28 jours plus tard
Titre original: 28 Days Later
Genre: Horreur , Post-apocalypse
Année: 2002
Pays d'origine: Angleterre
Réalisateur: Danny Boyle
Casting:
Cillian Murphy, Naomie Harris, Christopher Eccleston...
 

Un commando d'écologistes, en voulant libérer des singes d'un laboratoire de recherche, permet à un virus redoutable de se propager, transformant les êtres vivants en bêtes sanguinaires... 28 jours plus tard, Jim se réveille, à l'hôpital de Londres : il sort du coma. La ville est déserte...

 

 

- Docteur, je souffre.
- Quels sont vos symptômes ?
- Tout a commencé lorsque j'ai vu ce film, "28 jours plus tard". Auparavant, j'étais persuadé d'être un bon cinéphile, voire un critique respectable. Mon amour pour les films d'horreur me semblait pur. J'avais même appelé mon chien Romero.
- C'est tout naturel.
- Mais voilà, depuis ce film, je suis perdu. On me l'avait décrit comme un simple film de zombies... Je m'attendais donc à un film dans la pure tradition zombiesque, qui aurait appliqué à la lettre les sacro-saints versets bibliques dictés par notre père Romero il y a déjà plus de quarante ans. Si le cinéma devait évoluer d'une façon ou d'une autre, ça se saurait.
- Cela va sans dire.
- Mais dans "28 jours plus tard", tout est différent. Les zombies ne sont même pas des morts, mais des hommes infectés par un mal nommé "rage"... Celui-ci n'est d'origine ni chimique, ni organique, mais est un improbable et métaphorique virus psychologique.
- C'est une hérésie !
- Danny Boyle parle de "fantaisie". Mais ce n'est pas tout ! Ces zombies ne se contentent pas d'errer, hagards, en traînant les savates et en gargouillant quelques râles étouffés. Non : ils courent, ils hurlent, gesticulent comme des diables et sont même de fervents adeptes de la sodomie, même si Danny Boyle reconnaît que le montage final a plus ou moins passé sous silence ce détail. Du reste, il ne reconnaît même pas son film comme étant un "film de zombie", même si il comprend qu'on puisse établir un parallèle. Pire encore : cet insolent n'a même pas glissé sa pléthore de clins d'oeil convenus au grand maître du genre. Non, rien, même pas le bon vieux coup de la pierre tombale avec gravé "G. Romero" dessus. En ce qui concerne les deux seuls éléments qui semblent être des hommages volontaires (la scène du supermarché et le zombie noir enchaîné dans le camp militaire), le scénariste du film parlera plus volontiers de "repompage".
Même si on ne reproche pas à tous les films de guerre de montrer des combats ni à tous les films d'amour de montrer des bisous, il semble impardonnable qu'un scénariste explore aussi spontanément les joies de l'apocalypse sans se mettre à genoux devant ses pères spirituels. Comment ose-t-il, sans délicatesse aucune, voler à Romero son concept si personnel, le milieu cinéphile s'étant pourtant mis d'accord pour lui accorder l'unique propriété du mythe du zombie ; même si tout le monde sait que "Night of the living dead" n'était pas le premier film de zombie, et que le mythe du zombie lui-même de toutes façons n'est qu'une sous-branche du vampirisme reconnue officiellement par l'église catholique depuis 1484 sous le règne du pape Innocent VIII.

 

 

