Critiques par genre Drame | Document Damaged Lives (En double programme avec Goodbye, Mr. Germ)
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Damaged Lives (En double programme avec Goodbye, Mr. Germ)
Genre: Drame , Document
Année: 1933
Pays d'origine: Canada / Etats-Unis
Réalisateur: Edgar G. Ulmer
Casting:
Lyman Williams, Diane Sinclair, Harry Myers, Marceline Day, Jason Robards Sr., Charlotte Merriam...
 

Donald Bradley est un jeune agent commercial ambitieux, travaillant dans le domaine maritime. Un soir, il est obligé de remettre un dîner prévu de longue date avec Joan, sa femme, afin de se rendre à un dîner d'affaires. Il rejoint donc un client dans un salon de grande classe, mais ce dernier est si rapidement ivre que Donald ne sait plus trop s'il doit quitter les lieux ou bien rester encore. Voici qu'il fait la rencontre d'Elise, une femme de réputation douteuse qui vit néanmoins dans un appartement stylisé. C'est finalement de manière naturelle qu'une aventure extraconjugale aura lieu. Don repentant tente d'en parler à sa femme, mais celle-ci ne veut rien entendre. Les problèmes vont s'accumuler de manière inattendue puisque Joan apprend à la fois qu'elle est enceinte et qu'elle a également contracté la syphilis...

 

 

Edgar G. Ulmer signe donc, en 1933, son premier film parlant : Damaged Lives. Avant de se voir confier un budget autrement important l'année suivante pour son très bon "Chat noir", ce par la Universal, Nat Cohn produit par procuration Damaged Lives. Celui-ci étant le frère du nabab de la Columbia Pictures, Harry Cohn, il s'agit de produire en toute discrétion en même temps que d'adapter la pièce de théâtre française, "Les avariés", créée par Eugène Brieux en 1901. Afin de s'assurer une certaine tranquillité pour mener à terme ce genre de projets aux sujets délicats, la Columbia crée la Weldon Pictures ; une manière de faire en sorte qu'aucun scandale ne vienne entacher la réputation d'une firme alors fameuse.

Il paraît clair, encore aujourd'hui, que tourner un film qu'on qualifiera de "préventif" sur les dangers des maladies vénériennes - en l'occurrence ici la syphilis - n'est pas forcément pour plaire à certaines ligues morales. Etonnant au regard d'un film qui, quant à lui, semble rempli de valeurs plus ou moins chrétiennes et chargé le plus souvent d'un discours moralisateur qui pourra sembler bien suranné à ce jour, sinon même faire sourire. Quoi qu'il en soit, s'il est une pertinente remarque que l'on ne manquera pas de se faire, c'est que finalement peu de choses ont changé si l'on se remémore des propos tout récents de l'église à propos du Sida et de son refus du préservatif. A ce propos, et pour mieux se protéger encore à l'époque, on note que durant toute la durée du film, à aucun moment le nom de la maladie est nommé, même s'il est bien entendu aisé de savoir de quoi il retourne.
Etonnant donc, avec toutes ces précautions prises, que le film fut durant quatre ans interdit par l'état de New York. Ce n'est qu'à partir de 1937 que Damaged Lives débuta donc sa véritable carrière. A noter que dans certaines villes, le film, lors de sa projection, était régulièrement précédé d'une conférence filmée de près d'une demi-heure (menée par l'acteur qui dans le film incarnait le médecin), censée prévenir le public sur les maladies vénériennes, ce à grands renforts de courbes, de chiffres, de plans et de photos. Chose curieuse à cet égard : 90% du public assistant à ces séances était féminin.

 

 

Ulmer a toujours oscillé entre les budgets confortables et ceux complètement dérisoires. Damaged Lives fait partie des films miséreux de l'auteur puisqu'il fut tourné pour la modique somme de 10 000$ et en huit jours. A son crédit, Damages Lives a pour lui d'être le tout premier film à aborder, comme thèmes centraux, le sexe, l'adultère et les maladies vénériennes. Il fait même l'objet d'un certain culte aujourd'hui puisque rétrospectivement, on s'aperçoit qu'il fut le précurseur d'une flopée de films "préventifs" qui pulluleront durant les années 30 mettant en exergue les dangers du sexe ("Sex Madness"), ceux de la drogue (particulièrement de la marijuana, voire Reefer Madness), ou même des enfants illégitimes ("Sex Damages", 1937 - mazette !) ; des petits films produits par des forains pour des carrières aux durées éphémères, puisqu'ils ne seront que très rarement exploités dans les grandes villes mais, à l'instar de certains freakshows, parfois dans des foires.
Là où Edgar G. Ulmer s'en sort plutôt bien, c'est dans une approche moins terroriste du sujet qu'il aborde que ses imitateurs. Point d'enfer au bout du chemin, point de damnation pour l'éternité pour avoir été infidèle. Point non plus de visions aussi délirantes que sensationnalistes, de doigt accusateur dressé. Contrairement à des films absolument hilarants de prêchi-prêcha réactionnaire tels Reefer Madness (1936) ou "Damage Sex"(1937), Damaged Lives joue la carte de la sobriété et même quasiment de la neutralité (à l'exception bien sûr de son message préventif).

 

 

Les personnages mis en scène sont des victimes. Soit, le poids de la culpabilité est ici tout chrétien, puisque d'une part l'infidélité du mari est un moment d'égarement dont lui-même se condamne, mais d'autre part, il en est de même pour chacun des personnages : ainsi l'épouse s'en veut et se sent responsable d'avoir été trompée, et reporte la faute sur elle tandis que la courtisane d'une soirée, après avoir appris sa maladie et le fait de l'avoir refourguée à son amant d'une nuit, se suicide (dans une scène, disons le franchement, grotesque de par son outrance dramatique et son invraisemblance). Pour bien apprécier ce véritable document d'époque, il convient comme souvent de remettre les choses dans leur contexte.

