Amigos, Los
Genre: Western spaghetti
Année: 1973
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Paolo Cavara
Casting:
Franco Nero, Anthony Quinn, Pamela Tiffin, Ira von Fürstenberg, Francesca Benedetti, Conchita Airoldi, Romano Puppo...
 

1973 - Franco Nero assure une notoriété gagnée avec des films tels que Django, Le Mercenaire ou encore Le Moine, et Anthony Quinn ("La Strada", "Lawrence d'Arabie"...) est déjà un vétéran des plateaux. Paolo Cavara, lui, est au sommet de sa carrière et vient de réaliser La tarentule au ventre noir, un classique (?) du giallo. C'est aussi l'année de Mon nom est personne. Mais 1973, c'est avant tout une année de plus venant s'ajouter aux folles seventies, décennie d'un déclin bien senti pour le western spaghetti, oscillant alors entre l'auto-parodie/comédie (Terence Hill en tête de file) et le crépuscule dévastateur (Eastwood ? Fulci ?). Et les classiques n'ont pas manqué : Corbucci, Sollima, Fulci, Damiani et même Leone, grand synthétiseur du genre qui en a proposé non pas les exemples les plus forts mais une vision passée par le prisme de l'opéra. Concluons en soulignant qu'un désintérêt de la part d'un public vieillissant s'est fait sentir.

 


Los Amigos nous conte donc l'histoire de deux mercenaires, Erastus 'Deaf' Smith et Johnny Ears, travaillant pour le compte de l'état, au service du président Sam Houston. Il faut dire qu'en ces temps de Guerre de Sécession, ici vers 1830, les rebelles mexicains mènent la vie dure à ce "nouveau pays"... En somme, Los amigos est un western d'apparence "classique".

Mais Los amigos est attachant pour ça : encore plus que dans la grande majorité des westerns en provenance de la botte méditerranéenne, le spectateur est persuadé jusqu'aux dernières minutes que toutes les lignes du scénario ont belles et bien été scellées depuis le début, qu'il ne reste plus qu'à se laisser aller au gré du film. L'amitié entre Anthony Quinn et Franco Nero, l'amourette avec la prostituée (ravissante Pamela Tiffin, ici en fin de carrière après avoir commencé dans "Un, deux, trois" de Billy Wilder) ainsi que la mission qu'ils portent sur leurs épaules... tout semble cousu de fil blanc. L'intégralité des 91 minutes du métrage ressemble en effet, pour nos compères, à une démonstration de leurs talents et de leur plaisir à jouer, plus ou moins réussie selon les goûts. Peut-être aussi a-t-elle l’air d’une divagation nostalgique sur le western spaghetti : Anthony Quinn est sourd muet, comme si le genre n'avait plus rien à dire, et Franco Nero est obsédé par les femmes (à noter la découverte du personnage de Pamela Tiffin, non loin d'un fantasme à la Russ Meyer...), à la manière de la quasi-totalité de la "planète cinéma" face à la puissante érection du cinéma érotique et pornographique. Mais les trente dernières secondes sont porteuses d'une libération annulant l'effet "préconçu" du film ; une surprise qui, en convoquant les ressorts de l'amitié, proposera un point final au genre. Une libération conférant sa valeur à Los amigos et que l'on peut aisément mettre en parallèle avec celle que connaissait alors le spectateur de western spaghetti ; non dénuée d'amertume, certes, mais comme obligatoire pour passer à autre chose. Imaginons donc un public (symbolisé par Franco Nero, véritable icône du genre) ayant grandi en suivant l'évolution du genre : désormais, l'âge de la maturité est arrivé et l'heure n'est plus aux mercenaires, mais aux maîtres-étalons chevauchant des croupes pour le moins toutes nouvelles sur les écrans.

 

 

Mis à part cette attachante et sincère extravagance finale, la bande-originale de Daniele Patucchi ("Au pays de l'exorcisme", de Lenzi) mettra en avant la naïveté des effets du genre, et de fait, l'amitié Nero/Quinn ; deux cow-boys aux coeurs sensibles, préférant mettre fin à une embuscade face aux rebelles pour épargner les bambins rodant non loin, mais s'amusant avec les mitraillettes et se livrant à d'autres acrobaties comme deux éternels prototypes du genre que l'histoire n'aurait pas fait vieillir. Or, leurs actes, à l'image du film, les trahissent : faciles, les dialogues ne font pas forcément mouche.


Sans paraître usé face au genre auquel il appartient, Los Amigos semble donc "vidé". Vidé de son souffle épique, vidé de son aspect révolutionnaire, vidé de tout ce qui faisait le western à l'italienne, ici désamorcé en faveur de l'amitié et de ceux qui, le temps d'un film, auront bien voulu encore y croire.
En réunissant le passé et le présent, Paolo Cavara espère mieux parler du futur. Contentons nous simplement de dire qu'il nous livre un "joli" western.

 

 

The Hard

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