Dream Home
Titre original: Wai dor lei ah yut ho
Genre: Gore , Horreur , Drame , Psycho-Killer
Année: 2010
Pays d'origine: Hong Kong
Réalisateur: Ho-Cheung Pang
Casting:
Josie Ho, Eason Chan, Michelle Ye, Juno Mak, Norman Chu...
 

Hong Kong, de nos jours - Une jeune femme s'introduit nuitamment chez un gardien d'un immeuble moderne. Ce dernier pique un roupillon devant les écrans de contrôle. Ce manque de conscience professionnelle aura des conséquences dramatiques, puisque la demoiselle va l'assassiner à l'aide d'un collier de serrage qu'elle serre (forcément) autour de son cou. L'asphyxie prendra un bon moment, le temps que le garde tente, avec un cutter, de desserrer (toujours forcément) le lien, quitte à s'ouvrir la trachée. Pas de bol, le cutter coupe apparemment mal, ce qui prouve le manque de soin apporté par ce dernier à ses outils de travail. La conséquence sera la mort.
Générique.
On retrouve la jolie demoiselle en train de travailler (par le biais du téléphone) pour une banque de la mégalopole ; elle enchaîne les petits boulots, travaillant sans relâche afin de s'offrir son rêve : un appartement avec vue sur la mer. Elle l'a promis à ses parents, et à ses grands-parents lorsqu'elle était jeune.
Hélas, même avec toute sa volonté, la flambée des prix immobiliers va l'empêcher pendant des années de réaliser ce rêve. Elle va alors s'y prendre autrement, en massacrant les habitants d'un certain immeuble, afin de faire baisser les prix.

 

 

Ce qui saute immédiatement aux yeux, à la vision de ce Dream Home, c'est sa filiation avec les débordements outranciers de la catégorie 3 hongkongaise. Du moins, celle ayant précédé la rétrocession de la ville à la mère patrie chinoise en 1997. Depuis lors, entre censure plus ou moins officielle, autocensure et perte d'une certaine créativité, les productions estampillées catégorie 3 se révèlent être mollassonnes et soft, du moins lorsqu'elles sont visibles dans nos contrées.

En effet, Dream Home reprend, d'une façon roublarde et "moderne", les ingrédients de cette catégorie pas comme les autres. Du sexe frelaté et perverti, du sang, de l'hypocrisie dans les rapports humains, de la sauvagerie dans les meurtres et en arrière plan (en creux, dit-on dans les milieux éduqués, et donc autorisés), une vision sociale et politique de la vie dans cette folle mégalopole.
Toutes proportions gardées, Dream Home se rapproche des films de la quadrilogie urbaine d'un certain fou furieux dénommé Billy Tang : "Dr Lamb", "Run and Kill", "Brother of Darkness" et "Red to Kill", où un individu soumis au stress d'une société malade devient fou et se met à tuer brutalement ses congénères.

 

 

Malin comme un dragon de papier lors du nouvel an chinois, le réalisateur prend appui sur la situation actuelle, et en particulier la spéculation immobilière qui permet aux riches de toujours plus s'enrichir, et aux autres de ramer pour pouvoir se payer un logement décent.
Que ceux qui n'ont pas galéré pour louer ou acheter un appartement dans une grande ville, et qui n'ont dû qu'à leur bonne éducation de ne pas avoir recours à la sodomie artisanale ou à la violence physique pour déloger de leurs vastes duplex les rentiers de tous poils ; et bien que ceux là lancent la première pierre à Cheng Lai-sheung qui, elle, va passer aux actes !

Certes, on pourra toujours faire la moue devant une intrigue que d'aucuns trouveront légère, racoleuse (ou même carrément débile), et qui n'est finalement qu'un prétexte à un déchaînement de violence, façon slasher des villes.

Formellement, le film de Pang Ho-cheung se démarque du tout venant "slasherisant" par une mise en scène pleine de panache. Un montage efficace dans les scènes de meurtres, un soin tout particulier apporté aux éclairages, et surtout une mise en abîme de la ville en tant que personnage principal, "l'étroitesse" des appartements n'ayant comme corollaire que les gigantesques entassements d'immeubles, tous plus moches, laids et anxiogènes les uns que les autres (voir l'imparable générique d'ouverture).

 

 

La multiplicité des flashsback brouille parfois la compréhension de l'intrigue, mais ils permettent aussi de se faire quelques idées sur la situation sociale des Hongkongais. A travers trois ou quatre tranches de vie de la future "sino-Jason Vorhees", on apprend que la spéculation immobilière se fait au détriment du bas peuple, avec l'aide des triades recourant à la violence, ou que les Hongkongais sont d'impénitents racistes (redondance classique des catégories 3) ; ici, envers les Coréens présentés comme de gros machistes alcooliques qui tabassent tout ce qui est de sexe vaguement féminin. C'est beau la fraternité entre frères et soeurs asiatiques.

Etonnant, enfin, de voir combien un réalisateur primé au festival de Berlin (pour un certain "Isabella") puisse se vautrer dans le gore, le glauque, la souffrance, sans le moindre état d'âme. Peu de chance qu'il revoit Berlin avec un tel type de long-métrage.

Car pour ce qui est du plat de résistance, on ne peut que rester pantois devant un tel ouragan de férocité, la mignonnette Josie Ho n'y allant pas avec le dos de son marteau de combat pour mettre à mort les vilains prévaricateurs.
On y apprendra donc, avec profit, comment se servir (de manière enfin utile) d'un collier de serrage en plastique, d'un aspirateur, d'une latte de sommier, d'une cuvette de toilette et autres accessoires de la vie courante. Si on aime la suggestion du hors-champ, on fuira le spectacle tel un lapin de garenne chinois se cachant dans un terrier. Tripes à l'air, éventration, castration, sodomie sauvage, éjaculation sanglante, on en passe et des meilleures. Un maelström de violence qui devient cataclysme dans une longue séquence de sextuple meurtre, mettant aux prises notre ravissante vengeresse avec des trafiquants de drogue, des filles faciles et des policiers. Ebouriffant de bruit, de fureur, de sang et de sexe...

 

 

Ironique dans l'ensemble, souvent radical, implacablement cynique, peu subtil aussi, mais totalement jouissif, Dream Home fera sans doute plaisir à l'amateur de catégorie 3 old-school et/ou de slasher-movie. Comme quoi, même une tragédie immobilière a ses vertus...

 

Camif

 

En rapport avec le film :

 

# La fiche dvd Wild Side du film Dream Home

 

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