Libido
Genre: Giallo
Année: 1965
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Ernesto Gastaldi (Sous le pseudo de Julian Berry) & Vittorio Salerno
Casting:
Giancarlo Giannini (sous le pseudo de John Charlie Johns), Dominique Boschero, Luciano Pigozzi (sous le pseudo d'Alan Collins), Mara Maryl...
Aka: Libido Terror
 

Quel dommage de ne pouvoir voir à ce jour "Libido" que dans un format plein cadre et dans une copie surexposée ; il s'agit non seulement d'un giallo de la première heure, de ceux à tendance machination et même machinations multiples qui culmineront à la fin des années 60 avec, entre autres, les travaux d'Umberto Lenzi, mais qui plus est et sans conteste, l'un des plus achevés du genre.
Le film s'ouvre par une séquence splendide où un jeune garçon est témoin, par l'entremise de la porte de chambre, du meurtre par son père, de sa maîtresse. Un père qui se suicidera juste après. Le reste sera à l'avenant puisque par un zoom savant sur les yeux de l'enfant, tout droit issu d'un trauma psychanalytique hitchcockien ("Psychose", "Vertigo", "Pas de printemps pour Marnie") on nous présente aujourd'hui ce qui sera le personnage principal et central : Christian (Giancarlo Giannini).

 

 

Un Christian qui a été tenu loin de la demeure durant des années pour cause de troubles mentaux. Heureusement que son ami et tuteur, Paul (Luciano Pigozzi), s'est non seulement attelé à entretenir les lieux mais également faire en sorte qu'il ait la meilleure thérapie qui soit.
Vingt ans ont passé, Christian vient tout juste de se fiancer avec Hélène (Dominique Boschero), une femme intelligente et compréhensive. Paul, quant à lui, fréquente ces temps-ci Brigitte (Mara Maryl), une jeune blonde ingénue qui n'est pas sans ressembler à la maîtresse tuée sous les yeux de Christian autrefois.
Nos deux couples retournent donc sur les lieux du drame. Il s'agit également pour Paul, de juger en tant que tuteur, si Christian a toutes ses facultés mentales afin d'hériter légitimement puis de gérer enfin l'immense fortune de son père.

 

 

Autant dire que l'ambiance sera d'entrée un peu tendue. Christian se méfie et quand bien même peut-être guéri, reste-t-il fragile. Une fragilité qui est bientôt mise à rude épreuve puisque des signes de la présence de son père se manifestent.
La boîte à musique qu'il possédait enfant se déclenche toute seule sous l'un des fauteuils à bascule du salon, une ombre semble le suivre lorsque de nuit, il se lève, croyant avoir entendu un bruit ; bientôt c'est carrément une silhouette qu'il aperçoit dans le jardin, ce, avant de trouver des traces boueuse de pas alors qu'il est en compagnie d'Hélène.
Tous ces éléments n'iront que dans un seul et unique sens : la fragilisation de l'état mental de Christian, lequel en viendra à se demander si tout ceci n'est pas destiné à prouver qu'il est fou pour le dépouiller de son héritage. Lucide ou non ? Peut-être les deux à la fois ou bien encore, tour à tour, l'un puis l'autre...

 

 

