Charnelles, Les
Genre: Erotique , Drame
Année: 1974
Pays d'origine: France
Réalisateur: Claude Mulot (sous son pseudo Frédéric Lansac)
Casting:
Francis Lemonnier, Anne Libert, Patrick Penn, Barbara Sommers, Muriel Rivat, Katia Tchenko...
Aka: Nevro / Emotions Secrètes d'un jeune homme de bonne famille / Sex without love
 

Benoît Landrieux est un jeune homme oisif, dont le père est un riche industriel en produits pharmaceutiques. Orphelin de sa mère depuis qu'il a deux ans, Benoît a grandi avec sa belle-mère, Sabine, dont l'absence totale de pudeur a provoqué chez l'enfant un instinct de voyeurisme. Quand elle ne s'exhibe pas devant son beau-fils, en attente d'un massage réconfortant, Sabine occupe son temps libre à la réinsertion de délinquants, de préférence quand ils sont jeunes et bien bâtis. Entre une belle-mère ayant troublé sa puberté, et un père indifférent, froid, cynique, et profondément cartésien, Benoît a grandi dans un climat d'instabilité mentale propice à la névrose. Ce qui l'a conduit dans un passé récent à un internement psychiatrique. Pourtant, à première vue, rien ne laisserait penser à une fragilité mentale chez lui. Il est plutôt intelligent, instinctif, et est capable de deviner le profil d'un individu au premier coup d'oeil. Cynique, il hait son père mais n'hésite jamais à lui soutirer de l'argent qu'il va dilapider ensuite dans les casinos.

 

 

Mais Benoît a aussi un gros problème avec les femmes. C'est un voyeur, mais dès qu'il passe du statut de spectateur à celui d'acteur, il est irrémédiablement victime d'impuissance. Après s'être fait raillé par une fille qui l'avait branché dans un bar, et une promenade en forêt ayant tourné court, Landrieux fils rentre bredouille et apprend dans la foulée que son père a décidé de lui couper définitivement les vivres. C'est alors qu'il va rencontrer tour à tour deux personnes qui vont changer radicalement sa vie et le faire basculer jusqu'au point de non-retour. Jean-Pierre, d'abord, un beau gosse qui était en train de lui voler sa voiture ; et Isabelle, qui s'est enfuie de chez elle après que son beau-père ait tenté une nouvelle fois de la violer. Avec leur complicité, il va d'abord envisager de cambrioler le laboratoire de son paternel, puis de faire chanter sa belle-mère. Ensuite, la virilité bafouée de Benoît ne va cesser de le rendre amer, et proche de la folie. Après avoir tué le beau-père d'Isabelle dans un état presque second, plus rien ne pourra arrêter le jeune homme.

 

 

A défaut d'être une œuvre majeure parmi la filmographie de Claude Mulot, on peut néanmoins considérer Les Charnelles comme un film-charnière. Déjà, c'est le premier long-métrage qu'il ait signé de son fameux pseudonyme, emprunté au héros de La Rose écorchée. Et puis, chronologiquement, il se situe juste après la période grand-public de l'auteur, achevée avec Profession : Aventuriers, et juste avant son incursion quasi-définitive dans le créneau érotique, qui débutera avec Le Sexe qui parle. Les Charnelles oscille ainsi entre ces deux courants. Il possède une trame dramatique relativement classique, mais agrémentée à intervalles réguliers de scènes érotiques. Des passages qui se justifient de part la condition du personnage principal, victime durant son enfance d'une belle-mère "castratrice". On pourrait même pousser un peu plus loin et impliquer également la responsabilité du père, qui, en tant que détenteur des cordons de la bourse (et symbole de la réussite sociale, économique et politique), a en quelque sorte "coupé" celles de son fils.
Benoît est donc un voyeur, et cette frustration s'accroît au fil du temps au même rythme que se développe son agressivité. Ce qui est intéressant dans le personnage, c'est qu'il n'est pas un asocial au sens classique. Au contraire, il sait se fondre dans la société, se comporter en leader, et jouir du confort matériel. C'est un "fils à papa", qui malgré le sempiternel conflit de générations, aurait eu l'opportunité d'occuper une place de choix au sein des laboratoires Landrieux. Mais Benoît est un gros paresseux, attiré par l'argent facile. Ironie du sort, il attire les filles également faciles, mais là il ne peut assumer, et enchaîne de ce fait échec sur échec.

 

 

Dans le film, l'évolution du passage de la frustration à la névrose, et de la névrose à la violence est bien montré, avec comme point d'orgue le passage où Benoit tente de violer une tenancière de café. Finalement, l'arrivée de la police l'oblige à abandonner sa victime alors qu'il paraissait en mesure d'accomplir "l'acte". Et il dira d'ailleurs, lors de sa fuite : "J'allais y arriver, j'allais me la faire !" La violence apparaît à ses yeux comme la seule thérapie possible à son handicap sexuel. Ni héros, ni anti héros, Benoît est un personnage qui suscite parfois la pitié, et parfois le dégoût. Dans la vie courante, c'est un type qui pourrait être notre ami, capable de nous faire rire, et de nous faire peur.
Bref, Les Charnelles, malgré un titre évoquant plus un banal film érotique (et rebaptisé "Nevro" lors de sa sortie vidéo), apparaît plus comme une étude de moeurs, dans laquelle Claude Mulot, à travers quelques dialogues bien ciselés, poursuit sa croisade contre les gens bien pensants, les bourgeois installés dans la hiérarchie, et démystifie les bienfaits du confort social. A travers les yeux de son personnage central, qui tente de pervertir les autres non par vice, mais en tant que démarche intellectuelle, Claude Mulot se dresse en contestataire du Bien et du Mal, tel qu'il est défini par notre société.

 

 

Servi par un trio d'acteurs au jeu spontané (Francis Lemonnier est un habitué du metteur en scène), on retiendra la très bonne prestation d'Anne Libert, émouvante dans un registre qui la change des comédies de Jean-François Davy. Un de ses meilleurs rôles, avec celui que Jess Franco lui a offert dans Les Démons. Qualitativement inférieur à La Rose écorchée et bien moins connu que Le Sexe qui parle, Les Charnelles mérite néanmoins de sortir de l'anonymat.

 

Flint

 

 

* Quelques captures (et visuels) de plus :

 

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