Quand la Terre s'entrouvrira
Titre original: Crack in the World
Genre: Science fiction , Catastrophe
Année: 1965
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Andrew Marton
Casting:
Dana Andrews, Janette Scott, Kieron Moore, Alexander Knox, Peter Damon, Jim Gillen, Gary Lasdun...
Aka: ...Et la terre éclata... / Quand la terre s'entr'ouvrira
 

Un consortium international de scientifiques projette de profiter de l'énergie géothermique de la Terre en forant un trou très profond par la croûte, en envoyant une fusée par le bas. Pour pénétrer dans la barrière et atteindre le magma, ils ont l'intention de faire exploser un dispositif atomique, une fois la fusée arrivée à destination.

 

 

Leader du projet, le docteur Stephen Sorenson (Dana Andrews) apprend qu'il est atteint d'un cancer et qu'il n'a plus que quelques jours à vivre. Cela ne l'empêche pas de continuer à vouloir mener à bien cette périlleuse mission, avec notamment l'aide de sa femme, le docteur Maggie Sorenson. Dans un même temps, Ted Rampion (Kieron Moore), un autre scientifique, spécialisé dans la géologie, s'oppose fermement au projet qui, selon lui, aura des conséquences autant catastrophiques qu'irréparables. Celui-ci demeure convaincu que les couches inférieures de la croûte terrestre ont déjà été affaiblies par des décennies d'essais nucléaires souterrains et que la détonation pourrait produire une fissure menaçant l'existence de la Terre.
Rampion parvient à imposer son point de vue en haut lieu. Cependant, au moment où la décision est prise de stopper l'initiative de Sorenson, il est trop tard. La fusée vient tout juste d'être envoyée dans les tréfonds de la planète, et le dispositif atomique irréversible, appliqué. Les craintes du géologue s'avèrent hélas très vite fondées. Une énorme fente se forme en même temps qu'elle se met à progresser de manière inexorable. Sorenson s'aperçoit que sa petite explosion a été décuplée par les restes thermonucléaires tapis au centre de la Terre.
Ce dernier fera tout pour tenter de se racheter. A n'en pas douter il est coupable du drame en train de se jouer. Sa mort étant imminente, le temps presse et il met alors en place un autre dispositif destiné à stopper la fissure. Ce qu'il pensait être la seule alternative pour sauver un monde alors en danger ne donne pas les résultats escomptés. Au lieu de stopper la progression de la fissure, l'explosion ne fait que la détourner. Et si en parvenant à guider la progression de cette fissure, on parvenait à la faire tourner en rond pour enfin envoyer dans l'espace un morceau de la planète ?



Disons le tout net, d'un point de vue scientifique, l'histoire narrée au-dessus ne tient absolument pas debout. Difficile d'en faire le reproche aux scénaristes, le film a finalement contre lui d'avoir été réalisé avant que la théorie sur les plaques tectoniques et la façon dont fonctionne la lithosphère soient établies de façon certaine. Qui plus est, la notion voulant qu'un morceau de notre planète puisse être envoyé dans l'espace, après avoir été découpé, n'a strictement aucun sens. En raison de la gravité terrestre, ce même morceau resterait inéluctablement dans sa position initiale.
Scénarisé par Jon Manchip White ("L'île du camp sans retour" de Val Guest), lequel fut à la base même de l'histoire, Crack in the World a beau souffrir d'un script quelque peu farfelu d'un point de vue rationnel, il n'en reste pas moins que l'histoire est déclinée avec une belle logique, permettant d'offrir au spectateur deux spectacles en un. D'un côté, un film de science-fiction, assez classique il est vrai, de l'autre un film catastrophe qu'il est difficile de ne pas rattacher à un genre qui sera très en vogue la décennie suivante, avec des œuvres comme "Tremblement de Terre" de Mark Robson, pour ne citer que le plus proche au niveau de la nature de la menace.
La véritable mauvaise idée du film, bien que relative, se situe finalement ailleurs. Faire des deux scientifiques aux convictions opposées deux hommes ayant frayé ou frayant avec la même femme, elle-même scientifique, donne un aspect "pièce rapportée" (qui sans elle, n'aurait pas empêché de l'histoire de progresser, à l'instar de notre fissure) et dévoile de manière très naïve ce qui va arriver. Par conséquent, on anticipe assez vite sur certains faits qui ne sont pas loin de dévoiler l'issue même du drame central en train de se jouer. Un docteur condamné, ayant agi autant par vanité que par précipitation, et qui compte bien se racheter, un géologue dont la raison est de son côté, une femme partagée entre les deux hommes, ça sent assez vite le sacrifice et une histoire, somme toute, trop bien bouclée. Je ne vous ferai toutefois pas l'insulte ici d'en dire davantage...



