Vampyres (Laurent Courau)
Genre: Vampirisme , Mondo , Document
Année: 2007
Pays d'origine: France
Réalisateur: Laurent Courau
Casting:
Father Sebastiaan, Michelle Belanger, Lord Zillah, Ice Pick, Miguel Valentin, Markus Drake, Lord Taiki...
 

"Vampyres... Quand la réalité dépasse la fiction" est un projet de longue haleine entrepris par Laurent Courau en 2002. A cette époque, il retrouve un ami à lui, Lukas Zpira, artiste spécialisé dans le body art et la modification corporelle. Les deux hommes sont à New-York, plus précisément dans le quartier de Spanish Harlem, l'un des plus chauds de la mégapole. Lukas fait découvrir à son pote le clan des Hidden Shadows à l'occasion d'une fête rassemblant trois à quatre cents Blacks et Portoricains. Les Hidden Shadows constituent l'une des nombreuses "Maisons" vampiriques nées d'un courant "subculturel" au début des années 90. Courau (réalisateur et journaliste indépendant, fondateur de "La spirale", eZine défendant l'idée que les excentriques d'aujourd'hui annoncent le monde de demain) est tellement impressionné par ce qu'il voit qu'il va enquêter et filmer pendant trois semaines sur ce milieu underground très fermé. Il en résulte un reportage de neuf minutes qui sera diffusé dans l'émission Tracks, sur Arte. Mais cela ne lui suffit pas, il veut en savoir plus sur ces étranges vampyres. Courau repart donc pour une enquête approfondie de cette faune pour le moins marginale. D'Amsterdam à Tokyo, en passant par New-York et la Nouvelle Orléans, le journaliste finit peu à peu par être accepté par les vampyres, et notamment Father Sebastiaan. Il achève son reportage en 2006. Dans un premier temps, un ouvrage est publié par Flammarion, "Vampyres... Quand la réalité dépasse la fiction", illustré par des photos de Lukas Zpira. Le film est quant à lui finalisé fin 2007. Il est diffusé en Nouvelle-Zélande et en Australie, où il est piraté et balancé sur le net. En France, il est projeté en septembre 2009 lors de l'Etrange Festival de Paris (un débat entre Courau et les spectateurs, après la projection, est visible sur le site du Chat qui Fume). Enfin, "Vampyres" sort en DVD en octobre 2009, agrémenté d'une flopée de bonus.

 


La genèse de ce projet un peu fou étant à présent connue, qui sont donc ces fameux vampyres ? Ce qui étonne, déjà, c'est l'aspect pluriethnique de cette communauté. Si les Hidden Shadows sont à majorité noire et portoricaine, on trouve aussi des blancs, des latinos, ainsi que des asiatiques. Ils proviennent de toutes les couches sociales, avec toutefois une majorité issue des milieux défavorisés (Spanish Harlem, Bronx...). C'est une évolution marquante par rapport aux précédents mouvements "gothiques" qui ont pu s'afficher auparavant, courants que les Blancs s'étaient plus ou moins appropriés. Mais le temps où Dracula était assimilé à Bela Lugosi ou Christopher Lee est bel et bien révolu. Aux abords des années 1980, la mythologie du vampire a été dépoussiérée, en littérature avec les romans d'Anne Rice, et au cinéma avec des films comme "Génération perdue" ou "Aux frontières de l'aube". Mais le véritable impact est la transposition à l'écran d'un comics : "Blade". Wesley Snipes devient une véritable icône, bien qu'il ne soit pas le premier noir à incarner une créature de la nuit (cf "Blacula"). Il est important de constater qu'avec les films de Kathryn Bigelow et Joel Schumacher (tous deux réalisés en 1987) l'image du vampire n'est plus celle d'un aristocrate mais au contraire celle d'un marginal. Dix ans plus tard, avec "Blade", la technologie a remplacé les pouvoirs magiques. Ces deux critères expliquent cette résurgence d'un mythe qui désormais ne veut plus être assimilé aux gothiques.