- Un film déraisonnable, brûlons-le.
- Danny Boyle ne vient pas de l'école "horreur", et ça se ressent. Une bouffée d'air frais souffle sur ce film décomplexé. Il refuse tout effet facile (ayant même trafiqué la bande-son pour "gommer" les bruits qui auraient pu faire sursauter), tout cloisonnement de genre (explorant sans complexe tout le spectre des émotions humaines, même celles habituellement délaissées par l'horreur), et toutes conventions de style (filmant entièrement en DV, ce qui confère aux images une crudité et un cachet inoubliable). Ses influences sont diverses et proviennent davantage de faits historiques (catastrophes naturelles...) que des "grands noms" de l'horreur. Le traitement du film entier est complètement éloigné des conventions du genre, ce qui, doublé d'une écriture assez classique, offre un résultat ambigu et personnel. On perd ses repères : les acteurs sont même bons ! A l'image de Cillian Murphy, qui donne ici à son personnage un poids et une humanité ahurissante, progressant tout le long de l'histoire du jeune paniqué anodin à l'animal brutal et haineux.
- Une oeuvre de drogués, sûrement...
- Comprenez mon désarroi... Mais en bon français tout francisant que je suis, à qui on a fait lire du Molière depuis la classe de 6ème, je me suis bien entendu mis en quête d'un profond message, d'une signification transcendantale, d'une quelconque émanation gauchiste ; puisqu'un film d'horreur ne peut que s'excuser d'en être un. D'ailleurs, le récent "Land of the dead" de Romero a définitivement prouvé que le genre horreur était bien le mieux adapté à la politisation, sans que celui-ci ne perde de son énergie vitale.
- C'est une question de bonne manière, en effet.
- J'abonde dans votre sens... Sans ça, on culpabiliserait tous (les réalisateurs en premier) d'aimer simplement l'horreur pour ce qu'elle est. Mais rien ! Pire : moins que rien. J'ai tenté de me convaincre que la première scène était un pamphlet contre les dérives de l'écologie mais il semblerait, selon les commentaires des créateurs du film, qu'il ne s'agisse que d'un prétexte auquel ils ne prêtent guère d'importance. Ce film est anti-intellectuel, il accumule les invraisemblances et les scènes gratuites, privilégiant les choix esthétiques et symboliques.
Imaginez un peu l'introduction : à peine le personnage principal se réveille-t-il sans difficulté de son coma ayant duré près d'un mois qu'il traverse alors un Londres dévasté : la ville est absolument vide (pas un cadavre, pas une âme qui vive ou un zombie qui rôde). Et le scénariste s'en justifie : "L'atmosphère et le surréalisme prennent le dessus sur l'intrigue". Le pire, c'est que cette scène clef sur laquelle s'ouvre le film, mise en musique par un groupe de rock alternatif anarchiste québécois, est absolument saisissante : les images de la capitale déserte, muette, au levé du soleil, provoquent des émotions insoupçonnées, ça vous en écrase presque la poitrine.
- Un instant je vais prendre quelques notes... (*il sort un crayon*). Je vous écoute ?
- Autre exemple : pendant un plan seulement, présentant les personnages traverser un champ de fleurs en voiture, l'image se transforme en une sorte de peinture inspirée de Van Gogh via un effet 2D. L'explication, je vous la demande ? Il n'y en a pas ! "Parfois il faut faire des choses pas rationnelles, sans explications. Le film vit dans son monde, ce qui n'est pas plus mal."
- Le seul intérêt de ce film serait de faire vibrer la corde sensible du spectateur sans accompagner une virulente critique sociale ? Comment ce film a-t-il pu vous troubler ?
- Je l'ai aimé. Je me suis flagellé pour m'en expier, mais rien à faire, je persiste à le visionner en ressentant le même frisson originel. Son pessimisme me frappe frontalement, sa description graphique et expressionniste d'une humanité au bord du gouffre m'émeut toujours. Ne symboliserait-il pas l'art à son meilleur : quand il vous touche et vous prend aux tripes, tout simplement, sans fonctionner comme un algorithme froid ou un langage sophistiqué snobinard.

 

 

C'est bourré de vrais moments de cinéma, c'est complètement décalé sur la forme, et malgré une toute première scène un peu cheap et une conclusion un poil trop optimiste (rajoutée plus tard, Danny Boyle trouvant son propre film trop traumatisant), il m'en reste un arrière goût terrible et puissant, emprunt de cette fascination morbide et de ce nihilisme évidents desquels a émergé le film. Partisan de "l'art pour l'art", Danny Boyle nous raconte une histoire, de la façon la plus immédiate possible, cherchant juste à nous faire partager ses émotions, c'est tout. La critique, quand elle ne l'a pas snobé, reproche au film d'être "vain". Pour moi, c'est un film humain et raffiné qui redonne sa place à l'absurde, qui a tendance à se perdre de nos jours. C'est esthétique, poignant, différent...
- Hum... Votre mal est étrange. Il serait raisonnable de vous mettre en quarantaine, pour un temps seulement. Je crains une contagion...

 

Croustimiel
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