Femmes criminelles
Titre original: Tokugawa onna keibatsushi
Genre: Erotique , Horreur , Drame , Sketchs , Nunsploitation
Année: 1968
Pays d'origine: Japon
Réalisateur: Teruo Ishii
Casting:
Teruo Yoshida, Asao Koike, Masumi Tachibana, Yuki Kagawa, Reiko Mikasa, Fumio Watanabe...
Aka: The Joy of Torture / Punishment of the Tokugawa Women/ Shogun's Joy of Torture / Criminal Women
 

"Femmes criminelles" relate trois affaires sordides qui se déroulèrent au Japon durant la seconde partie du 17e siècle, dans la province d'Edo. La première histoire se passe dans un village où vivent une jeune femme, Mitsu, et son frère Shinza. Orphelin, le duo ne subsiste que grâce au travail de Shinza. Mais tout bascule le jour où celui-ci se blesse grièvement. Afin de rembourser la personnalité la plus influente du village, qui a payé le médecin, Mitsu n'a d'autre possibilité que de se donner à lui. Lorsqu'il apprend que sa sœur s'est prostituée, Shinza entre dans une rage folle, d'autant plus qu'il est amoureux de Mitsu. Il lui déclare son amour. D'abord choquée, Mitsu prend peu à peu conscience que cette passion est réciproque. Mais cet amour incestueux ne pourra finir que tragiquement...

 

 

Le deuxième récit a pour cadre le couvent de Jukoin, qui voit l'arrivée d'une nouvelle mère supérieure, Reiho. Celle-ci, qui entretient une relation lesbienne avec la nonne Rintoku, surprend un jour l'une des sœurs bouddhistes (Myoshin) en train de faire l'amour avec Shunkai, le jardinier, seul homme autorisé à pénétrer dans le couvent. A la fois choquée et excitée par cette vision, la mère supérieure fait torturer Myoshin pour ce pêché de chair. Mais elle est aussi tombée amoureuse de Shinkai, une passion exacerbée qui va l'entraîner dans une spirale de folie et de mort...

Le dernier volet nous transporte en 1671. Horisho, considéré comme le tatoueur le plus talentueux du pays, vient d'exécuter sa dernière œuvre sur le dos d'une geisha. Le dessin représente une femme torturée, et tout le monde est admiratif devant ce mélange de beauté et de cruauté, réunies dans une parfaite osmose. Seul un homme critique le tatouage de l'artiste, trouvant qu'il manque de réalisme. Cette personne est Nanbara, un inquisiteur expert dans l'art de la torture. A la demande d'Horisho, Nanbara conduit le tatoueur à Nagasaki afin de le faire assister à une séance de tortures. L'artiste devient obsédé à l'idée de pouvoir enfin fixer l'expression de l'agonie.

 


La Toei (TOkyo EIga Haikyu), créée en 1950, est certainement l'entreprise la plus importante au Japon en matière de production et de distribution de films. Elle fut novatrice dans plusieurs genres cinématographiques, et c'est elle qui allait produire à la fin des années soixante la fameuse série appelée "Tokugawa". Les Tokugawa étaient une dynastie de shoguns qui régna sur l'Empire du Soleil Levant de 1603 à 1867. Ils quittèrent Kyoto, qui était alors la capitale impériale, pour s'installer à Edo (qui est aujourd'hui Tokyo). Les Tokugawa sont connus pour avoir été stricts dans certains domaines, notamment celui de la religion. Ils menèrent une politique de répression contre le christianisme aussi violente que les actes commis par l'Inquisition en Europe. Teruo Ishii s'est donc inspiré de l'histoire de cette dynastie pour mettre en chantier ce qui allait devenir la série des "Joys of Torture", constituée de huit longs métrages réalisés entre 1968 et 1973 (dont six durant les années 68/69).

