Belladone de la Tristesse, La
Titre original: Kanashimi no Belladonna
Genre: Erotique , Drame , Expérimental , Animation , Psychédélisme
Année: 1973
Pays d'origine: Japon
Réalisateur: Eiichi Yamamoto
Casting:
-
 

Alors que Jean et Jeanne, un couple de paysans au Moyen-Age, s'apprêtent à convoler, le seigneur local fait valoir son droit de cuissage. Ce n'est que le début des tourments de la jeune femme. Son mariage bat vite de l'aile et quand elle accède enfin à une forme d'élévation sociale, elle a tôt fait de s'attirer la jalousie et la suspicion. Bientôt le bruit court : elle aurait pactisé avec le démon, ce serait une sorcière.

 

 

Osamu Tezuka, que d'aucuns considèrent comme le pape du manga, saisit très tôt le potentiel que présente le medium du film d'animation. Il fonde au début des années 60 une des principales société de production de dessins animés et voit dès la fin de la décennie, dans le public adulte du cinéma, un nouveau marché à aborder. Il lance donc la production d'une série de films ayant pour fil conducteur un érotisme très présent mais plus suggestif que cru. L'entreprise s'avèrera un échec et s'achèvera au bout de trois films, rassemblés sous la dénomination Animerama, même si l'histoire montrera qu'il a ainsi engendré une incroyable et unique industrie d'animation pornographique au Japon.

 

 

La Belladone de la Tristesse est le dernier film de cette série et de loin le plus étonnant. Très librement adapté de l'oeuvre relativement méconnue "La Sorcière" de Jules Michelet, le film adopte un style expérimental radical reposant sur une représentation très symbolique et teintée d'art nouveau, accompagnée de rock psychédélique. Déroutant dans les premières minutes, notamment en raison de l'abondance de plans fixes, le récit des mésaventures de Jeanne finit par intriguer puis happer le spectateur (un tant soit peu ouvert d'esprit) et l'entraîne parfois sur des terrains inattendus, comme lors de la scène de possession ou de celle d'orgie qui s'ensuit.

 

 

Néanmoins, il n'y a pas que sur la forme que l'oeuvre fait preuve de richesse. Au-delà du drame historique, sont soulevées des questions nettement plus ancrées dans l'air du temps de 1973, telles que la liberté sexuelle, le fantasme, la condition de la femme, l'oppression du pouvoir, l'usage de stupéfiants ou les transes hallucinées qu'ils entraînent. Sur ces derniers points, il est à noter que la belladone à laquelle le titre fait référence et sur laquelle se construit toute une métaphore au fil du film est bien la plante riche en atropine et intimement liée à l'histoire de la sorcellerie en Europe. Le tout se conclue sur un message politique que je vous laisse le plaisir de découvrir.

Bien que primé par un Ours d'or à Berlin, le film a été très peu distribué et n'a évidemment pas rencontré son public. Très "à part" dans l'histoire de l'animation, même indépendante, La Belladone de la Tristesse est une oeuvre au charme étrange à découvrir, ne serait-ce que par curiosité, à la fois relativement abstraite et très évocatrice, allant de l'érotisme grotesque et fantasmagorique au pamphlet féministe.

 

 

Princesse Rosebonbon

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