Jungle Girl
Genre: Serial , Aventures
Année: 1941
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: William Witney
Casting:
Frances Gifford, Tom Neal, Trevor Bardette, Gerald Mohr, Eddie Acuff, Franck Lackteen, Tommy Cook...
 

Nyoka est jeune; Nyoka est belle; mais Nyoka est ligotée à un poteau avec trois lances qui lui transperceront le corps dès que la corde qui les retient aura cédé sous l'action des flammes qui la lèchent (la corde, pas l'héroïne).

 

 

Visage de Nyoka qui angoisse, lances aux pointes acérées, flammes en action, figures abjectes des ennemis ricanants qui ont monté ce stratagème morbide et fatal. Visage de la belle, lances, flammes, méchants. Belle, lances, flammes, méchants, belle, lances, flammes, méchants... et ce brave Curly qui court mais qui est si loin qu'il ne pourra jamais arriver à temps pour sauver la... belle , lances, flammes, méchants, et Curly si loin... belle, lances, flammes, la corde cède ! Méchants. Fondu : la suite au prochain épisode.

Par l'alternance des plans, par le temps dilaté ou contracté, par les visages des personnages, les auteurs de ce serial d'aventures en 15 épisodes arrivent à tenir leur spectateur en haleine et à lui donner l'envie d'y revenir dès la semaine écoulée.

Et si pour Nyoka l'attente était stressante, elle ne l'était pas moins pour le public de ces péripéties pseudo-africaines qui devait attendre le samedi suivant pour découvrir enfin : comment s'en est-elle sortie cette fois-ci ?

Et la chance du spectateur d'aujourd'hui est de pouvoir jouir beaucoup plus rapidement de la solution en passant immédiatement à l'épisode suivant, au risque de la déception.

Car, parfois, il faut bien le dire, l'attente est un peu déçue par une entourloupette de scénariste qui a trouvé une pirouette par trop alambiquée pour arriver à sortir l'héroïne de son bourbier. Parfois, les auteurs ont même triché ! Comme dans cet épisode où, à la fin, derrière le rideau d'une porte, Nyoka s'effondre après que Kimbu, le seul gosse du film, eut décoché une flèche en croyant tirer sur un garde ennemi... J'ai bien vu et, miracle du dvd, j'ai même bien vérifié : l'ombre de Nyoka s'effondre bien après le passage de la flèche ! Or, dans l'épisode suivant, qui reprend, comme c'est la règle dans le sérial, cette montée en tension de l'épisode précédent, la flèche part après que Nyoka se soit éloignée de l'ouverture de la porte et ne se soit plus effondrée mais juste pliée en deux pour éviter une lance venue de l'extérieur.

 

 

Arnaque, arnaque ! Que le spectateur d'alors devait ressentir sans pouvoir la vérifier, de toutes façons aussitôt emporté par le rythme d'un nouvel opus, d'une nouvelle pièce du puzzle, d'un nouveau tourbillon à l'esprit serialesque.

Et il faut reconnaître que c'est pur plaisir que de se glisser dans les pas de notre héroïne et de la suivre dans ses tribulations improbables, aidée du brave Jack Stanton (le héros gominé, vu par ailleurs dans "Détour", d'Edgar G. Ulmer, et qui était plutôt un méchant dans la vraie vie, surtout vis-à-vis de ses femmes qu'il était réputé battre au point, même, de faire de la prison pour en avoir tué une), le non moins brave mais amusant Curly, aux dons de ventriloquie toujours utiles, le jeune Kimbu, l'enfant de la tribu, accompagné de son singe Keetah (oui, Sheetah n'est pas loin...)

L'intrigue est simple : Nyoka est la fille du grand bwana Bradley, qui a sauvé le chef Lutembi et qui, à ce titre, détient l'amulette sacrée qui lui donne accès aux diamants de la tribu et tout pouvoir sur elle.

Et qui dit diamants dit convoitise : des blancs, comme Latimer, le pur salaud, véritablement sans scrupules et sans vergogne, et Meredith, le frère jumeau et criminel du médecin Bradley, dont Nyoka ignorait l'existence, et qui va prendre la place de son frère tué par Latimer à Kairobi (oui, Nairobi n'est pas loin...)

Et qui dit pouvoir sur la tribu dit convoitise aussi : pour Shamba le sorcier et ses sbires, récupérer l'amulette à tête de lion est un impératif pour accéder au contrôle de la tribu et à la manipulation des êtres.

Soif de richesse pour les uns, de pouvoir pour les autres. Naïveté et bon coeur en face. Tout est en place pour offrir de réjouissants rebondissements d'épisode en épisode et offrir au spectateur cloué sur son fauteuil quelques poussées d'adrénaline et des palpitations bienvenues.