A l'énoncé de ce petit résumé, l'on comprend aisément vers quoi tendra ce thriller machination. On pourra rapprocher également cet excellent "Libido" de la mouvance des thrillers psychologiques écrits par Jimmy Sangster et tournés par la Hammer au début des années 60 (Paranoïaque !, Meurtre par procuration) ainsi que, dans son traitement, de tout un pan du cinéma gothique italien qui lui aussi, rappelons le, a très souvent bifurqué vers le thriller à tendance machination (Blancheville Monster, Le spectre du professeur Hichcock...). D'ailleurs, tout comme ces thrillers gothiques, on a droit à un huis-clos dans lequel les portes grincent ou claquent et les fenêtres s'ouvrent sous l'effet du vent. Des artifices délicieux transportés ici dans un univers plus moderne. Quant aux psychés versant petit à petit dans la pure schizophrénie, outre Hitchcock, on pensera également à certains films de William Castle (La coupeuse de tête pour le plus flagrant).
La grande force de Libido et les raisons de sa réussite sont multiples et reposent sur plusieurs axes : celui de conjuguer avec bonheur une cinéphilie en l'intégrant parfaitement à son propre contexte (à cet égard, on ne manquera pas de citer cette chambre faite de miroirs, multipliant les personnages, soulignant ainsi leur aspect "multi-facial" tout en renvoyant au final de "La dame de Shanghai" d'Orson Welles) ; celui également de parvenir à intégrer puis mixer de manière fluide et brillante (autant dans la conduite du récit que l'aspect formel) plusieurs genres alors en vogue, pour livrer un film au rythme sans faille et mettant en scène des personnages aux caractères fouillés. Celui, enfin, outre l'aspect issu d'un cinéma fait de suspense et d'épouvante, de pousser la psychologie à son maximum avec une économie de plans étonnante. Il n'y a qu'à voir, par exemple, la scène dans laquelle Christian trouve Paul, avec la pipe de son père dans la bouche et en compagnie d'Hélène, ou encore celle où il les suit en voiture et l'impression trouble, emprunte de paranoïa que peut laisser un simple baiser entre ces deux mêmes personnages, pour s'en convaincre.
Certes, on pourra bien devancer ça et là certains rebondissements, croyant alors avoir affaire à des ficelles un peu grosses, mais petit à petit, le film tournera purement et simplement au jeu de massacre - lequel ne sera pas sans évoquer La baie sanglante de Bava - pour accoucher sur des ramifications que l'on n'aurait pas forcément soupçonnées.

 

 

Difficile de savoir ce que l'on doit à Vittorio Salerno qui semble avoir coréalisé le film, toujours est-il que, dès 1965, Gastaldi livre une oeuvre non seulement efficace et maîtrisée, mais qui va également plus loin que ses modèles tardifs, notamment les gialli tournés par Umberto Lenzi quelques années plus tard (Orgasmo, "Si douces, si perverses", Paranoïa) et qui ne feront finalement que reprendre le même schéma sur un tempo plus théâtral et des retournements de situations moins surprenants.
Oeuvre autant machiavélique que freudienne (le film s'ouvre d'ailleurs par une citation de Freud), et aidée d'une excellente partition de Carlo Rustichelli (quelques notes de la boîte à musique ressemblent à la musique de "Les yeux sans visage", ailleurs on pense à la fois à Bernard Hermann dans les moments de tension, puis au Henry Mancini de "La soif du mal"), celle-ci a qui plus est le grand mérite de ne pas céder au traditionnel happy end et de nous laisser avec l'impression d'avoir assisté à un comte cruel. Teinté également d'un érotisme léger (Mara Maryl fait forte impression ; Gastaldi la reprendra d'ailleurs dans ses films suivants dont "La lunga spiaggia fredda" en 1971), Libido est un giallo important. Important parce qu'il devance une kyrielle de films, même s'il emprunte ailleurs, mais important surtout, parce qu'il demeure tant réussi qu'on en vient à regretter non seulement de ne pouvoir le voir à ce jour que dans une version recadrée, mais aussi que cet excellent scénariste n'ait pas réalisé lui-même davantage de films, notamment dans les années 60 et 70.
Quant aux acteurs, s'ils sont tous excellents, il convient de souligner l'impeccable prestation de Giancarlo Giannini (La tarentule au ventre noir) dont c'est ici le premier grand rôle au cinéma.

 

 

Mallox


En rapport avec le film :

# Il semblerait que ce film n'a connu qu'une seule sortie VHS chez Mondial Video, un éditeur italien basé aux USA et distribuant des cassettes en VO non sous-titrée au Canada.
Mya avait annoncé la sortie d'un DVD.

 

 

# A noter que depuis que cette critique a été écrite (en septembre 2010), est sorti en août 2012 chez CineKult une belle copie du film. Hélas en italien sous-titré uniquement en italien. Mais avec cependant une interview d'Ernesto Gastaldi.

Quelques captures ci-dessous pour se faire une idée :

 

 

 

 

 

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