Psychomania
Genre: Bikesploitation , Horreur , Thriller , Sorcellerie
Année: 1973
Pays d'origine: Angleterre
Réalisateur: Don Sharp
Casting:
Nicky Henson, Mary Larkin, Ann Michelle, George Sanders, Beryl Reid, Robert Hardy, Denis Gilmore...
Aka: The Death Wheelers
 

Tom Latham est un jeune homme perturbé, vivant dans un vaste manoir avec sa mère, veuve depuis dix-huit ans, et qui a reporté tout son amour sur son fils unique. L'autre homme de la maison s'appelle Shadwell, le majordome. Mais ses fonctions dans la demeure ne se limitent pas à de simples taches domestiques. Shadwell est un sorcier ayant le pouvoir de contracter des pactes avec les puissances démoniaques. Mrs Latham, médium à ses heures, organise des séances de spiritisme avec quelques bourgeois tranquilles de cette petite bourgade anglaise si paisible... en apparence. Oui, car le passe-temps favori de Tom consiste à terroriser la population à moto avec sa bande de copains. Ce petit groupe (six filles et deux garçons), baptisé "The Living Dead", aime à se rassembler dans un endroit appelé "The Seven Witches", où des menhirs sont alignés en cercle. Un ancien lieu païen transformé en quartier général pour une bande de jeunes désœuvrés, prenant plaisir à semer la pagaille en ville et sur les routes, puis provoquer des accidents au mépris du danger.

 

 

L'appétit de violence qu'éprouve Tom, loin d'être rassasié, ne cesse de croitre. De plus en plus attiré par le mal, et sachant que sa mère ainsi que Shadwell sont versés dans les sciences occultes, il demande à être "émancipé". Tom passe donc l'indispensable rite initiatique, devant le conduire à l'ultime épreuve dont la récompense n'est autre que l'immortalité. Paradoxalement, il faut d'abord se suicider avant de devenir immortel. La clé de la réussite implique que la personne croit en sa renaissance, et n'ait pas peur d'affronter la mort.
C'est en échappant à des policiers lancés à sa poursuite que Tom va estimer que le moment est venu. Le motard fonce à toute allure contre la rambarde d'un pont et finit sa course dans la rivière située en contrebas. Son cadavre est retrouvé ; Latham est enterré sur le site des "Seven Witches" avec sa moto.
Incrédules, ses compagnons le voient revenir le lendemain comme si rien ne s'était passé. Sauf qu'à présent, Latham est immortel, invulnérable et insensible à la douleur. Il convie alors ses amis à faire la même chose que lui...

 

 

Après Jimmy Sangster (décédé en août 2011), la firme Hammer a perdu récemment un autre de ses talentueux artisans, Don Sharp, en décembre de la même année. On lui doit notamment Le baiser du vampire, belle réussite du cinéma gothique malgré l'absence des deux vedettes du genre, Christopher Lee et Peter Cushing. L'année suivante, en 1964, il embraye avec autre film d'horreur, à petit budget et tourné en noir et blanc, "Witchcraft". Avec ce film, Don Sharp confirme son savoir faire dans le créneau fantastique. Mais le cinéaste se montre habile également dans le film d'aventures, avec "Les pirates du diable" et "Le masque de Fu-Manchu", entre autres. En 1966, il livre pour la Hammer une œuvre moins spectaculaire mais non dénuée d'intérêt autour du personnage de Raspoutine, avec encore une fois Christopher Lee dans le rôle titre ("Raspoutine le moine fou").
Après une parenthèse pour la télévision (ponctuée par trois épisodes de "Chapeau melon et bottes de cuir" période Tara King), Don Sharp revient vers le créneau horrifique avec "Le manoir des fantasmes" ("Dark Places") et donc Psychomania, ce dernier n'ayant jamais été distribué en France.

 

 