 

 

Menace vaudou, La reine des animaux, La rivière de feu, la vengeance de la jungle, Le tombeau au trésor, Pris au piège, ... sont quelques uns des titres accrocheurs de ce serial. Et, grâce à leurs cliffhangers, ils tiennent toutes leurs promesses, voire même les surpassent lorsqu'ils proposent un double cliffhanger, comme dans l'épisode 11 !

En voici les grands traits, pour le plaisir : tandis que Stanton est ficelé sur une sorte de tapis roulant le conduisant sous une énorme pierre servant de pilon et dont il se rapproche tandis qu'elle s'abat avec une régularité métronomique et un son assourdissant, Curly qui, seul, pourrait le sauver, est assommé par un adversaire qui se redresse, se saisit d'une lance et la pointe sur son torse en tendant les bras pour leur donner le plus de force possible. Curly à terre, inconscient, lance pointée sur le coeur, Stanton arrivant sous la pierre... vue de celle-ci qui s'abat ! Fondu au noir.

Impossible de ne pas trépigner dans son fauteuil pour savoir ce qu'ils auront inventé, cette fois-ci encore, pour que nos personnages s'en sortent ! ! !

 


Tout l'esprit serial est là, dans ce rythme, dans ces moments de tension, dans ce jeu de dupes où le plaisir consiste à accepter d'être dupé, jusqu'à croire au titre, Jungle Girl, et à la caution tarzanesque : "basé sur un roman d'Edgar Rice Burroughs". Car si Burroughs est cité à chaque générique et se retrouve bien en vue sur l'affiche, l'oeuvre de Witney (principal réalisateur) et de son assistant English n'a rien à voir avec le livre en question, qui se déroule au Cambodge.

"Jungle Girl" a, en fait, beaucoup plus à voir avec les aventures de Tarzan, l'homme-singe avec Johnny Weissmüller. Frances Gifford, l'interprète de Nyoka, le retrouvera d'ailleurs sur les plateaux de tournage pour Le triomphe de Tarzan, où ils combattront les nazis. Jungle Girl se balance de liane en liane, assez habilement d'ailleurs, combat un lion, tue un crocodile, se balade à dos d'éléphant après l'avoir appelé à l'aide d'un cri ridicule dont on sent l'influence du fameux cri du seigneur de la jungle, sort ses amis des sables mouvants, d'une fosse à lion, d'un brasier, ...

Mais les moyens manquent pour donner toute l'ampleur possible à la l'histoire. Qu'à cela ne tienne : les serials se font sans trop d'argent et y gagnent (parfois) en inventivité et se parent d'une patine un peu kitsch dans les décors et les costumes, frisant souvent le ridicule. C'est ainsi que Jungle Girl se déroule dans une Afrique de pacotille, dans une jungle très clairsemée rappelant plutôt nos modestes sous-bois; que les tribus de farouches indigènes donnent plus l'impression de sortir d'un épisode de Tintin se déroulant en Amazonie (L'oreille cassée), et encore, que d'Afrique : ils sont blancs, coiffés de moumoutes bien noires absolument ridicules, parlent un sabir incompréhensible (sauf lorsque ce qu'ils disent est important pour la compréhension de la suite, ils se mettent alors à parler entre eux en anglais), ne sont pas bien fins...

Les décors, peu nombreux, consistent essentiellement en quelques huttes pour incarner le village et un temple très sympa pour qui aime les trappes, les sols qui se dérobent, les bûchers sacrificiels et les couloirs inondables !

Et, pour couronner le tout, un type en costume de gorille vient faire le singe dans deux épisodes et faire peur à l'héroïne qui est bien la seule à crier d'effroi en le voyant !

 

 

Bref, ne boudons pas notre plaisir : tout concourt à rendre le spectateur exigeant mais magnanime heureux : de l'aventure, un beau héros moustachu et une héroïne sportive à la jupette froufroutante, un sidekick pas envahissant et sympathique, des méchants vraiment prêts à tout, des pièges en tout genres, des combats contre des fauves, un lac en feu, des voltiges aériennes, ... Décidément bien meilleur que le "Drums of Fu Manchu" des mêmes auteurs, "Jungle Girl" offre 15 épisodes haletants à goûter sans modération. Voilà une cuvée qui fête allégrement ses septante ans mais qui pourrait en remontrer à bien des films d'aventures contemporains !

 

Bigbonn

 

En rapport avec le film :

 

* La Bande-annonce US sur la PsychovisionTV :

 

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