7 Murders for Scotland Yard
Titre original: Jack el destripador de Londres
Genre: Giallo
Année: 1971
Pays d'origine: Espagne / Italie
Réalisateur: José Luis Madrid
Casting:
Paul Naschy, Patricia Loran, Renzo Marignano, Orchidea de Santis, Andrés Resino, Irene Mir, Franco Borelli...
Aka: Sette cadaveri per Scotland Yard / Seven Murders for Scotland Yard / Jack the Mangler of London
 

Une femme chez elle, se déshabille, une prostituée semble-t-il. Elle attend allongée à demi-nue sur son lit un client, lequel s'approche un couteau à la main puis l'éventre sauvagement. Des bottes s'en vont ensuite, descendant lentement les marches de l'immeuble pour le quitter... On retrouve un homme seul dans un bar. Celui-ci en sort enfin et se met à boitiller dans les rues de Londres la nuit tombée. Rentrant chez lui, il se fait racoler par une prostituée lui demandant s'il veut faire l'amour... Pour toute réponse, l'homme lui envoie une bonne baffe.

 

Une fois rentré, et après avoir engueulé sa femme pour être en retard à son boulot (faire le trottoir en gros), notre homme, Peter Dockerman, repense à quand il était trapéziste. Il repense également à son accident dans le cirque où il exerçait depuis des années. Un numéro l'a laissé estropié après une chute qui aurait pu s'avérer mortelle.
Peter décide de ressortir boire un coup. Durant ce temps, sa femme est elle aussi sauvagement assassinée, et le cadavre est rapidement retrouvé. Scotland Yard enquête. Le trapéziste possède un solide alibi et le spectateur en est témoin : il se battait dans un bar à ce moment là contre deux types se moquant de lui, le pauvre alcoolique, et de sa "pute" de femme.

Le temps passe, la piste menant à Peter Dockerman est laissée de côté, l'homme ayant un alibi. Pourtant, d'autres meurtres similaires ont lieu. Bientôt, la police reçoit un coup de téléphone anonyme annonçant un crime à l'adresse où habite le trapéziste déchu. Celui-ci se réveille avec un cadavre à ses côtés (la princesse Irina, avec laquelle il entretenait une liaison d'une nuit), et l'instrument du meurtre au sol, un couteau. Comprenant qu'il sera soupçonné puis condamné devant l'évidence, il s'enfuit.
Durant ce temps, dans une cave obscure, un gant noir met des organes dans des flacons remplis de formol...
Après s'en être pris en premier à sa femme, toutes les femmes croisant le chemin de notre ex-trapéziste semblent courir un danger. Pourtant, la chasse à Peter Dockerman est ouverte ! Coupable ou non, comment expliquer que Dockerman soit toujours lié de plus ou moins près aux victimes ?

 

 

Malgré un titre prometteur, et malgré la présence de Paul Naschy au générique, disons-le d'entrée, 7 Murders for Scotland Yard est un thrillo-psycho-killer assez décevant. Il puise logiquement chez ses cousins italiens et dans un genre alors très en vogue, le giallo, tout en délaissant le style, sinon la stylisation qui souvent lui est associée. Jack el destripador de Londres manque à la fois d'excès, d'exubérance et d'imagination, et s'avère somme toute trop classique pour convaincre pleinement et emballer son monde.
Au regard de son titre (tout du moins l'italien et l'anglais, le titre original faisant allusion à la façon de procéder du tueur, assez similaire au légendaire Jack l'éventreur), tous les ingrédients étaient réunis pour livrer un giallo de bonne augure : violent, érotique, schizoïde, glauque, émaillé de mises à mort puis d'enquêtes et de poursuites en bonnes et dues formes, sauf que la mise en scène de José Luis Madrid manque d'élégance et de panache. Rien y fait, il y aura bien sept morts au rendez-vous comme annoncé dans le titre (et même plus), mais le tout lors d’un spectacle assez terne et redondant.

Pourtant... Cela ne commence pas trop mal, avec une première scène où une prostituée reçoit un client avant de se faire trouer dans une scène évoquant "Le Voyeur" de Michael Powell. La musique de Piero Piccioni s'emballe sur un rythme jazzy rythmé et légèrement stressant, pas trop loin d'une partition de Schifrin. Un bon moment aussi lorsque le commissaire déboule dans le "laboratoire" de l'éventreur et ses flacons remplis de membres humains. Cependant, même dans ces moments réussis, certains détails fâchent et finissent par saper le reste. En témoigne, dans cette même scène, un homme descendant lentement les marches -probablement le coupable- et un commissaire mettant plusieurs secondes à l’entendre, alors qu'il est de manière logique aux aguets et, en tout cas, n'est pas sourd. Découvrant l'identité de l'assassin, il ne se montre pas plus apeuré que cela, se demandant même quel sort celui-ci lui réserve. Inutile par ailleurs de préciser que le spectateur aura anticipé depuis longtemps l'identité du Néo Ripper from London.
Bien entendu, dans ce scénario répétitif et cousu de fil (Erika) blanc, le soupçonné à tort aura aussi sa part de revanche et de réhabilitation.

 

 

Soit, comme dit avant, le quota de meurtres et de morts est atteint. Cependant, ils s'accumulent de façon trop linéaire et sans suffisamment de soin apporté à la mise en scène (sans compter la pauvreté du nombre de situations dans lesquels ils se déroulent) pour que ces mises à mort revêtent une importance spécifique, même si, selon la victime, l'empathie ne devrait pas être la même. Voilà donc en gros où pêche 7 Murders for Scotland Yard : Madrid livre un film à l'intrigue trop classique, aux situations convenues et avec des protagonistes aux contours trop épais. Toutefois, il est difficile de dire pour autant que ce giallo paëlla ennuie. Mais il est difficile également de ne pas penser ce qu'auraient filmé à sa place des cinéastes plus inspirés à l'époque, en tout cas dans ce genre ci. Nul doute que le Londres ici dépeint, se limitant le plus souvent à quelques coins de rues sombres aux trottoirs humides, aurait laissé place à un univers plus chatoyant. En témoigne tout un monde glauque sous-jacent qui, via par exemple les enseignes de Night Club montrées en début de bobine, interpelle pour ne jamais être ensuite exploré dans un genre où la perversité, pourtant, se doit d'être reine. Un Sergio Martino derrière la caméra n'aurait certainement pas manqué l'occasion d'aller ouvrir cette porte qui restera ici obstinément close.

Pour le reste, José Luis Madrid (Los crímenes de Petiot, un autre giallo basé sur un tueur en série ayant existé) se contente de suivre certains préceptes Hitchcockiens, avec cet homme que tout accuse ("Le faux coupable", "Les 39 marches", "La mort aux trousses"...). Un faux coupable qui, pour se disculper, devra trouver lui-même l'assassin. Inutile de dire qu'au niveau giallo paëlla, son homologue Leon Klimovsky fera beaucoup mieux sur le même registre avec son savoureux Une libellule pour chaque mort en 1974. On y retrouvera du reste un Naschy exploité de façon plus subtile et beaucoup moins monolithique qu'ici. Ni ennuyeux, ni transcendant, rarement inventif, Seven Murders for Scotland Yard se regarde, mais manque par trop de relief pour faire partie des véritables réussites du genre.

 

 

Mallox

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