 


Et pour bien signifier cette "démarcation", les différents membres de tous ces clans ayant émergé au début des années 1990 se font appeler "vampyres", avec un "y", et non "vampires". Pour eux, le vampire est un personnage de fiction, tandis que le vampyre est un être incarné, et non un mort vivant, ni un être doté de pouvoirs surnaturels.

Aujourd'hui, la subculture vampyrique ressemble à un amalgame hétérogène, qui intègre aussi bien la cyberculture que les ouvrages d'Anne Rice, l'héritage de la "Golden Dawn" et de celui qui la personnifia, Aleister Crowley, des effets de mode vestimentaire alliant l'élégance à la bestialité, en passant par le SM. Le sexe tient évidemment une place importante, de même que le jeu de rôle, et lorsque l'on regarde le documentaire de Laurent Courau, il est difficile de ne pas penser à l'un des JdR les plus populaires dans le monde, "Vampire : la mascarade", édité par White Wolf en 1991.

Chaque clan est affilié à un territoire, mais les vampyres refusent d'être assimilés à un gang. Plusieurs d'entre eux ont pourtant fait de la prison, mais depuis ils affirment être sortis de la délinquance grâce au vampirisme. Cette rédemption peut sembler étrange pour les profanes, d'autant plus que les vampyres sont fiers d'assumer un statut de prédateur.

 


En fait, c'est là où le bât blesse, car après avoir écouté différents témoignages des membres les plus influents de cette "confrérie", on a le sentiment que leur philosophie se résume essentiellement à un look, et d'avoir affaire à des gens qui seraient restés à jamais figés dans une partie de jeu de rôle grandeur nature. De plus, Laurent Courau a joué la carte du journalisme gonzo, méthode d'investigation axée sur l'ultra-subjectivité. C'était probablement pour lui la seule façon de se faire accepter par les leaders des principaux clans, et d'être invité à certaines soirées "spéciales". Toujours est-il que notre œil de spectateur n'aura pas forcément la même vision que celle du réalisateur. Là où il est éberlué de voir Ice Pick (un vampyre black considéré comme un ronin, car n'appartenant à aucun clan) porter un gilet pare-balles et sortir une énorme liasse de billets dans une boutique, la plupart d'entre nous verra simplement un mec qui deale et craint de se faire buter. Là où il croit assister à une inquiétante messe noire, on ne verra qu'une parodie de sabbat qualifiable de risible ou de pathétique, selon notre humeur. Father Sebastiaan a tout du gourou qui "embrume" son monde avec un occultisme de bazar, et Lord Taiki est loin de donner une image crédible de ce qu'il véhicule ; Michelle Belanger, par contre, écrivain et auteur du "Vampyre Codex", apparaît comme foncièrement érudite, et défend intelligemment la cause des vampyres, mais n'a-t-elle pas trouvé par ce biais le meilleur moyen de gagner sa vie ? Et que dire de toutes ses boutiques qui proposent les dernières tendances en matière de tatouages, piercings, fringues, gadgets "cyber", lentilles teintées, et surtout les indispensables implants, allant de la simple paire de crocs en résine jusqu'au très "fashion" Raptor Set ? Il y a là, de toute évidence, un business particulièrement lucratif capable de satisfaire les ambitions de plus d'un. Certains ont les dents longues, et pas seulement pour l'apparat.

 


Mais le plus frustrant dans ce reportage, finalement, c'est qu'on apprend très peu de choses sur les fameux "vampyres". On les voit parader, échanger des banalités, s'éclater en boite, manger des chips, se livrer à quelques trips sado-maso ; les mecs s'habillent pour impressionner, les nanas pour exhiber leurs charmes au maximum. Mais qu'en est-il de leurs réelles aspirations, que cherchent-ils à prouver au monde ? Cela reste relativement obscur, et fort heureusement, certaines interviews intégrées dans les bonus du DVD apportent, si l'on peut dire, un peu de lumière sur ces "enfants des ténèbres". Pas de quoi donner entière satisfaction, mais suffisamment pour connaître un peu mieux ce phénomène marginal. "Le vrai savoir est réservé aux seuls initiés", aiment à répéter les vampyres. "Y-a-t-il vraiment quelque chose à savoir ?" serait-on tenté de répondre.

 

Flint
 
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