Homme de Prague, L'
Titre original: The Amateur
Genre: Espionnage
Année: 1981
Pays d'origine: Canada
Réalisateur: Charles Jarrott
Casting:
John Savage, Marthe Keller, Ed Lauter, Christopher Plummer, Arthur Hill, Ed Lauter, Nicholas Campbell...
 

Charles Heller, un jeune agent du Chiffre spécialisé dans le décryptage et membre de la CIA, veut venger sa fiancée Sara Kaplan, jeune photographe tuée par trois terroristes lors d'une prise d'otages au consulat américain de Munich. Devant le refus catégorique de ses supérieurs d'engager une action punitive, Heller n'a d'autre alternative que de faire un chantage à l'Agence afin de la contraindre à le laisser partir à la recherche des criminels.

 


"The Amateur" est un petit film d'action bien roublard qui joue habillement sur les apparences et les faux semblants ; il présente une vision à la fois cruelle et sans concessions des services secrets américains, loin des stéréotypes d'usage. Des services secrets qui n'hésitent pas à sacrifier n'importe quel quidam pour arriver à leurs fins, c'est ce que va découvrir à ses dépends Charles (John Savage), un jeune informaticien de la CIA, lorsque sa petite amie est froidement abattue par des terroristes lors d'une prise d'otages. Confiant envers son employeur, il va vite déchanter en constatant que celui-ci ne semble pas décidé à agir. Il prend alors les choses en main, et va utiliser lui aussi des méthodes peu scrupuleuses, en faisant des copies de documents compromettants mettant en cause les dirigeants de la Compagnie, qu'il menace de dévoiler si ses supérieurs ne l'aident pas. A contre cœur, et en attendant de récupérer les précieux documents, ils acceptent d'aider Charles. Les trois terroristes sont identifiés. Leur chef, Schraeger, et ses complices se sont réfugiés en Tchécoslovaquie, à Prague. Charles demande alors de subir un entraînement puis d'être expédié sur le terrain afin d'exécuter les trois terroristes.

 


Suspense, tension et action pourraient en fait résumer ce petit thriller qui ne ménage pas sa peine. Le film débute par la prise d'otages et la fameuse exécution arbitraire de Sara (son passeport est tiré au sort) ; une séquence dure, froide et déstabilisante retransmise via un écran de télévision, le tout renforcé par la photographie de John Coquillon (directeur photo sur les derniers Peckinpah, des "Chiens de paille" à "The Osterman Weekend"). Une fois exécutée, le corps de la pauvre sera abandonné devant le consulat. Résultat de l'intransigeance de certains et de la détermination des autres, on découvrira lors du film que cette exécution est encore plus révoltante car faisant partie d'une obscure opération d'infiltration dont la pauvre Sarah aura été la victime innocente.

Inexorablement, et contre toute attente, le fameux "Amateur" va remplir sa mission, une vengeance froide et implacable contre les assassins de sa fiancée. Il n'éprouve aucun ressentiment politique ou idéologique envers eux, seulement un sentiment primaire de justice qui va le mener au delà de toutes ses ressources et de son pays. Ici, pas de mise en scène épileptique, mais une mise en place lente et imparable. Le réalisateur positionne ses acteurs comme des pions sur un échiquier. Ainsi, chaque tentative d'arrêter Charles dans sa quête sera contrée soit par la chance, un concours de circonstances (un échange de chapeaux) ou une intervention extérieure, avec pour conséquence de faire avancer le héros inexorablement vers son but. Une fois sur place, il trouvera appui auprès d'Elisabeth Vakulik, recrutée par la CIA le jour où elle a appris la mort de son mari interné par le KGB. Grace à son aide, il retrouve rapidement ses cibles, qui mènent une existence paisible. Par exemple, la femme du groupe entretient une banale histoire d'amour ; elle sera la première victime, empoisonnée, dans une scène mémorable qui montre toute la détermination de notre anti héros, qui n'hésitera pas à se salir les mains. Le deuxième terroriste sera éliminé lors de l'explosion de la piscine de l'hôtel, dans laquelle il prenait son bain matinal.

 


La vengeance est en route, mais le pauvre justicier n'est pas au bout de ses surprises. Ainsi découvrira-t-il que Schraeger est en fait un agent infiltré travaillant pour la CIA. Ce qui explique le manque de motivations de ses patrons. Mais cet élément nouveau n'influencera pas pour autant ses intentions, la justice doit être rendue. Pourtant, Charles doit faire face à deux dangers : les services secrets tchèques, qui veulent l'arrêter, et ses propres compatriotes qui veulent l'éliminer. Le tout se réglera lors d'un final particulièrement réussi dans une salle remplie de lustres et de miroirs. Après avoir éliminé Schraeger, Heller est capturé par les services secrets tchécoslovaques. Il n'est relâché que contre la promesse de dévoiler la vérité dans un livre. Nous sommes bien loin des espions à la "James Bond". En effet, depuis 1975-76, les fameuses commissions "Pike" et "Church" révèlent au grand public les agissements illégaux de la CIA (assassinats, manipulations, coups d'états...). Hollywood, n'étant jamais en reste, se lance dans une série de films d'espionnage dénonçant les "coups tordus" de l'Agence, comme "Les Hommes du Président", "Scorpio", "Tueur d'Elite", "Les Trois Jours du Condor", "Le Soldat"... "L'Homme de Prague" se rattache donc à cette mouvance. Le film est produit par les futurs initiateurs des trois premiers "Rambo" et inspiré par le roman du journaliste Robert Littel, l ancien correspondant de "Newsweek" et spécialiste des pays de l'Est et du Moyen Orient. Soutenu par un joli casting de professionnels : John Savage (excellent en justicier froid et déterminé), Christopher Plummer (savoureux en chef des services secrets), Ed Lauter (inquiétant) et Marthe Keller (dont c'était le dernier film d'une série de productions américaines), le résultat est un petit film d'espionnage froid et déterminé qui ravira les amateurs du genre et fera passer un agréable moment aux autres.

 

 

The Omega Man
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