"Femmes criminelles" est le deuxième opus de cette octalogie, tourné seulement quelques mois après "Vierges pour le shogun". Si ce dernier était un long métrage dans le sens classique du terme, "Femmes criminelles" est quant à lui un film à sketchs, découpé en trois segments. A la vision de ces trois récits, on constate que le rythme monte crescendo en ce qui concerne les divers éléments propres au cinéma d'exploitation de la série, à savoir la violence, l'horreur, le sadisme et l'érotisme. La première histoire reste relativement sobre au niveau de tous ces ingrédients, et cette histoire d'inceste se résume à un drame, plus bavard que spectaculaire, à l'instar de "Vierges pour le shogun". Le sketch reste très loin de l'"EroGuro", courant artistique combinant érotisme, horreur, macabre et grotesque, initié par l'écrivain Edogawa Rampo au début du XXe siècle. De par ses caractéristiques, l'EroGuro peut se rapprocher des écrits de certains écrivains occidentaux, comme le Marquis de Sade ou Georges Bataille. Il était logique que ce courant influence à son tour le cinéma, et ses meilleurs représentants seront Noboru Tanaka, Shuji Terayama, Masaru Konuma, Kazuo Komizu, et bien évidemment Teruo Ishii.

 


Cet aspect outrancier apparaît véritablement dans le deuxième récit (en dehors du teaser, voir plus loin), qui présente de surcroît toutes les caractéristiques du "nunsploitation". Dans ce couvent de sœurs boudhistes, au crâne rasé, il se passe des choses évidemment pas très "catholiques". La nouvelle mère supérieure est une lesbienne qui se découvre en fait bisexuelle. Mais elle est aussi sadique et perfide. Après une jolie scène d'amour bucolique près d'une cascade, s'enchaînent scènes de tortures et d'horreur pure, avec Myoshin plongée dans un bain rempli d'anguilles, puis suspendue à l'horizontale avec des cordes (le shinbari, proche du bondage, était fort usité au Japon) avant de se voir introduire des piments dans le vagin. Le sketch finit en apothéose, Reiho décapitant le jardinier, et gardant précieusement la tête de celui-ci avec elle, gage d'un amour exclusif.

La dernière histoire va encore plus loin dans le sadisme, notamment lorsque la caméra de Teruo Ishii nous plonge dans un donjon sombre et glauque transformé en salle des tortures. Le tatoueur (incarné par Asao Koike, dans un rôle proche de celui qu'il tient dans "L'enfer des tortures") assiste en spectateur aux exactions commises par un inquisiteur fanatique sur une demi-douzaine de jeunes occidentales coupables d'avoir voulu convertir une frange de la population au christianisme. Tout en exécutant son tatouage sur le corps mis à mal de son modèle, il cherche à fixer l'expression de la souffrance. Mais dans un souci extrême d'authenticité, l'artiste finira par devenir acteur de ce jeu de massacre.

 

 

Si le réalisateur parvient à capter avec efficacité l'essence de l'EroGuro, il n'oublie pas pour autant d'apporter un soin particulier à l'esthétisme de ses images. Ainsi, même dans les scènes les plus sadiques, le film possède une beauté indéniable, à l'image du tatouage réalisé par Horisho.

"Femmes criminelles", au titre mal approprié (seul le personnage de Reiho dans le deuxième segment méritant cette appellation), pose les structures d'un style que l'on retrouvera dans les œuvres suivantes de Teruo Ishii. Ainsi, "Orgies sadiques de l'ère Edo", troisième opus des "Joys of Torture", est bâti de la même manière que son prédécesseur. Il commence par un teaser montrant trois exécutions différentes de femmes (décapitation, immolation et écartèlement dans "Femmes criminelles"), et se poursuit avec trois sketchs dans lesquels on remarque une progression constante dans l'horreur, aboutissant quasiment à une forme de surréalisme, qu'il s'agisse du tatoueur dans la salle de tortures, ou du shogun lâchant des vachettes sur ses potentielles concubines dans "Orgies sadiques de l'ère Edo". Cette "patte" particulière du cinéaste aura aussi été facilitée par l'apport d'acteurs talentueux qui répondront présents dans la plupart des volets de la saga "Tokugawa", comme Teruo Yoshida, Asao Koike ou Masumi Tachibana. La qualité de leurs interprétations permet aux récits les moins réussis de garder cependant un minimum d'intérêt.

 


Note : 7,5/10

 

Flint

 

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