Savage Intruder
Genre: Horreur , Thriller , Psycho-Killer , Psychédélisme
Année: 1969
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Donald Wolfe
Casting:
Miriam Hopkins, David Garfield, Gale Sondergaard, Virginia Wing, Florence Lake, Lester Matthews, Riza Royce...
Aka: Hollywood Horror House / The Comeback
 

Non loin du Sunset Boulevard, dans le Canyon Park, une tête et deux mains coupées gisent à terre. Durant une visite guidée du vieil Hollywood, tandis que les ruines des anciens studios battent de l'aile au son du vent et de grincements métalliques, un homme affublé de lunettes de ski, en profite pour perpétrer un nouveau meurtre : un psychopathe doublé sans nul doute d'un serial killer, puisque c'est à la scie qu'il semble décapiter ses victimes avant de leur couper les mains comme s'il leur refusait le droit de laisser leur empreinte dans le ciment du Hollywood Boulevard.

 

 

Katharine Packard (Miriam Hopkins), une ancienne star hollywoodienne qui eut ses heures de gloire dans les années 30 vit désormais recluse dans un hôtel particulier. Tombée dans la dépression, elle trompe sa solitude dans l'alcool. Un soir, alors qu'elle a bu plus que de raison, elle se casse la jambe en tombant du haut des escaliers. En l'absence de l'intendante de la vieille star, son médecin se rend à son chevet puis passe une annonce afin de lui trouver une tierce personne pour l'aider physiquement. Contre toute attente, c'est un jeune homme élégant et sarcastique qui se présente pour revendiquer le poste. Vic (John Garfield, Jr.) gagne petit à petit la confiance de la star déchue tandis que la secrétaire (Gale Sondergaard), de retour, le voit rapidement d'un mauvais oeil. A voir l'arsenal de seringues, de scalpels et de couteaux de boucher que cache le jeune homme dans sa chambre, on ne peut lui donner tort... Voici du reste que Vic parvient à séduire Greta (Virginia Wing), la jeune infirmière asiatique au nom incongru ; il parvient aussi, petit à petit, à abuser de la confiance de l'actrice qu'il fournit en alcool tandis que lui-même se fournit en drogues, ce avant de prendre enfin le contrôle de la maison.
Bientôt, l'actrice semble avoir disparu de la demeure et Vic prétend que cette dernière tient à rester seule dans sa chambre assistée uniquement de ce dernier. Mieux vaudra ne rien dire car dès que des soupçons planeront sur sa personne, l'homme se transformera en prédateur sans pitié, avec la faculté de vous disperser façon puzzle aux quatre coins de l'hôtel...

 

 

Etrange bonhomme que ce Donald Wolfe, qui, à regarder sa filmographie, semble avoir de la suite dans les idées. Savage Intruder est son unique film, à l'exception d'un court-métrage en 1961 mais, après avoir participé à la production de petites SF de seconde zone (La planète fantôme, "Mutiny in Outer Space", Les créatures de Kolos), puis à celle de "Tarzan et le jaguar maudit" (campé par le plus oublié des Tarzan : Mike Henry), il semble que celui-ci, à l'image d'un James Ellroy avec plusieurs décennies de l'histoire de l'Amérique, se soit concentré sur les dessous d'un Hollywood derrière lequel seraient tapis quelques secrets assassins. Ainsi, après ce singulier et néanmoins réussi thriller qu'est Hollywood Horror House, il récidivera avec deux documentaires sur la mort supposée suspecte de Marylin Monroe, ce juste après une biographie (The Last Days of Marilyn Monroe) : "Marilyn: contre enquête sur une mort suspecte" (en 2000) et "Who Killed Marilyn Monroe?" (en 2003). Pour boucler la boucle concernant sa "parenté" avec l'auteur de "L.A. Confidential", signalons également qu'il est l'auteur d'un roman : "The Black Dahlia Files: The Mob, the Mogul and the Murder That Transfixed Los Angeles". Bref, Donald Wolfe, dès lors qu'il n'occupait pas un poste purement technique, semble avoir touché à peu près à tout, le plus souvent avec la même obsession.

