Chasse sanglante, La
Titre original: Open Season
Genre: Survival , Rape and revenge
Année: 1974
Pays d'origine: Etats-Unis / Suisse / Espagne / Angleterre / Argentine
Réalisateur: Peter Collinson
Casting:
Peter Fonda, Richard Lynch, John Phillip Law, Alberto de Mendoza, Cornelia Sharpe, William Holden, Simon Andreu...
 

"La chasse sanglante" est vraiment un film étonnant à pas mal de niveaux. Adapté d'une nouvelle de David Osborn, on le croirait pourtant issu de standards filmiques tels "Les chiens de paille" ou "Délivrance". L'ensemble du film est d'une totale cohérence graphique alors que celui-ci pourrait en toute logique ressembler à un assemblage puisqu'il semble avoir été tourné à droite à gauche par des équipes techniques différentes. Ainsi l'intérieur de la baraque en bois, lieu de tragédie n'est autre qu'un studio d'enregistrement de Pinewood en Angleterre, tandis que les scènes d'ouvertures ont été tournées en Espagne et d'autres scènes dans le nord du Michigan. Il reste sur le marché assez difficile à trouver et mériterait enfin une édition dvd décente qui rende hommage à ses qualités mais j'y reviendrai. Dans la plupart des copies même, Simon Andreu dans le rôle du Barman n'apparaîtra pas et le montage, la musique et le final ne seront pas les mêmes selon la copie qu'on aura entre les mains et surtout le pays dans lequel on vit (Il semblerait même que sa présence n'existe que sur le marché espagnol afin de remplacer la scène d'orgie du film jugée sous l'ère franquiste bien trop sulfureuse).
Bref, "Open Season" a quelque chose du film maudit dont il est difficile de juger certains choix tant on ne sait plus si ce sont des contraintes de censure ou de réels choix d'un metteur en scène ici très inspiré et qui livre sans doute l'un de ses meilleur films, peut-être même son meilleur. Ajoutons à cela que le film fut interdit sur le sol français à l'instar de "Massacre à la tronçonneuse", mais alors que ce dernier fut libéré à l'amorce des années 80, ayant été présenté au nouveau comité de censure en place, les détenteurs des droits d'"Open Season" ne lui laissèrent alors pas la même chance.

 

 

Le film commence par un flash back mettant en scène le viol d'une jeune fille par trois étudiants de bonnes familles et qui se verront (trop) rapidement disculpés de par leur condition sociale, leur bonne apparence et sur la base d'un manque de preuves tangibles. Les années passent et nous retrouvons nos trois comparses fraîchement revenus du Vietnam partant en week-end pour s'en aller à priori chasser dans les montagnes. D'un autre côté, un couple de prime abord solide aura le malheur de croiser leur route et se verra kidnappé par les bonshommes. S'en suivra un harcèlement psychologique de tout les instants avant que les événements ne prennent une tournure de chasse à l'homme des plus gratuites, tandis qu'une vengeance se fomente aux alentours. C'est le passé qui finalement semblera surgir de nulle part pour que justice soit rendue, mais pas complètement... 

Autant que je n'y aille pas par quatre chemins, "Open Season" est assez remarquable dans son ensemble mais avec des failles ici et là. A contrario, et c'est ce qui le distingue sans doute du lot, c'est tout ce qui n'est pas explicite ou ce qui reste sans explication qui en fait toute sa force (assez grande). C'est un film inconfortable à bien des niveaux et qui ne cherchera jamais à vous rassurer, à l'image du couple kidnappé qui dès lors qu'il sera menacé verra sa décrépitude en marche et fera de la mort de ses protagonistes quelque chose d'inexorable. On y retrouvera même des scène embarrassantes, telle celle où Cornelia Sharpe s'offrira aux trois chasseurs décérébrés afin de sauver la vie de son mari puis aussi et surtout la sienne. Ailleurs, si leur disparition se fait inéluctable plus le film avance, elle se fait également de plus en plus lourde, écrasante, glauque car sans échappatoire possible, renvoyant le spectateur à sa petite condition de simple témoin, mettant en exergue son impuissance face à la tragédie idiote ici mise en scène, et offrant somme toute un malaise grandissant en pratiquant la répétitivité et en étirant le temps jusqu'à mettre ledit témoin, à savoir nous-mêmes, au bord du malaise.

