Danger vient de l'espace, Le
Titre original: La morte viene dallo spazio
Genre: Science fiction
Année: 1958
Pays d'origine: Italie / France
Réalisateur: Paolo Heusch
Casting:
Paul Hubschmid, Fiorella Mari, Madeleine Fischer, Ivo Garrani, Dario Michaelis, Jean-Jacques Delbo, Giacomo Rossi-Stuart...
Aka: The Day the Sky Exploded
 

John McLaren, un astronaute, vient d'être sélectionné parmi plusieurs autres candidats. Sa mission est internationale et consistera en une reconnaissance orbitale autour de la Lune. Tout se passe bien jusqu'au moment où le contact avec le centre spatial est perdu. L'astronaute parvient in extremis à s'extraire puis s'expulser de la fusée pour rentrer finalement sur Terre sain et sauf. Selon lui, la fusée aurait mystérieusement quitté sa trajectoire sans qu'il puisse la maîtriser. S'il a pu rentrer intact au sein de la capsule de sauvetage, en revanche la fusée poursuit inéluctablement sa progression dans l'espace. D'étranges sons se font bientôt entendre dans tous les centres spatiaux du monde. Sur Terre, d'étranges phénomènes ne tardent pas à surgir. Les oiseaux migrent anormalement en masse, tandis que les chevaux s'affolent ici et là. C'est tout un écosystème qui semble alors menacé. D'étranges lueurs lumineuses sont également aperçues aux quatre coins du globe. La raison de ces dérèglements et phénomènes singuliers se trouve dans la collision entre la fusée (en roue libre si j'ose dire) et un groupe d'astéroïdes, lesquels suivent maintenant une trajectoire qui pourrait avoir des conséquences catastrophiques. En effet, ceux-ci se dirigent droit vers la Terre et son satellite naturel, la Lune. Tout est mis en place pour tenter de palier à la catastrophe annoncée. Les populations sont évacuées quand elles ne cèdent pas elles-mêmes à la panique, tandis que l'ONU tente de regrouper ses forces et lancer des missiles destinés à dévier la trajectoire de ces astéroïdes on ne peut plus menaçants...

 

 

1958, les premiers pas sur la Lune ont encore une bonne dizaine d'années avant de voir le jour. C'est un astre dont on connaît déjà l'influence de ses cycles sur notre planète. Un astre pourtant mort depuis plus de trois milliards d'années mais qui ne cesse d'intriguer par ses interactions sur les marées, phases et retard quotidien de ses levers et couchers, notamment. La Lune n'a jamais cessé d'intriguer de par sa complexité, ce qui lui a donné une importance spéciale aussi bien dans les mythologies que dans la plus ancienne astronomie.
Que ce soit dans les livres (Jules Verne/ "De la Terre à la Lune"), au cinéma ou dans la bande dessinée, elle a toujours eu un statut quasi fantasmatique. Rappelons que le diptyque "Objectif Lune" et "On a marché sur la Lune" d'Hergé date de 1953. Quant à son exploitation pour le cinéma, si Méliès avait déjà adapté dès 1902 le roman de Jules Verne avec son "Voyage dans la Lune", on peut presque dire qu'une nouvelle mouvance est née dès le début des années 50 avec l'incontournable "Destination... Lune !" produit par George Pal et réalisé par Irving Pichel. Un film qui, non seulement a fortement influencé Hergé pour les deux bandes dessinées susnommées, mais que l'on considère en général comme le premier film de science-fiction d'inspiration hard science. Un genre de science-fiction dans lequel les technologies décrites, les formes sociétales présentes dans l'histoire et les découvertes ou évolutions ne sont pas en contradiction avec l'état des connaissances scientifiques au moment où l'auteur écrit l'oeuvre.

 

 

C'est sur ces bases que débute ce sympathique mais fauché "Le danger vient de l'espace", avant de bifurquer vers un scénario plus catastrophe assez proche du "Choc des Mondes", tourné en 1951 par Rudolph Maté, et dans lequel une planète morte fonçait déjà droit vers la Terre. Pour faire court, disons que le film de Paolo Heusch emprunte un peu aux deux en tentant de les fusionner tant bien que mal. Plutôt pas trop mal même, au regard du maigre budget dont il a la charge pour mener à bien un projet assez ambitieux. Un budget qui constitue néanmoins, il faut bien le dire, toute la limite du film. Du long de ses 80 minutes, on aura le droit de trouver qu'il y a un tiers du film bien trop bavard, tenant davantage du remplissage que d'une adéquation avec son sujet porteur et spectaculaire. Si la première partie montrant les préparatifs, le voyage de l'astronaute dans l'espace, son retour chaotique sur Terre tient à peu près la route, en revanche, la seconde contient trop de part d'amourette entre notre scientifique et sa femme, de détails anecdotiques et de spéculations sans fin pour ne pas ennuyer un peu. La troisième partie, celle, finalement assez proche de tout un pan du cinéma catastrophe des années 70 jusqu'au piètre "Meteor" de Ronald Neame (1979) auquel elle fait penser, rachète en revanche les longueurs préalables.
On sera même surpris, sans doute encore une fois à cause (ou grâce) aux petits moyens mis à disposition, d'y trouver quelques plans tous droits issus du néo-réalisme italien, notamment dans la description de la désolation des populations face au danger qui les guette.