Malgré ce handicap, jamais Crack in the World n'ennuie. Andrew Marton est, en 1965, un réalisateur chevronné, bien connu pour avoir fait partie de la seconde équipe de "Ben-Hur", et à qui on a le plus souvent attribué la paternité de la course de chars qui fait office de morceau de bravoure au sein du hit de William Wyler. En tant que metteur en scène, on lui doit quelques beaux classiques du film d'aventures, tels que "Les Mines du roi Salomon" ou "L'Émeraude tragique", sans compter qu'il aurait co-réalisé avec Nicholas Ray "Les 55 jours de Pékin". L'homme sait mener de façon alerte les projets qu'on lui refile.
C'est une fois de plus le cas avec ce script qui aurait pu se révéler des plus ennuyeux, surtout lorsque l'on sait dans quels défauts tombent le plus souvent les films à bases de dialogues scientifiques. Très souvent, ça parle durant les ¾ du temps de technicité, et le spectateur s'ennuie jusqu'au dernier quart d'heure, où enfin les choses se mettent à bouger.
Peut-être est-ce le fait que l'argument ici développé est simplifié ou "vulgarisé" avec talent, et que cela contribue au fait que l'on ne décroche pas ; c'est en tout cas avec une crédulité complice que le film se regarde.
La mise en scène est assez nerveuse, et va, sans déroger, à l'essentiel ; quant au montage, il est serré et assure un rythme soutenu. La partie la plus spectaculaire de Crack in the World aura beau avoir lieu, comme de coutume, vers la fin, on n'aura pas décroché pour autant jusque là.
Les moments les plus forts sont alors des plus sympathiques. Entre cette plongée au centre de la Terre de deux hommes armés d'un missile, la panique des habitants, ce train qui s'écrase du haut d'un pont, cette fissure qui découpe en deux une vallée, on en a pour son argent, et les effets spéciaux auront beau paraître datés qu'on jouera le jeu sans se forcer.



Inutile de vous dire que Quand la Terre s'entrouvrira est un spectacle bien meilleur que la plupart des films du même genre auxquels on a pu assister ces dernières années, avec en vrac et pour ceux qui me viennent à l'esprit, Meteor de Ronald Neame (limite si dix ans plus tard le film ne paraît pas plus vieux), "Independance Day", "Asteroïd" de Bradford May, "Armaggedon", "Deep Impact" etc. etc.
On pense également par moments à "Quand la Marabunta gronde" de Byron Haskin, tant la fissure ressemble parfois, dans sa progression, à l'armée de fourmis rouges dévastatrices qui faisait forte impression en 1954.
Les autres qualités du film de Marton ne sont pas difficiles à énumérer...
Des acteurs impeccables, avec en tête l'excellent Dana Andrews, mais aussi Janette Scott (Paranoïaque de Freddie Francis, "La révolte des triffides" de Steve Sekely et du même Freddie Francis) qui livre une prestation convaincante dans un rôle légèrement ingrat. Soit, il y a bien un ou deux moments compassés la mettant en scène, avec notamment une étreinte un peu trop théâtrale, mais dans l'ensemble le film évite la désuétude. N'oublions pas de citer Kieron Moore (également au générique de La Révolte des triffides), qui se montre ici d'une sobriété exemplaire.
Encore quelques mots histoire de conclure, et pour signaler deux choses encore : une belle photographie de l'espagnol Manuel Berenguer, un vieux briscard exerçant depuis les années 30 (Krakatoa à l'est de Java), ainsi qu'un travail sur les effets spéciaux plus que correct. Dirigés par Eugène Lourié, également directeur artistique comme souvent, celui-ci se montre au moins aussi convaincant que dans ses propres réalisations ("Le monstre des temps perdus", "Behemoth the Sea Monster", "Gorgo").
Crack in the World est un film solide, un spectacle rondement mené et qui se déroule de manière paradoxalement crédible ou en tout cas cohérente. Un bon film à redécouvrir, d'autant qu'il devrait logiquement, enfin, sortir en dvd au mois de juillet de cette année 2010.

 

Mallox

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