Murderock
Titre original: Uccide a passo di danza
Genre: Giallo
Année: 1984
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Lucio Fulci
Casting:
Olga Karlatos, Ray Lovelock, Claudio Cassinelli, Cosimo Cinieri, Giuseppe Mannajuolo...
 

Au sein d'une école de danse, tandis qu'une troupe de danseurs et danseuses répètent une comédie musicale en vue de représentation à Broadway (et bé !), les danseuses commencent à se faire trucider les unes après les autres. Vengeance ? Arrivisme ? Jalousie ? il faudra aller jusqu'au bout du film pour le savoir...
Houlala Houlala ! Le comble de la misère est ici atteint dès les premières scènes au sein de l'école de danse, et l'on se demande qui pourrait bien apprécier les pitoyables chorégraphies indignes d'un Bob Fosse lobotomisé qui nous balancerait en quelques minutes 50 000 Watts de spots dans la tronche, en plus de nous asséner une musique (?) complètement inhumaine qui ferait passer "Flashdance" pour un manifeste musicologique, si bien qu'il faudrait être pourvu d'ouïes de cochon pour ne pas mettre le son à son volume le plus bas. Certes Lucio Fulci a toujours oeuvré dans l'exploitation, mais aller puiser dans les hits du moment que sont "Fame", "Chorus Line" et l'infâme film cité ci-dessus afin de surfer dessus comme un taureau en rut, pour nous éjaculer à la face et qui plus est, à répétition, du gros qui tâche, ce sans s'excuser au préalable, est carrément mal poli voire inacceptable, et dès lors le film n'a plus aucune chance d'exister, au-delà d'un dixième degré auquel il sera impossible d'accéder, tant les limites du mauvais goût sont "sur-dépassées".

 

 

Dommage et triple dommage même car tout n'est pas à jeter ailleurs. D'ailleurs la partition musicale qui habille les scènes de peur et de meurtres est loin d'être aussi mauvaise. On la doit à Keith Emerson qui a déjà alors signé la bande son du très beau "Inferno" de Dario Argento et les accents distordus qui accompagnent ces moment là sont pas loin d'être le meilleur du film.
Ce qui choque du reste c'est les extrémités qu'atteint le film à plusieurs niveaux. Evidemment nous ne sommes pas vraiment surpris et l'amateur même moyen de Fulci sait bien à quoi s'attendre. Nous savons bien que nous avons à faire ici à la dernière période de l'ex-maestro et que s'il atteint encore parfois quelques sommets, ce sont la plupart du temps ceux du ridicule. Du coup il serait outré de faire son mauvais perdant devant ce nouveau ratage quasi-total, je dis quasi-total car comme je viens de le dire tout n'est pas à jeter. Bien sûr passer d'un disco "apérobic" à des dissonances talentueuses pas loin d'être empreintes d'un certain humour noir, laisse pantois, mais si un homme averti en vaut deux, un Fulci de la dernière décennie ne vaut même plus la moitié d'un.
Pour en revenir aux extrêmes entre lesquelles "Murderock" ne cesse de naviguer, à l'instar de la bande-son, la photographie de Giuseppe Pinori navigue entre le très laid et le splendide. Il faut voir, autant qu'on puisse les supporter, ces scènes de salles de danse avec son miroir géant qui dédouble la pathétique chorégraphie en plus de la surexposer achevant lors de ces passages purement diaboliques et cinétiquement profondément profanes, d'inciter le spectateur peu masochiste à éteindre son magnétoscope, ce qu'on ne saurait lui reprocher.

 

 

Ce qui consterne encore davantage donc, c'est qu'ailleurs le même photographe se révèle souvent talentueux, notamment dans toutes les scènes où un New York nocturne semble gorgé d'ombres maléfiques qui pourrait faire croire ici, au pendant stylisé de "L'éventreur de New York", contribuant alors à une peinture de la dite ville pas inintéressante du tout. On peut également penser au regard du reste, qu'il s'agit là d'un coup de bol, ni plus ni moins. Idem concernant toutes les scènes précédant les meurtres dans l'école de danse et dans les appartements des victimes. Celles-ci sont à la fois très belles en même temps qu'alors Lucio Fulci semble sortir de sa somnolence pour nous balancer quelques travellings plutôt remarquables, à travers les murs et les longs couloirs, et dans ces quelques moments (tout de même assez rares), le réalisateur, le photographe et le compositeur se retrouvent alors, si bien qu'on ne sait plus sur quel pied danser (ni sur quelle musique) et on en vient à s'interroger sur les quelques éclairs de symbiose et de magnificence, qui ne seraient finalement purement et simplement que les restes d'un poulet sorti du frigidaire dans lequel ils auraient campés un peu trop longtemps pour ne pas avoir un large goût de faisandé.

 

 

Je ne fais pas partie des amateurs Fulcien qui jugent la qualité de ses films sur la quantité de gore déversée et si ces derniers seront fortement en reste, il faut bien admettre qu'ici les meurtres n'ont rien de morceaux de bravoure, et qu'à force d'être répétitifs, on dirait même que les mises à mort ont été copiées puis recollées à fréquence égale. Se taper alors un type qui enfonce une aiguille en plein coeur de ses proies du reste trop facile à piéger, ça peut fonctionner une fois, même si le plan semble tout droit sorti d'un vieux giallo seventies et donc Mille fois vu en même temps qu'anachronique et largement poussif, mais se le taper à trois ou quatre reprises encore, dénote d'un manque d'inspiration évident pour ne pas parler de renouvellement.
Côté acteurs, que dire ? Fulci les a trop souvent délaissé tout du long de sa carrière, pour les abandonner totalement après 1982 et s'il parvenait auparavant à faire pencher la balance largement du côté positif malgré ce défaut, c'était le fait d'une inventivité graphique de tous les instants. Mais lorsque cette imagination ou l'envie qui la soutenait disparaît, il ne reste plus que des pantins consternants de sottise et de platitude se promenant hagards au sein d'une pellicule indigeste, ternie qui plus est par un "j'men foutisme" flagrant.
Quant à l'histoire, je ne dévoilerai pas la fin, mais elle confirme simplement que sur le dit poulet sorti du frigo, il ne restait vraiment pas grand-chose à manger.

 

 

Note : 3,5/10

 

Mallox
 
A propos du film :
 
# Murderock a reçu le prix de la peur au festival d'Avoriaz en 1986. On se demande de quelle peur il s'agit. la peur du vide semble probable ou bien la peur que film dure 3h... étrange verdict quoiqu'il en soit. Faudrait voir le jury.

# Au début du générique de fin on a droit à un petit bonus, une citation de John Huston au sein de "Asphalt Jungle", qui semble vouloir donner une dimension au film qu'on vient de subir et parachève ce ratage au trois-quarts ridicule et peu joyeux : "Le délit n'est souvent qu'une forme refoulée au sein de l'être humain".
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