionnés que de détracteurs. Les arguments des uns et des autres étant souvent les mêmes, on souligne la puérilité des scénarios stéréotypés, peuplés de pin-up et d'anciens culturistes qui évoluent dans des décors de carton pâte, une vision réductrice qui ne rend pas justice à un genre aussi riche et varié. La preuve, cette petite production hybride qui intègre quelques éléments d'horreur gothique (jeux d'ombres et de couleur, visages déformés par la terreur) aux péripéties plus classiques (le vil usurpateur voulant ravir le trône). Malgré la présence de deux réalisateurs au style assez différent, le métrage ne s'en ressent pas trop. La différence entre les scènes de terreur (tournées par Margheriti) et le reste du métrage crée une ambiance assez particulière. A ce titre, le film démarre fort avec la première scène, l'attaque d'un bivouac par le fameux monstre. Le film va alors alterner les scènes d'action, l'enquête sur l'identité de la créature et les exactions du monstre. On ne s'ennuie donc pas à la vision de ce film qui réserve toujours une péripétie toutes les cinq minutes. Si le budget alloué au film est loin d'être celui d'une superproduction, l'ingéniosité et l'habileté des "faiseurs" italiens vont permettre à cette modeste production de paraître plus opulente qu'elle ne l'est réellement. On va "emprunter" quelques séquences à un autre film ("Ivan Le Conquérant", de Primo Zeglio - 1960) pour donner un peu plus d'ampleur aux scènes de foule et de bataille ; on ajoute ensuite quelques miniatures dont Margheriti a le secret, et un habile montage fera le reste. Voilà pourquoi "Ursus" est le digne représentant d'un cinéma populaire, où les mots d'ordre étaient l'ingéniosité et une bonne dose de délire, en un mot un film à voir.

 

 

The Omega Man
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