 

 

Paolo Heusch fut assistant réalisateur dès 1949, au sein de projets les plus divers pour commencer à tourner lui-même en 1958. Sans génie, sa réalisation démontre toutefois un savoir-faire honorable, tant dans la conduite du récit que dans une mise en scène qui tient la route. Celui-ci est entouré d'une équipe talentueuse, dont un directeur de la photographie se nommant Mario Bava. Un Mario Bava déjà reconnu comme technicien mais qui est encore loin d'amorcer la carrière de cinéaste qui fera toute sa renommée. En plus d'apporter une belle photographie au film il parvient, à peu de frais également, à composer quelques effets spéciaux tangibles. Si sa présence demeure forcément en retrait et alerte plus au regard rétrospectif de sa carrière, elle contribue déjà alors au cachet visuel agréable de cette réussite que l'on qualifiera, par prudence, de mineure.
Le travail sur le son n'est pas en reste et l'on peut même se risquer à dire qu'il comble les lacunes évoquées avant, dans une seconde partie où finalement la seule chose qui tient en éveil le spectateur reste ces étranges sons perçus par les centres spatiaux, le centre spatial américain de Cap Shark plus précisément, puisque c'est là où se situe la plupart de l'action. Bien que franco-italien et tourné à Rome, l'Amérique demeure finalement dans le film le centre de Monde. Peut-être ne s'agit-il là que de flatter une nation afin d'y vendre son film. Ce n'est pas important, passons donc...

 

 

Dans "La morte viene dallo spazio", les acteurs y livrent dans l'ensemble une prestation correcte. En premier lieu Paul Hubschmid que l'on connaît surtout pour son rôle d'Harald Berger dans le somptueux diptyque de Fritz Lang : "Le tigre du Bengale" et "Le tombeau hindou". Bien que légèrement monolithique niveau expressivité (quoique dans tout le passage –assez drôle- où son cerveau semble errer de par les magnétismes spatiaux, cela soit justifié), il parvient néanmoins à garder le cap, rester concentré, soucieux, concerné. On ne manquera pas de mentionner la courte présence de Giacomo Rossi-Stuart, alors en début de carrière avant "Caltiki, le monstre immortel" de Freda/Bava l'année suivante, "La vengeance de Spartacus" de Michele Lupo, "Duel au couteau" ou encore "Opération peur", glanant petit à petit plus de place pour enfin obtenir des premiers rôles et un petit statut de vedette avec.
Si le film peut-être considéré comme un tremplin pour Rossi-Stuart, en revanche, concernant les deux actrices principales, que ce soit la brésilienne Fiorella Mari ou la suissesse Madeleine Fischer, toutes deux arrêteront leur courte carrière respective l'année suivante. Difficile de spéculer sur leur capacité à jouer, toujours est-il qu'elles ne font pas forte impression ici.
Ce qui a contrario épate, c'est l'aspect assez noir, quasi-apocalyptique, étonnamment bien rendu dans la dernière demi-heure qui n'est pas loin de devancer de quarante ans le Spielberg de "La guerre des Mondes". Très bien menée, la dernière partie rachète pas mal de défauts préalables pour finalement faire de ce "Danger vient de l'espace" un assez bon film.
Un film dont la principale tare demeure ni plus ni moins son budget, lequel lui donne trop souvent des allures d'aventures spatiales et planétaires du pauvre, là où il eût fallu employer les grands moyens pour atteindre le spectaculaire, ce qui, avouons le, est rarement le cas. Il n'empêche que tout lacunaire qu'il soit, on aurait tout de même tort de bouder son plaisir et rechigner devant ses manquements plutôt que de voir ce qu'il recèle de qualités, surtout que la musique de Carlo Rustichelli emballe plutôt bien le tout.

 

 

Mallox

 

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