Abattoir 5
Titre original: Slaughterhouse-Five
Genre: Science fiction , Drame , Guerre
Année: 1972
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: George Roy Hill
Casting:
Michael Sacks, Rob Leibman, Eugene Roche, Holly Near, Valerie Perrine...
 

Bill Pilgrim est écrivain, et a la faculté de se projeter dans le temps. Prisonnier de guerre durant la seconde guerre mondiale, chef de famille dans les années 50 dans un monde aseptisé, il finira spécimen terrien sur la planète Trafalmadore...

 

 

Abattoir 5, titre violent, mais bien éloigné de l'idée d'une suite de mauvais film d'horreur, est d'abord un roman de Kurt Vonnegut – un des romanciers américains les plus importants du XXème siècle – dont le titre entier est "Abattoir 5 ou la croisade des enfants". L'auteur, comme son personnage, a été capturé par l'ennemi puis assigné à la récupération des cadavres durant la deuxième guerre mondiale. Pas la peine de tourner autour du pot, nous sommes clairement dans l'autobiographie. Vonnegut est connu pour avoir stigmatisé la bêtise humaine dans des histoires souvent drôles et originales mais toujours très (trop ?) pertinentes. Dans Abattoir 5, il pourfend la violence aveugle de la guerre en se rattachant aux bombardements de Dresde, par les Alliés, bombardements qui ont été les plus meurtriers de notre Histoire. Rabelaisien de foi et fanatique invétéré de Voltaire, il préfère utiliser la satire, l'humour, afin de mieux dénoncer les absurdités de la guerre. Hill le fera aussi très justement dans son adaptation au cinéma.

Le roman sort en 1969. George Roy Hill est alors en plein succès, au sommet de son art. Il vient de terminer "Butch Cassidy et le Kid", qui sort tout juste sur les écrans de cinéma, grâce auquel il vient de remporter sept Oscars (dont celui de la meilleure réalisation). C'est à ce moment-là qu'il découvre et lit le roman de Vonnegut. Il est profondément marqué par cette histoire, sans doute parce que lui aussi a servi deux ans dans le Pacifique Sud, en tant que pilote dans les forces aéronavales du corps des Marines. Prenant le roman sur lui, il décide de le porter à l'écran. Il réalisera, au final, son œuvre la plus atypique mais aussi la plus personnelle, même s'il aura fallu du temps pour pouvoir redécouvrir ce véritable ovni cinématographique.

 

 

Abattoir 5 est tout sauf un repère de stars ou de futures grosses têtes d'affiche, ce qui, on s'en doute, l'aura amputé d'un gros succès commercial. Le rôle de Billy est ainsi tenu par un - presque - parfait inconnu (il aura juste fait une apparition dans un téléfilm, quelques années plus tôt) : Michael Sacks, ce qui finalement n'est pas plus mal, Bill Pilgrim étant un personnage plutôt naïf et dénué d'une réelle présence. Par la suite, Sacks jouera dans Sugarland Express (il joue le rôle du policier), Amityville puis dans "Hanover Street" de Peter Hyams, aux côtés d'Harrison Ford, où il reprend le rôle d'un militaire. Sa carrière cinématographique sera éphémère, puisqu'il l'arrête dix ans après ses débuts. Plus connu est Rob Leibman. Il interprète ici le rôle de l'éternel rival de Billy, Paul Lazzaro. C'est un de ses premiers rôles au cinéma. Par la suite, on le verra dans "Les Superflics", de Gordon Parks, "Norma Rae", Phar Lap, dans "Rhinestone", de Bob Clark, dans "Night Falls on Manhattan", de Sidney Lumet, et plus récemment dans Garden State - ainsi que dans certaines séries télévisées comme "Friends", "Les Soprano", "Arabesque"... - On retrouve également Eugene Roche, qui joue le rôle de Edgar Derby, acteur connu du petit écran (il a joué dans pas mal de téléfilms, comme "Seul dans la nuit", de Duncan Gibbins ou "Les Détraqués", d'Elliot Silverstein), et Perry King, qui n'est autre qu'Andrew dans "Class 1984" ! Côté femme, Valerie Perrine est la seule dont le visage vous paraîtra familier : elle tient un second rôle dans les deux premiers "Superman" (de Richard Donner), est en tête d'affiche dans Ce que veulent les femmes, mais on la connaît surtout pour avoir joué un rôle remarquable auprès de Dustin Hoffman, dans "Lenny". Un casting pas si exceptionnel en soit, mais qui a le mérite de très bien fonctionner, chacun étant parfait dans leur rôle respectif.