L'ouverture de Psychomania reste un moment inoubliable, auréolé de magie, où le spectateur plonge dans l'irréel, comme dans un rêve. Sur fond musical de rock progressif, avec des sons de guitares saturés, un groupe de bikers roule au ralenti dans une campagne enveloppée par la brume, d'où émergent des menhirs alignés en cercle. De loin, les casques des motards évoquent des têtes de mort. La troupe quitte lentement le sanctuaire avant d'arpenter le bitume des routes, à la nuit tombée.
Le film démarre donc très fort, et va maintenir constamment l'intérêt du spectateur, grâce à son ambiance mêlant avec réussite plusieurs genres. Psychomania a des allures de thriller horrifique doté d'une bonne dose d'humour noir. On ne compte plus les répliques qui font mouche, notamment lorsqu'un flic demande à Jane où elle habite, et qu'elle répond... au cimetière ! Les scènes mémorables ne manquent pas non plus, avec en point d'orgue la résurrection de Tom sur le site druidique. Tandis que celui-ci a été enterré avec sa moto, vient alors un quidam qui se trouve là par hasard (après être tombé en panne d'essence). Il entend des bruits de moteur, puis est le témoin d'une vision d'apocalypse : un motard surgit hors de la terre avec son bolide puis disparaît dans la brume, après avoir renversé le malheureux. Une idée que Michele Soavi reproduira bien des années plus tard avec son magnifique "Dellamorte Dellamore". De même, les différents passages au cours desquels les membres de la bande cherchent à se suicider sont caractérisés par un humour britannique fort savoureux. Le film est parsemé d'une touche surréaliste pas désagréable, que l'on retrouve à intervalles réguliers (le rite initiatique de Tom dans la toute première partie, les policiers planqués dans la morgue vers la fin).

 

 

Après, dans un film de ce genre, on appréhende toujours un peu la fin, craignant une chute plus ou moins foreuse, sinon ratée. Là, ce n'est pas le cas, et Don Sharp achève le boulot comme il l'avait commencé : en beauté ! Un épilogue logique, cohérent (encore fallait-il y penser), qu'il convient de ne pas dévoiler. Sachez seulement qu'après la vision de Psychomania, on ne verra plus un menhir de la même façon.
Niveau casting, la politesse convient de parler d'abord des "ainés". En cela, le duo composé par Baryl Reid (Mrs Latham) et George Sanders (Shadwell) donne entière satisfaction. Pas étonnant, de la part de ces deux acteurs à la filmographie prestigieuse. De Beryl Reid, on retient entre autres ses compositions dans "Faut-il tuer Sister George" et Le retour de l'abominable Dr Phibes, sans oublier quelques séries B comme "Le monstre des oubliettes". Et que dire du "classieux" George Sanders, rendu célèbre par ses rôles dans "Rebecca", "All about Eve", "Salomon et la reine de Saba" et "Le village des damnés".
Ironie du sort, il se suicidera dans une chambre d'hôtel près de Barcelone peu de temps après le tournage, las de la vie, et usé par la maladie. Savoir que dans Psychomania, Sanders incarne un personnage qui ouvre les portes de l'immortalité en passant par le suicide, et apprendre qu'il se donne la mort pour de vrai après cette dernière performance d'acteur a quelque chose de troublant.

 

 

Quoi qu'il en soit, respect Monsieur Sanders, et les petits jeunes qui vous côtoient dans Psychomania ne sont pas mal non plus. A commencer par le méchant Tony, joué par Nicky Hanson, dans un rôle proche de celui de Malcolm McDowell dans "Orange mécanique". Aperçu dans "Le grand inquisiteur" et "Les temps sont durs pour Dracula", Hanson se fera essentiellement remarquer pour son rôle titre dans "Tom Jones" en 1976. Au sein de la bande des "Living Dead", on retiendra également les noms de Denis Gilmore (La tombe de Ligeia) et Ann Michelle, qui jouait avec sa soeur Vicki dans Sorcière vierge, et que l'on verra ensuite dans "House of Whipcord" de Pete Walker.
Un mot enfin sur Robert Hardy, dans la peau de l'inspecteur de police chargé de l'enquête. Acteur talentueux issu du théâtre, on a pu le voir entre autres dans Le cercle de sang et une production Hammer peu connue mais pourtant estimable, "Les démons de l'esprit".


Avec Psychomania, Don Sharp signait peut-être l'un de ses films les moins renommés (si l'on excepte les longs métrages au début de sa carrière, avant "Le baiser du vampire"). Pourtant, son côté "exploitation" n'en fait pas moins une œuvre ambitieuse, dégageant une ambiance onirique et macabre indéniable et retenant l'attention du spectateur sans temps mort (si l'on peut dire). Parsemé de quelques touches d'humour percutantes, il s'agit là d'un film de bikers qui sort vraiment des sentiers battus, avec une musique peu envahissante mais envoutante à souhait, collant parfaitement aux images d'une campagne anglaise aussi belle qu'inquiétante. En anglais, sharp a beaucoup de significations, parmi lesquelles tranchant, affuté, vif, soigné, malin et intense. Des qualificatifs correspondant très bien à Psychomania, somme toute.

 

 

Flint

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