Brigade des moeurs
Genre: Polar , Thriller
Année: 1985
Pays d'origine: France
Réalisateur: Max Pécas
Casting:
Thierry de Carbonnières, Gabrielle Forest, Christian Barbier, Jean-Marc Maurel, Phify, Jean-Pierre Bernard, henri Lambert, Pascale Roberts...
 

Bois de Boulogne - Deux motos passent au milieu des prostituées et des travestis. Les motards sortent des armes et tirent : c'est l'hécatombe. Parmi les morts, Dolorès, un indic de l'inspecteur Gérard Lattuada. Celui-ci mène l'enquête sur ce qui est manifestement un règlement de comptes, vu le nombre de morts. Grâce à Véronica, une prostituée du quartier de l'Opéra que Gérard connaît depuis longtemps, il arrive jusqu'au Grec. Démétrios Stéphanopoulos est connu depuis longtemps pour ses trafics et ses activités de proxénète gérées par sa femme, Madame Alice.

 

 

Max Pécas est avec Jean Rollin l'un des rares réalisateurs français réellement culte, et surtout (re)connu à l'étranger comme un vrai artisan du bis. La carrière de Pécas commence en 1960 avec "Le cercle vicieux", premier polar d'une série où le réalisateur mélange suspense, violence et un zeste d'érotisme. Au début des années septante, il tourne nombre de pornos soft et films érotiques, avant de trouver sa voie à la fin de la même décennie grâce au succès de "Marche pas sur mes lacets" (1977).


La recette de Pécas est simple : jolie fille peu farouche, jeune con sympa et humour au raz des pâquerettes. C'est à cette époque que Max réalise son chef d'oeuvre, Brigade des moeurs, coincé entre deux comédies mongoles : "Les branchés à Saint-Tropez" (1983) et "Deux enfoirés à Saint-Tropez" (1984). Le film, écrit avec son fils, est un polar malsain et racoleur comme un roman de gare. On touche ici au pur génie, et Pécas signe peut-être le meilleur polar "rillettes" de tous les temps. Il faut dire qu'à l'époque, le genre n'était pas encore une institution télévisuelle faisandée par des rouquines ménopausées, et le brave commissaire Moulin était bien seul sur les petits écrans.

 

 

Le genre, malgré la concurrence des séries américaines qui débarquaient en force sur les petits écrans, pouvait encore cartonner en salles, comme le prouvait les succès du "Marginal" (1983) avec Belmondo, ou de "Parole de flic" (1985) avec Delon. Dans le sillage de ces productions, on trouve aussi pas mal de films "oubliés" mais hautement jouissifs qui, faute de "grande ?" star, mélangeaient allégrement sexe et violence, histoire d'appâter le spectateur. Parmi ces "chefs d'oeuvre", on peut citer "Flics de choc" et son réseau de proxénètes dirigé par une Mylène Demongeot boîteuse, ou "L'Exécutrice" avec Brigitte Lahaie guère avare de ses charmes. Au milieu de tout cela, et sans prévenir, Pécas balance son "Scud" qui deviendra une référence du genre. Vulgaire, putassier, misogyne, complètement déjanté, réactionnaire et incroyablement gore (pour un film policier), le film se taille une réputation de tous les diables parmi les rares personnes ayant eu la chance de le voir.

Dès les premières images, on sent que l'on n'est pas en présence d'un film consensuel. En effet, une bande de travelos racolent joyeusement en exhibant leur quéquette aux chalands. Arrivent des motards qui dézinguent tout ce beau monde au fusil à pompe. La suite se déroule dans une salle d'autopsie, où les cadavres sont étalés sur des tables comme des jambons, le bide éclaté ; là, on se croirait vraiment dans un D'Amato crapoteux. A peine quelques minutes de métrage et Pécas tord le coup à nombre de tabous. La suite nous réserve son lot de gâteries et de dialogues savoureux. Tentative d'extraction d'ovaire au tesson de bouteille, massacre au fusil à pompe, coups de hachoir en pleine tronche, torture au cran d'arrêt, main sectionnée, une maquerelle qui s'échappe d'un commissariat avant de se rétamer deux étages plus bas... que du bonheur en somme ! On était certes habitué à ce genre de joyeusetés dans quelques poliziottesci italiens, mais rarement dans le polar bleu, blanc, rouge (sang !).
A force de rechercher un soi-disant réalisme, Pécas nous livre sa vision d'un monde parallèle fascinant, où les putes sont belles comme des chanteuses de variété (Lillemour Jonsson, magnifique) et nous emmènent dans leur appartement en R5 ; les flics sont ténébreux et un rien réactionnaires, et les méchants... très méchants, au point de vouloir torturer la belle héroïne à l'acide.

 

 

Évidemment, une telle production n'a pas vraiment de "star", à part le belge Christian Barbier, inénarrable "Homme du Picardie" et solide second rôle. La production fait surtout la part belle aux débutants et aux gueules pas possibles. En tête, un incroyable Jean-Marc Maurel ("Joy et Joan", "Train d'enfer"), qui interprète un méchant - tendance pédé cuir - bien atteint comme on les aime ; et son bras droit, un gros dégueulasse interprété avec une conviction inquiétante par Phify (qui finira grillé comme un cochon de lait). Le reste du casting est tout aussi folklorique et ne manque pas non plus de charme, comme Pascale Roberts, actrice des années soixante jouant surtout les femmes fatales, et qui enseigne maintenant le théâtre, ou la belle Gabrielle Forest (une sorte de Carole Bouquet chaude comme la braise, et magnifique en petite culotte) qui malheureusement n'a pas persévéré dans le cinéma, préférant la télévision et le théâtre. En caméo, dans le rôle d'une inspectrice, les amateurs reconnaîtront Brigitte Lahaie (qui tourne sous le pseudo Brigitte Simonin), et dans un rôle plus consistant Muriel Montossey (ou Montossé ?), qui fit une belle carrière dans le bis (Fascination, "Love Camp", "Call of the Blonde Goddess"...) avant de squatter l'émission de Fabrice : "La Classe". A noter, un fidèle des productions Pécas, le regretté Ticky Hogado qui nous fait une apparition quasi subliminale.


Brigade des moeurs est une excroissance cinématographique pleine de bonheur, qui nous prouve que la France peut aussi se vautrer dans le bis crapoteux comme on l'aime ; un film (ré)jouissant et où le réalisateur se permet même quelques fantaisies de mise en scène, (comme un massacre au fusil à pompe en caméra suggestive, la caméra suivant le canon du fusil). Bref, malgré ses nombreux défauts (et il en a, le bougre), voilà ce qu'on appelle un mauvais film particulièrement savoureux.

 

 

The Omega Man

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