 

 

Une obsession déjà présente ici, dans un concentré de ce que justement Hollywood a bâti de plus solide en terme de thriller à l'écran : un point de départ assez similaire au grand film noir de Billy Wilder, "Boulevard du crépuscule" (William Holden en victime se substituant à David Garfield ici majordome et tueur en série, ainsi bien entendu que Miriam Hopkins rejouant la même partition qu'une Gloria Swanson aux abords de la folie alzheimerienne), une énorme cuillerée de "Baby Jane" via l'impossibilité de l'héroïne à se mouvoir en plus de ne s'être elle non plus jamais remise d'avoir fait partie de ces enfants prodiges du cinéma, et puis enfin, un gros "soupçon" (c'est le cas de le dire) de "Psychose", notamment pour la psyché tourmentée du serial killer, lequel, via un trauma passé, revoit même le cadavre de sa mère assis sur un rocking chair en plus de voir les forces du mal l'emporter sur celles du bien, le tout mâtiné de culture pop. Bref, on nage en pleine exploitation des dessous d'Hollywood, avec, à l'appui, un hommage et des emprunts divers aux films mettant en scène son âge d'or puis ses dommages collatéraux, ainsi qu'un surprenant discours que l'on pourrait facilement confondre avec une critique du nouvel Hollywood. En témoigne l'une des toutes premières scènes, remarquable, où ceci est illustré par des bâtisses en ruines, abandonnées puis oubliées, à l'instar de Miriam Hopkins ici dans son dernier rôle à l'écran.

 

 

S'ensuivra donc un pur film de psycho killer dans lequel celui-ci est d'entrée présenté comme insaisissable, cerné par la présence de mannequins dont on découvrira plus tard qu'ils cachent en leurs corps des cadavres. A cet égard, Savage Intruder regorge de quelques plans vaillamment gores pour l'époque, et au-delà du premier plan donnant le ton, fait même penser par moments au "Maniac" de William Lustig. Ailleurs, on se surprend aussi dans quelques instants grand-guignolesques à retrouver certaines fulgurances toutes proches du giallo avec même une séquence de lame au rasoir qui n'est pas sans évoquer l'une des scènes du "Pulsions" de De Palma. L'ensemble semble également être doté d'un humour des plus macabres : en témoigne une formidable séquence durant laquelle notre tueur, alors en train scier au couteau électrique la main d'une victime qu'il a mal assommée, voit celle-ci revenir à elle... Signalons également pour rester au rayon saignant, que l'issue du film se situera dans une usine de hachage de viande (sans doute là où le réalisateur situe le nouvel Hollywood).
Soit, Donald Wolfe se plante complètement dans sa volonté à nous égarer parfois à nous faire chercher un coupable qui tient de l'évidence (avec un accoutrement d'un mauvais goût aussi sûr que Michael Caine en travelo), mais si l'on excepte les vingt dernières minutes plus faibles que l'ensemble d'un point de vue scénaristique, le tout étant éventé trop tôt (la disparition de l'actrice pour le plus évident), Savage Intruder est un étonnant thriller tout à la fois fouille-merde, glauque, malsain et qui fascine rapidement.

 

 

Outre David Garfield, fils de John Garfield, au jeu limité mais néanmoins relevé par une mise en scène émaillée d'inserts psychédéliques qui rendent son personnage à la fois grotesque et inquiétant (on signalera que l'acteur est mort prématurément d'une malformation cardiaque, tout comme son père), les accointances avec le vieil Hollywood sont ici trop nombreuses pour relever du hasard : une Miriam Hopkins malmenée, à l'instar d'une Veronica Lake, achève ici sa carrière dans une bobine que hélas l'histoire n'a pas retenue (voir le piteux "Flesh Feast" dans lequel l'actrice du "Dahlia bleu" côtoie le corps possédé d'Adolf Hitler), tandis qu'on retrouve Minta Durfee, la veuve de Fatty Arbuckle, lequel, on le rappelle, avait fait les frais d'une accusation de viol dans une ambiance hollywoodienne paranoïaque et expéditive (au sein de laquelle du reste c'était avant tout les mœurs supposées dépravées de la gent cinématographique qui étaient mises en cause par la presse). Citons aussi l'excellente Gale Sondergaard, ex blacklistée qui n'avait alors pas été enrôlée depuis 20 ans ! Si l'on ajoute enfin la présence de Joe Besser, ex 3 Stooges (de la seconde époque, celle d'après la mort de Shemp Howard), laissé pour compte par la Columbia à la fin des années 50, autant dire que cela fait beaucoup trop de victimes ici présentes pour que le hachoir à viande final ne soit pas l'image même de la légende hollywoodienne selon Donald Wolfe. Aucun doute là-dessus, Hollywood Horror House, alias The Comeback, est une excellente série B. Tout comme son héroïne, elle est injustement oubliée et se doit d'être réhabilitée à un niveau supérieur. Et de qualité, et de reconnaissance.

 

 

Mallox

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