 

 

A propos de nos trois jeunes excellemment campés par Richard Lynch, Peter Fonda et John Phillip Law, l'on saura rapidement à quoi s'en tenir. C'est (peut-être) ici que le film pêche quelque peu dans ses non-dits. Tandis qu'on a le droit de voir au travers d'eux des icônes de conditionnement de violence engendrées par leur mobilisation au Vietnam, habituées à perpétrer ce genre d'exactions avec l'absolution de l'Oncle Sam, les voici donc au sortir de la guerre sans repères hormis ceux fraîchement déteints. Pourtant... pourtant avant même leur départ, on ne peut pas dire qu'ils n'avaient pas quelques prédispositions puisque libérés pour un viol pourtant déjà commis sans trop d'état d'âme. Nous voilà donc à nouveau pris quelque peu à revers et il aurait été plus aisé de mettre toutes leurs déviances de prédateurs sur le dos d'une guerre dégueulasse transformant les êtres humains en machines à tuer. Que non, Collinson nous laisse même à penser que sa vision de l'espèce humaine ne vole pas plus haut que les aspirations des trois amis chasseurs remplis de souvenirs et calembours minables et que finalement ce transit guerrier n'aurait fait qu'accroître cette facette de leur personnalité. Du coup ils en deviennent si fantomatiques qu'ils finissent par n'être plus définis qu'en cela et à se ressembler comme trois gouttes d'eau.
A noter que le doublage de la vhs René Château (ma copie étant en VF je précise) ne semble faire que renforcer ce sentiment, les voix des trois protagonistes ne se ressemblant que trop. De fait le second tiers du film durant lequel Alberto de Mendoza (Parfait en toute occasion décidément) et Cornelia Sharpe (non moins convaincante) sont séquestrés dans la cabane en bois et dans lequel le film se fait le plus bavard, étant rempli en grande partie des dialogues et autres harcèlements crétins des trois jeunes chasseurs, peut finir par lasser ou saouler au lieu de créer le malaise escompté. C'est sans doute à cause de ce sentiment personnel que j'aimerais un jour voir ce film en version originale et la plus respectueuse possible tant qu'à faire et égard aux différents montages semble t-il existants.
C'est d'ailleurs le seul reproche, si c'en est un, que je peux faire à un tel film qui, implacable, déroule son histoire de façon exemplaire et sans concession. A ce demander même qui aujourd'hui oserait tourner une oeuvre d'une telle radicalité, d'un tel pessimisme et doté d'une première partie (celle du viol et de son jugement hâtif donc) qui hantera tout le reste du film grâce à une ou deux images saisissantes comme cette fille s'accrochant à l'arrière de la voiture de police avant de se voir désavouée injustement dans ses accusations, et de manière expéditive. Tout ceci trouvera son écho final dans un dernier tiers d'une sauvagerie inouïe où chacun payera et dans lequel l'autodéfense ne sera plus que la seule alternative. Les meurtres des deux victimes seront filmés de façon exemplaire et autant la scène où Mendoza crucifié en bord de baie que Cornelia Sharpe froidement abattue derrière les planches de la cabane sont de ces scènes que l'on oublie pas, de celles qui laissent des stigmates longtemps après la vision du film d'autant que le réalisateur ne nous donne pas le temps de les digérer.

 

 

De même, l'arrivée de William Holden, finissant de transformer le film en une espèce de rape and revenge aux allures de survival sera un moment de cinéma brut et marquant. Longtemps on se demandera pour quelle raison et puisque les années ont passé, celui-ci n'a organisé sa vengeance avant, et surtout pour quelle raison ce dernier ne sera pas intervenu avant les mises à morts évoquées juste avant. Décidément, la justice et la nature humaine en prennent un coup ici comme rarement cela a pu être fait et l'on préfère laisser dans le doute plutôt que de rassurer ça et là. Difficile même de savoir exactement de quel côté se range Peter Collinson, ou plutôt où est sa limite dans ce qu'il nous montre d'une autodéfense sans conteste nécessaire et son recul là dedans. Etrangement, il donne d'avantage encore matière à réfléchir que bien des films à thèses sur cette même notion de droit à la justice, ce, en empruntant qui plus est les chemins de traverse d'un cinéma d'exploitation d'aventures, d'horreur, et de suspense psychologique. Plutôt remarquable puisqu'on a enfin le sentiment d'être pris pour des spectateurs responsables capables d'intelligence et ne serait-ce qu'à ce titre "Open Season" est à voir absolument.


 
 
 
Mallox
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