Mercenaire, Le
Titre original: Il Mercenario
Genre: Western spaghetti
Année: 1968
Pays d'origine: Italie / Espagne
Réalisateur: Sergio Corbucci
Casting:
Franco Nero, Tony Musante, Jack Palance, Eduardo Fajardo, Bruno Corazzari...
 

1910, le Mexique est aux mains de la dictature soutenue par une fange de la riche bourgeoisie. Un révolutionnaire mexicain loue les services d'un pistoléro polonais afin d'inciter et contribuer à une rébellion massive armée pour redonner au peuple équité et justice.
Dans le camp de l'oppresseur qui voit la révolution croître, on fait appel à un autre mercenaire afin de contrer la montée en puissance des paysans et de ses dangereux représentants (syndicaux), semblent-ils prêts à tout pour renverser le tyran...

 

 

Pas facile pour ma part de m'attaquer à ce "Mercenaire". Pas facile, car ce film que je n'avais pas revu depuis longtemps, fait partie de ce qu'il y a de plus beau et de plus chatoyant au sein d'un cinéma de quartier à jamais perdu. Ayant revu il y a peu "Le Spécialiste" et surtout "Navajo Joe", et même si ceux-ci n'accèdent pas au niveau très élevé de ce Corbucci là, ils recelaient, surtout pour le second, de si fabuleux moments de cinéma que je me suis surpris à parler seul devant mon téléviseur (eh oui), dans un élan lyrique et solitaire, criant "Quand même, quel beau cinéma que celui-ci !".
Je ne vais pas refaire l'histoire du Western Spaghetti ici, il faudrait pour cela du reste, que j'ai eu accès, puis le temps de les voir, à tous les films du genre, néanmoins ils sont rares les spectacles de cette qualité et il faudra bien qu'un jour l'intelligentsia rejoigne enfin le populaire qui a su consacrer en son temps les quelques poignées de chef-d'oeuvres de Corbucci et Sollima ("Saludos Hombre" / "Le dernier face à face"), de Fulci ("Le Temps du Massacre") et Damiani ("El Chuncho"), qui trônent comme des joyaux de cinéma pur, en même temps que de rester bien trop enfoui sous le poids de la reconnaissance "leonienne". Dire qu'on peut lire ici et là les qualificatifs "Putassier" à propos du pourtant fondateur "Django" (terme que pourtant que garderai davantage pour Sergio Leone), lire également ceci "Le western spaghetti par excellence (dans le mauvais sens du terme) qui sacrifie outrageusement à la vérité politique et à la véracité scénaristique pour afficher démesurément tueries et massacres en série" à propos du film auquel je viens consacrer ici le plus grand et sincère hommage qui lui revient et qui ne m'a procuré que surprises et plaisir de chaque instant.

 

 

Du cinoche total qui met en éveille chacun des sens du spectateur. Je passe assez vite sur la partition d'Ennio Morricone, tant il va de soi qu'en plus d'être parfaite, elle atteint une sorte de firmament dans le beau en même temps que dans l'immense dimension qu'elle parvient à insuffler à un film qui n'en manque déjà pas. Le film existe déjà par lui-même et la musique non seulement raconte sa propre histoire mais vient malgré tout exploser l'ampleur de la tragédie "mélancolico happy" des personnages et du film en général. En même temps de nous transporter, elle hante ce "Mercenaire" par une sublime symbiose, parachevant de donner à cette oeuvre laconique, cynique, mélancolique, désabusée, pessimiste, tragi-comique, tout le relief nécessaire à la plus belle mise sur orbite qui soit.
On sera tenté de la rapprocher de "Companeros" tourné deux ans après, tant les similitudes y sont nombreuses, "Le Mercenaire" et ce spectacle achevé font partie de ceux qui donne envie de revoir une nouvelle fois des films que l'on croit connaître par coeur, histoire de les comparer bien sur, mais surtout pour se replonger dans un univers dont on a peine à se dégager tant l'oeuvre qu'on vient de (re)découvrir, nous ayant tellement comblé, hantant la mémoire de manière nostalgique sitôt le film fini, qu'on a hâte de se replonger vite fait bien fait dans le même univers.

"Le mercenaire" est un film magique. Un trésor que l'on nous cache que trop. Peu ou pas de diffusions télé, pas de dvd zone 2 semble t-il disponible sur le marché européen. Et pourtant rarement le western n'a été aussi libre et engagé. A l'instar du "El Chuncho" de Damiano Damiani, comment ne pas voir ce qu'a pu emprunter ici monsieur Leone avec son excellente variation américanisée sur la révolution ? Dans quel autre western voit-on un avion bombardier se faire shooter par un arriviste révolutionnaire ? La vérité historique ? peuh !

 

 

N'y a-t-il pas de place pour le spectacle ? Quand bien même il recèlerait d'anachronismes en série, ceux-ci ne sont là que pour mieux témoigner d'une époque, de celle où un cinéaste engagé, limite furieux, se permet de sacrifier cette sacro-sainte vérité historique au profit d'un symbolisme politique des plus réjouissant. Les dictateurs ont l'argent, ils ont donc les armes, le pouvoir et le pouvoir des armes. Les révolutionnaires n'ont plus que leur nombre et leur foi, et les concessions se feront malgré tout par les riches ou les arrivistes en quête de noblesse d'âme (Franco Nero).
Les acteurs sont splendides, le plus étonnant restant peut-être Tony Musante ("L'oiseau au plumage de cristal"), dans un personnage que l'on semble pourtant connaître, qui rappelle à la fois Mario Adorf de "Navajo Joe", le Gian Maria Volonte de "El Chuncho", le "Pingouin" Tomas Milian dans "Companeros" ou le Eli Wallach du "Bon la brute et le truand". Celui-ci fait des étincelles et de même comment oublier ce grand moment au sein du cirque dans lequel le révolutionnaire mexicain alors habillé en clown, se voit contraint dans un clin d'oeil irrévérencieusement provocateur envers Leone, de se battre en duel contre Ricciolo (alias "Le Bouclé"), campé avec génie par un Jack Palance gay à la solde des dictateurs, incarnant ainsi l'envers du personnage de Kowalski (alias "Le Pollak"), grandement joué par un Franco Nero, tiraillé entre opportunisme, vanité et quête existentielle.
Il faut voir la façon dont Jack Palance se signe avant de mettre à mort, sa manière sadomasochiste de respirer à fond l'air ambiant, l'oeil scintillant de plaisir avant de se battre. Il faut le voir partir nu, bombant le torse, sous les rires narquois des Companeros, vu l'à priori petite taille de son sexe. Ailleurs les références religieuses et ironiques ne manquent et "Le Pollack" se verra crucifié le temps d'une scène (comme souvent l'a été Franco Nero ! / "Keoma" / "Django"), sauf que pour cette fois, le Christ est entouré de ses douze apôtres, Les douze mexicains révolutionnaires en fait...

 

 

Que dire d'autre, sinon que le spectacle est presque parfait sinon parfait et tellement riche en sens, qu'il conviendrait de populariser encore davantage ces films là. Soit, le film est pour le peuple et lui revient originellement de droit, mais que le peuple ne rende pas la monnaie de sa pièce à l'intelligentsia en le snobant, se gardant seul pour lui ce genre de trésor qu'est "Le Mercenaire", au lieu de le partager dans un même élan extrême gauchiste dont est pourvu le film de Corbucci, serait une erreur. Même si le temps passant, cet état d'esprit politique et social semble révolu, en même temps que les préoccupations qui les sous-tendent, tellement proches...

 

Note : 9/10

 

Mallox
 
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