Paprika
Genre: Erotique
Année: 1991
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Tinto Brass
Casting:
Debora Caprioglio, Stéphane Ferrara, Martine Brochard, Stéphane Bonnet, Rossana Gavinel, Valentine Demy, John Steiner, Riccardo Garrone, Paul Muller...
Aka: Los burdeles de Paprika / Paprika : Life in a Brothel
 

A la fin des années 50 en Italie, une jeune femme quitte sa campagne au bord de l'Adriatique en compagnie de son petit ami Nino. Ce dernier a besoin d'argent pour monter son commerce, aussi a-t-il proposé à sa fiancée de travailler dans une maison close une quinzaine de jours (quel galant homme !). Naïve ou sans complexe, notre héroïne aux courbes voluptueuses accepte sans rechigner, et la voilà engagée dans le bordel de Madame Colette, une ancienne danseuse des Folies Bergères.
La tenancière des lieux lui attribue le surnom de Paprika, et va lui apprendre le métier de prostituée. Paprika fait rapidement des ravages au sein d'une clientèle très disparate, comprenant aussi bien des hommes attentionnés, comme Franco qui est capitaine dans la marine, que des brutes (Rocco, un truand sans scrupules), sans oublier les clients "particuliers" pratiquant toutes sortes de déviances sexuelles. Disponible et d'humeur enjouée, Paprika, devenue la coqueluche de l'établissement, appréciée de sa patronne et de ses collègues de travail, rêve pourtant d'autres horizons...

 

 

Paprika se déroule à une époque charnière de la prostitution en Italie, qui vit alors ses derniers mois avant la fermeture des maisons closes. C'est en effet le 20 février 1958 que les bordels sont déclarés illégaux, à la suite de la loi initiée par la députée socialiste Lina Merlin. Douze ans plus tôt, en 1946, la France avait connu un sort identique par le biais de Marthe Richard. Tinto Brass narre donc la vie d'une fille à la fois insouciante et attendrissante, une sorte d'épopée qui va conduire Paprika de bordel en bordel, en Italie et en France (à Marseille). A travers ce personnage féminin au tempérament prononcé, le cinéaste livre une fresque picaresque dans laquelle l'héroïne, désireuse de donner à la prostitution ses lettres de noblesse, ira jusqu'au bout de ses idées, et parviendra même à s'élever dans la hiérarchie sociale par la force de sa volonté (et ses attributs physiques hors du commun).

Tinto Brass s'est toujours montré à l'aise dans les films d'époque se situant durant ou après la seconde guerre mondiale. Ce n'est donc pas un hasard si "La Clef", "Miranda" et Senso'45 comptent parmi ses grandes réussites dans le domaine de l'érotisme. Il en va de même pour Paprika, assurément une oeuvre majeure dans la filmographie de l'auteur, dans laquelle toutes sortes d'émotions transparaissent chez le spectateur durant près de deux heures. On passe ainsi du drame à la comédie, de situations cocasses à d'autres particulièrement glauques avec un sens de l'équilibre remarquable. L'histoire oscille d'un genre à l'autre avec une homogénéité évidente, presque naturelle, qui force le respect, et où l'érotisme vient s'imbriquer en toute logique puisque le sujet n'est autre que l'univers de la prostitution.

 

 

Et puisque l'on parle d'érotisme, on peut dire que Paprika abonde dans ce domaine, et qu'il est tantôt léger, tantôt très explicite, selon un savant dosage dans lequel le cinéaste est passé maître. C'est un film excitant, qui éveille les sens, se renouvelle constamment à travers les situations et les péripéties de son héroïne, ses diverses rencontres à chaque fois différentes et presque toujours surprenantes. La faune rencontrée dans les différents bordels fréquentés par Paprika est particulièrement bigarrée. On rencontre tour à tour des êtres inquiétants, gras, bossus, au regard torve, menaçants, et d'autres foncièrement sympathiques. Dans un cas comme dans l'autre, ces hommes viennent au bordel afin d'assouvir leurs fantasmes les plus extravagants.

Tout aussi extravagants sont les divers personnages traversant le film. Des mères maquerelles particulièrement typées, entre une Madame Colette (superbe Martine Brochard) montrant à Paprika comment on se sert d'une ceinture-gode, et une goudou culturiste répondant au nom de Dona Olimpia. On croise également tout au long de Paprika une brochette d'acteurs ayant fait les beaux jours du cinéma de genre, parmi lesquels John Steiner, qui campe ici un prince décadent cocaïnomane adepte de la sodomie et de l'urolagnie avec force conviction, et Paul Muller en parrain de la pègre, sans oublier Riccardo Garrone, vu notamment dans Le cimetière des morts-vivants, Mais qu'est-ce que je viens foutre au milieu de cette révolution ? et Le cynique, l'infâme, le violent.

 

 

Côté féminin, on retiendra un second rôle dramatique pour Valentine Demy ("Snack Bar Budapest"), dans la peau d'une prostituée atteinte de la tuberculose. Enfin, l'actrice jouant le rôle titre est une véritable trouvaille pour le réalisateur, et une révélation. A la fois fortement mamelue (arborant un 95D 100 % naturel) et callipyge, Debora Caprioglio possédait les atouts adéquats pour jouer dans un Tinto Brass, tout comme elle aurait pu figurer dans un Russ Meyer. Cette magnifique Vénitienne, née en 1968, débute au cinéma à peine âgée de dix-huit ans par l'entremise de Klaus Kinski, qu'elle épouse l'année suivante. Ils tourneront ensemble dans "Nosferatu a Venezia" (dans lequel elle ne fait que de la simple figuration), "Grandi cacciatori" et "Paganini" avant de se séparer. En 1996, l'actrice abandonnera définitivement le cinéma pour se consacrer au théâtre et à la télévision.

L'univers des maisons closes a été exploité maintes fois au cinéma, ce à toutes les époques, aboutissant tantôt à des films d'auteur ("Belle de jour" de Luis Bunuel, "La Petite" de Louis Malle", et le plus récent "Rue des plaisirs" de Patrice Leconte), tantôt à des films populaires comme "One, Two, Two : 122, rue de Provence" de Christian Gion. Quant à Tinto Brass, il avait déjà entraîné son public dans les bordels avec son "Salon Kitty", où des prostituées au service des nazis étaient chargées d'espionner leurs clients et de leur soutirer des renseignements. Avec Paprika, le cinéaste nous convie à nouveau dans cet univers particulier, d'un autre temps, avec un enthousiasme communicatif, le résultat s'avérant jouissif, dans tous les sens du terme.

 

 

Flint


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