 

 

Véritable Manifeste de la déconstruction narrative, à défaut d'être le premier film à utiliser ce procédé (on pense notamment au "Point de non-retour" de John Boorman), Abattoir 5 impressionne le plus dans ce domaine. L'aide de la monteuse Dede Allen (elle a beaucoup travaillé pour Arthur Penn) a été déterminant. La fluidité de son montage est exemplaire et assure les fameuses "non-transitions" du métrage. D'autant que la musique, à la fois spirituelle (concertos pour piano, de Bach) et mélancolique, vient assouplir celles-ci en les rendant encore plus légères. Même si on n'arrive jamais à savoir dans quel genre on évolue (Hill croisant à merveille la comédie de mœurs à la fable, le drame à la Science Fiction...), cette fluidité nous entraîne dans un monde à la fois majestueux et violent. L'élégance de l'écriture (scénarisée par Stephen - "Ashanti"/Cosa Nostra - Geller), elle aussi, n'a d'égal que le raffinement de la lumière (photographiée par Miroslav Ondrícek, directeur photo attitré de Milos Forman) ou que la nonchalance de son rythme. Abattoir 5 transpire le charme et la musicalité.

Malgré son sujet dur et sensible, Hill, comme Altman l'avait très bien fait dans "M.A.S.H.", utilise l'humour, comme s'il était l'ultime refuge de l'être humain, aux visions d'horreurs de la guerre qu'il a vécues (relire Céline). A quelque chose près qu'Abattoir 5 est plus mélancolique que le film de Robert Altman. Billy voyage dans le temps toujours de manière violente et abrupte, sans transition, comme si le spectateur se voyait transporter dans le cerveau de celui-ci. Car, ce ne sont ni des images, ni des sons, qui assurent ces allers-retours permanents, c'est bel et bien le cerveau de Billy qui s'en charge, de manière cyclique mais aléatoire (quand ce n'est pas voulu) et arrivant souvent brutalement, un peu comme une collision entre deux neurones.

 

 

Le film s'articule en trois phases : passé, présent, futur : autour d'une idée de "causalité circulaire" de la guerre. Le passé étant la survie, si survie il y a, ce n'est qu'au présent qu'on se souvient et qu'on se pose des questions, le futur amène à une volonté d'évasion, de distanciation, pour finalement se rendre compte qu'il vaudrait mieux rester enfant, retour à la case départ. Mais si ce schéma peut paraître quelque peu nihiliste, il ne l'est pas forcément pour son personnage. Bill n'agit jamais, il est simple observateur de sa propre vie, comme un pèlerin (pilgrim signifie pèlerin en français, ce n'est évidemment pas anodin) survivant à son destin tragique. Aussi, Pilgrim, plus tard, comme Hill d'ailleurs, s'en amuse. Il s'en amuse avec un humour très satirique, caustique, notamment en dépeignant ces personnages qu'il côtoie, complètement à côté de la plaque, lunaires et artificiels (sa femme qui se tue dans la Cadillac - symbole de "l'American Dream" et de la société de consommation – qu'il lui a offerte pour son anniversaire ; son fils qui se masturbe devant un magasin de Pin-up - la nouvelle femme idéalisée) plus régis par leur environnement que par leurs propres sentiments. Mais s'ils (on peut ici prendre à la fois l'auteur et Hill) semblent s'en moquer, c'est aussi pour faire apparaître une once d'espoir, que tout n'est pas si pourri que ça. Bien que Billy se voit finalement contraint de se protéger psychologiquement, en imaginant un lieu qui lui permettrait à la fois de se protéger et de s'évader. Il atterrit sur Trafalmadore, métaphore de cette bulle, mais les choses s'avèrent finalement trop surfaites pour lui, ultime ironie de l'auteur. La finalité est l'éternel recommencement ou l'homme redeviendrait l'enfant qu'il était. Il faut un peu voir Abattoir 5 comme "Le magicien d'Oz" sans son "Home sweet home" de mise. Comme dirait le personnage du roman de Vonnegut : "C'est la vie !...".

 

 

Note : 8,5/10

Lynch971


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