Raw Force
Genre: Horreur , Comédie , Action , Aventures , Arts Martiaux
Pays d'origine: Etats-Unis / Philippines
Casting:
Cameron Mitchell, Geoffrey Binney, Hope Holiday, Jillian Kessner, John Dresden, Jennifer Holmes...
Aka: Kung Fu Cannibals / Shogun Island
 

Trois amis spécialisés dans les arts martiaux décident de faire une croisière sur la Mer de Chine. Ils montent à bord d'un navire appartenant au Capitaine Harry Dodds (Cameron Mitchell), et font la connaissance de l'équipage et de quelques jolies passagères, parmi lesquelles Cookie Winchell (Jillian Kessner), qui excelle également dans le combat à mains nues. Lors d'une escale, une partie du groupe décide de faire un tour dans un bordel, et se trouve mêlé à l'enlèvement de plusieurs prostituées par une bande de fous furieux. Ces derniers travaillent pour le compte du Docteur Speer, sosie bouffi d'Adolphe Hitler.

Les prostituées asiatiques sont acheminées par avion jusqu'à Warriors Island, une petite île perdue dans la Mer de Chine. Selon une légende, cet endroit est hanté par les fantômes des combattants ayant perdu leur honneur. En réalité, l'île est habitée par des moines cannibales, qui se nourrissent de la chair de jeunes et jolies femmes afin d'accroitre leurs pouvoirs. Ces pouvoirs en question permettent à ces moines dégénérés de ramener à la vie les guerriers déshonorés ayant fini leurs jours dans ce lieu prétendument sacré.

Le hasard va conduire évidemment nos héros sur cette île, après de nombreuses péripéties...

 

 

Le moins que l'on puisse dire, c'est que "Raw Force" passe en revue une bonne partie des différents genres propres au cinéma d'exploitation. Des femmes en cage, déshabillées de préférence, un méchant nazi affublé d'un accent grotesque, des héros pratiquant le kung-fu, un clone de Bruce Lee, des moines anthropophages et nécromanciens, des bad guys très méchants et fringués Village People, plus des nanas passant leur temps à se désaper et des zombies samouraïs (des ninjas, aussi) au teint bleuâtre ; voilà en gros ce que propose ce film pas vraiment comme les autres, et qui aurait pu être un classique du bis avec un peu plus de savoir faire. Mais le réalisateur, Edward D. Murphy, n'en a pas beaucoup. Il a des idées, certes, mais il a du mal à les retranscrire sur la pellicule. Concrètement, "Raw Force" paraît hésiter tout au long de l'intrigue entre certains codes inhérents à la série B américaine (action movie entrecoupé de romance à l'eau de rose et de plaisanteries foireuses), et ce qui fit la renommée du cinéma bis philippin à son apogée, à la fin des années 60, et au début des années 70 (gore outrancier, scénarios invraisemblables).

 

 

Le tout est donc plutôt hétérogène, mais dans l'ensemble passe sans trop d'encombres à l'écran. On peut regretter par contre l'exécution des combats et des effets spéciaux, très "cheap", très amateur, pas loin d'une production Troma. Les scènes de baston sont nombreuses, mais mal chorégraphiées, ni très bien cadrées d'ailleurs, laissant transparaître un j'm'en foutisme total. On a le sentiment que Murphy a cherché avant tout à mettre un maximum d'ingrédients dans son cocktail, mais à l'arrivée a oublié de le mélanger. Le CV du cinéaste n'est pas très reluisant, deux films au total, suivis d'une carrière d'acteur de seconde zone. Mais on relève toutefois qu'il apparut une première fois à l'écran, en tant qu'acteur, en 1968 dans le "Mad Doctor of Blood Island" de Gerardo de Leon et Eddie Romero. Après... plus rien jusqu'en 1982, et ce "Raw Force" qui passerait presque pour un hommage au cinéma philippin dans lequel il avait fait ses premières armes. On notera à ce propos la présence d'une figure légendaire du cinéma d'exploitation philippin, à savoir Vic Diaz, dans le rôle du leader des moines.

 

 

Dans l'ensemble, le casting ne compte pas de véritables vedettes, à l'exception bien sûr de Cameron Mitchell, dont on a parlé récemment à l'occasion de la sortie dvd de "Duel au couteau". L'acteur est ici en roue libre, presque en vacances, vidant de temps à autres le chargeur de son arme pour faire bonne figure. Un dilettantisme qui semble avoir gagné une bonne partie des protagonistes, qui passent sans transition du premier au second degré suivant les scènes. Dans ce film où les femmes sont plutôt en retrait au niveau de l'action, Jillian Kessner fait figure d'exception. Cette superbe et dynamique Américaine reprend quasiment le rôle qu'elle tenait l'année précédente dans "Attaque à mains nues" de Cirio Santiago, où elle incarnait un professeur de karaté se vengeant des assassins de sa sœur. Disparue prématurément à l'âge de 58 ans, Jillian Kessner était la femme de Gary Graver, bien connu des spécialistes du film X sous son pseudonyme Robert Mc Callum.

A titre d'anecdote, on remarquera les présences éphémères de Lin Lin Li, alias Maggie Lee ("The Killer Snakes"), épouse quant à elle de David Chiang, l'un des bretteurs les plus célèbres de la Shaw Brothers ; ainsi que de Camille Keaton ("Mais qu'avez-vous fait à Solange ?", "Day of the Woman"). Dans "Raw Force", on la voit uniquement le temps d'une scène très courte lors de la croisière. Perchée sur un chiotte, son partenaire essaie désespérément de lui enlever son pantalon ! (Il n'y arrivera pas, et finalement le spectateur ne verra que le haut).

 

 

"Raw Force" reste à ce jour inédit en France. Malgré ses indéniables défauts et maladresses, le film demeure une expérience visuelle intéressante et sympathique, un joyeux foutoir dans lequel pas mal de sous-genres s'entrechoquent. On regrettera seulement que le metteur en scène n'ait pas poussé le délire au maximum, et n'ait pas été capable de mettre en pratique toutes les idées folles du scénario. Sans quoi, ce "Raw Force" aurait pu être encore plus jubilatoire, voire un classique du cinéma bis.


Note : 6,5/10

 

Flint
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