Le mariage, la fidélité furent des valeurs importantes tandis que l'irresponsabilité était alors le plus souvent montrée comme une terrible faute, voire presqu'un crime dont il convenait de faire un véritable chemin de croix pour s'en faire pardonner. Finalement dans Damaged Lives, les personnages sont au diapason des valeurs du moment ; difficile dès lors de faire un quelconque procès à Ulmer sur un discours sans doute dépassé aujourd'hui (enfin pas pour tout le monde, restent encore des garants des valeurs ancestrales, que l'on sait pourtant assassines...), même si le temps de quelques scènes, on reste un peu coi : ainsi, le mari lors de la soirée durant laquelle il tendra à s'oublier un peu trop, se demande où il se trouve et qui sont ces gens autour de lui... Le lieu est vite taxé de "clandestin" tandis que, pour montrer le genre de personnes fréquentant l'endroit, la caméra bifurque rapidement vers l'ivrogne à demi-obsédé sexuel (le client de notre pauvre Donald). Heureusement, outre le fait que le vice semble planer dans la demeure, les relations entre l'homme et sa maîtresse se révèlent a contrario d'une belle justesse (les acteurs sont sobres et bien dirigés, contrairement à ce qu'on verra plus tard chez Ulmer, notamment avec son Girls in Chains). De détail en détail, et par petites touches assez fines, ils finiront donc par consommer (et non fauter comme dans "Sex Madness", 1938).

 

 

Quelques réserves enfin sur l'une des scènes clés du film : un médecin ouvre des portes afin de montrer les méfaits de la syphilis sur trois patients différents. Délesté de discours moraliste, la séquence paraît trop didactique dans le domaine de la fiction. On comprend bien que ladite scène est présente dans le film pour les séances qui seront, plus tard, lors de son exploitation, non précédée de la longue conférence filmée du même médecin.

Comme il est dit ensuite dans le film-même, le but n'est pas de culpabiliser ni de terroriser quiconque, mais de montrer une réalité que trop de jeunes gens naïfs ignorent, lesquels en payent ensuite les conséquences toute leur vie durant. Enfin, au crédit d'Ulmer également, le fait de décliner logiquement un état de fait, de ses causalités possibles jusqu'aux conséquences, mais en ne tombant jamais dans le piège de l'alarmisme. Dans Damaged Lives, l'on prévient le spectateur, on le choque un peu afin de le responsabiliser pour finalement ensuite le rassurer et lui redonner de l'espoir en lui indiquant l'existence de traitements qui se révèlent de plus en plus fiables et efficaces contre un fléau dont personne n'est de prime abord épargné. Pour revenir au début et pour conclure dans un même temps, disons que l'aspect moralisateur du film apparaît surtout dans son message qui aurait tendance à prôner la fidélité (en plus de faire gaffe où l'on trempe son pinceau si jamais l'on ne respectait pas ce premier commandement)... rien de bien méchant pour l'époque. On a vu bien pire depuis niveau restrictions prônées ici et là. Finalement, au-delà de valeurs qui ne sont que l'écho d'une société et ses doutes et convictions d'alors, Edgar G. Ulmer se pose l'air de rien en progressiste, ce dès 1933. Nul doute que le cinéaste aurait, en lieu et la place de la fidélité, conseillé l'usage du préservatif si celui-ci avait été d'usage courant à l'époque.

 

 

Mallox


En rapport avec le film :

# Le coffret Bach Films Hommage à Edgar G. Ulmer

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Complément de programme :
(présent sur le même disque que Damaged Lives dans le coffret Bach Films dédié à Ulmer)

 

 

Goodbye, Mr. Germ - 1940

Origine : Etats-Unis
Genre : Drame, Document, Court-métrage, Prévention

Réalisé par Edgar G. Ulmer
Avec James Kirkwood

 

 

Mettant en scène l'acteur/metteur en scène James Kirkwood, ce court-métrage précède apparemment le vaccin contre la tuberculose, tout du moins son utilisation répandue.

Un scientifique père de deux enfants que l'on retrouve dans son laboratoire rempli d'animaux de compagnie. Il s'imagine inventer un appareil qui lui permet de comprendre le langage des microbes et autres germes nocifs. La plus grande partie du court montre, à la manière d'un documentaire, quelque chose de complètement surréaliste : le médecin en train de parler à des germes tuberculeux qu'il scrute à l'aide de son microscope, puis expliquant à ses enfants comment les microbes de la tuberculose se transmettent, d'une part, d'une personne à l'autre, d'autre part, la faculté qu'ils ont à rester tapis dans l'ombre de l'organisme humain, pour profiter d'un moment de faiblesse physique et s'échapper alors. Il convient de préciser que les germes sont représentés par de petits bonhommes assez teigneux, ce, en dessin animé.

Le remède n'est pas, à proprement parler, évoqué en détail ; il s'agit avant tout d'informer, de prévenir et de montrer une science en marche qui parvient désormais à éradiquer un vieux fléau. Et lorsque c'est le cas, le microbe se montre dès lors si conciliant qu'il arbore une mine sympathique, voire complice.

Ainsi Ulmer continue sa contribution à l'information. Bien entendu, il y a, en terme purement cinématographique, peu de choses à dire si ce n'est qu'il s'agit là pour le metteur en scène d'un travail d'intérêt public dont il s'acquitte avec beaucoup de savoir-faire. Les décors relèvent par moment du gothisme, l'ensemble est bon enfant et tout compte fait assez plaisant, surtout pour un film d'ordre didactique.

 

 

Mallox



En rapport avec le film :

# Le coffret Bach Films Hommage à Edgar G. Ulmer

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