Adolescence pervertie
Genre: Erotique , Drame
Année: 1974
Pays d'origine: France
Réalisateur: José Benazeraf
Casting:
Femi Benussi, Malisa Longo, Hervé Hallf, Geneviève Coll, Véronique Col, Giacomo Furia, Nino Musco...
Aka: Adolescence perverse / Adolescenza perversa
 

Mirella Buzzatti (Femi Benussi) enseigne les mathématiques à Rome. A la suite de divergences sur fond de contexte socio-politique, elle est mutée à Pérouse. Là, elle fait la connaissance d'Elisa (Malisa Longo), professeur elle aussi. Dans sa classe de terminale, Mirella remarque un bel éphèbe aux cheveux blonds et frisés, Alain. Celui-ci, bien que sortant avec Georgina, une copine de classe, semble plus préoccupé par ses engagements politiques.

Dans le but de se faire remarquer d'Alain, Mirella organise des soirées chez elle, où elle convie une partie de ses élèves. On y boit, danse, fume quelques joints, écoute de la musique classique. Lors de l'une de ces petites sauteries, Mirella surprend Georgina en train de branler nonchalamment Alain, avachi sur un sofa. Choquée, elle prétexte une subite fatigue pour renvoyer tout le monde. Mais cette scène a réveillé en elle des pulsions sexuelles incontrôlables. Le jeune garçon est devenu l'objet de ses fantasmes, une obsession à laquelle elle ne peut se soustraire.

 


Réalisateur contestataire et provocateur, politologue averti (l'homme a quand même été diplômé de Sciences Po), José Benazeraf a montré dès le début des années 60 qu'il était fin connaisseur en matière d'érotisme, amoureux des cabarets et des boîtes à strip-tease, décors familiers de ses premières oeuvres. Au cours des années 70, évolution des moeurs oblige, le cinéaste s'engouffre dans le maelstrom de la libération sexuelle et se met à réaliser des films d'un érotisme de plus en plus torride. Cela donne des oeuvres comme "The French Love", "Le sexe nu" ou "Black Love". Puis ce "Adolescence pervertie", co-production avec l'Italie, tourné en partie à Pérouse, et aussi à Paris. Sur le thème classique de l'enseignante tombant amoureuse de l'un de ses élèves (rendu célèbre avec "Mourir d'aimer", d'André Cayatte, qui se passait déjà dans un contexte politico-social particulier, l'action se déroulant en mai 1968), Benazeraf brode une histoire d'amour entre une femme engagée politiquement mais cachant au fond d'elle-même des aspirations amoureuses de petite bourgeoise, et un lycéen gauchiste pour qui le sexe est un atout mais pas une finalité. Un amour impossible, et, c'est bien connu, les histoires d'amour finissent mal, en général.

 


Le film s'ouvre sur un long teaser, dans lequel le personnage de Mirella, en route pour Pérouse, se retrouve dans un compartiment de train en compagnie d'autres passagers. Des personnages assez stéréotypés, par ailleurs, puisque l'on trouve pêle-mêle un prêtre que l'on devine partagé entre l'intégrisme et la lubricité, un jeune scout probablement puceau observant la nouvelle arrivante sous toutes les coutures, un PDG proche de la soixantaine tendance vieux beau accompagné de sa secrétaire, la quarantaine bien avenante, qui ne doit pas hésiter à faire quelques heures supplémentaires, et enfin un homme d'affaires obèse passant son temps à engloutir des sandwiches XXL.

D'entrée, le réalisateur met les pieds dans le plat, lorsque Mirella, tombant sur une photo de magazine montrant le président Pompidou acclamé par le peuple à l'occasion d'un séjour en Chine, clame que c'est un comble de la part d'un homme qui est le symbole du capitalisme.

Une Mirella remontée contre la droite, et qui ira jusqu'à participer à un congrès de la CGT à Paris, accompagnée de son amie Elisa, où elle aura l'occasion d'applaudir un certain Georges Séguy. A Pérouse, la lutte prolétarienne est aussi en première ligne, mais les étudiants sont aussi focalisés sur la chute de Salvador Allende au Chili. Il faut dire que le début du tournage de "Adolescence pervertie", en septembre 1973, coïncidait avec le putsch du Général Pinochet. Le futur dictateur, alors général en chef des armées, trahissait celui qui l'avait mis en place lors du coup d'état du 11 septembre. Assiégé dans son palais présidentiel, Salvador Allende, leader et symbole incontestable (et pourtant contesté, notamment par les Etats-Unis) du Parti Socialiste, se donnait la mort.

 


C'est donc sur fond de crise sociale, politique et idéologique que se déroule le film, dans le cadre superbe de Pérouse, ancienne cité étrusque et importante ville étudiante (que l'on put voir également en 1973 dans le "Torso" de Sergio Martino). Grand amateur de jolies femmes, Benazeraf a l'idée géniale de réunir Malisa Longo et Femi Benussi. Aussi incroyable que cela puisse paraître, les deux stars italiennes ne s'étaient jusqu'alors jamais rencontrées sur un plateau de tournage. Merci donc à José d'avoir remédié à cette injustice, et de gratifier les spectateurs d'une très belle scène saphique entre les deux actrices. "Adolescence pervertie" se démarque donc des autres oeuvres du cinéaste, par son ambiance latine accentuée un peu plus par la très belle partition musicale du compositeur Franco Micalizzi.

Il est assez étrange de constater que seuls les acteurs principaux sont doublés en français, et le fait d'assister à des conversations où les deux langues se chevauchent le plus naturellement du monde donne au film un cachet assez "exotique". La façon d'enseigner de Mirella l'est tout autant, puisqu'elle n'hésite pas à intégrer la philosophie ainsi que l'éducation sexuelle pendant les cours de mathématiques. Ainsi Sade vient-il à croiser Platon et Pythagore sans que personne ne s'en offusque. Il faut reconnaître que Femi Benussi possède beaucoup de charisme, et sait capter l'attention de son auditoire.

Au niveau de l'érotisme, on est plutôt bien servis, surtout dans la seconde partie du métrage, mais des deux actrices c'est essentiellement Malisa Longo qui nous fait largement profiter de sa nudité. Comme il est parfaitement expliqué dans la regrettée revue "Cinérotica", "Adolescence pervertie" a connu deux montages différents. Bien que sorti dans les salles françaises en octobre 1974 (dans la seule version visible d'environ 1 heure 30), le film avait été préalablement projeté lors du Festival de Cannes dans une version de près de deux heures. "Adolescence pervertie", tel qu'il fut présenté à Cannes, comportait des séquences hard, pour la première fois dans une oeuvre de Benazeraf. Un peu le fruit du hasard, d'ailleurs, puisque le réalisateur avait rencontré une prostituée pendant le tournage et qu'il avait finalement décidé de l'engager pour tourner des scènes complémentaires. Cette prostituée reconvertie en hardeuse, double notamment Femi Benussi dans la scène finale où Alain l'humilie en la livrant à trois de ses copains. Cette humiliation remettra en cause son statut de femme libérée.

 


Pour l'anecdote, signalons que le cinéaste parvient à se placer deux fois dans "Adolescence pervertie". Par le biais d'une pièce décorative, une affiche du film "Le désirable et le sublime" ornant un mur du salon ; et aussi par la bouche de Malisa Longo qui, tandis qu'elle montre sa ravissante croupe à Femi, déclare : Tu sais ce qu'en pense un metteur en scène français, un certain José Benazeraf ? Il dit que j'ai le plus beau cul du monde.

Il fallait oser, José !


Note : 7,5/10

Flint
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