Hyperboloïde de l’ingénieur Garine, L'
Titre original: Гиперболоид инженера Гарина / Giperboloid inzhenera Garina
Genre: Science fiction , Aventures
Année: 1965
Pays d'origine: Union Soviétique
Réalisateur: Aleksandr Gintsburg
Casting:
Evgeniy Evstigneev, Vsevolod Safonov, Natalya Klimova, Mikhail Astangov, Vladimir Druzhnikov, Mikhail Kuznetsov, Yuriy Sarantsev...
Aka: Engineer Garin / The Hyperboloid of Engineer Garin
 

Nous sommes en 1925 dans l'archipel de Leningrad, deux individus en manteau et chapeau mou se rendent sur une île des environs en canotant. Ce qui intrigue le gardien de la marina qui les observe, car toutes les datchas de cette île sont vides en basse saison et, surtout, les deux squatters supposés sont des sosies parfaits. Lorsqu'il est rejoint par son ami et camarade d'aviron Vassili Chelga, qui se trouve être inspecteur de la sûreté soviétique, il lui fait part de ses soupçons et tous deux se rendent sur l'île. Là, dans une datcha dont l'entrée a été forcée, ils trouvent le cadavre d'un des canoteurs attaché à un lit de camp, et dans les souterrains de la maison un véritable laboratoire avec de petites pyramides combustibles et une barre en acier dans laquelle a été gravé (comme si elle était en pâte à modeler) ce nom : P.P. GARIN. Alors qu'une souricière à la poste centrale n'a rien donné pour capturer le jumeau survivant, si ce n'est d'apprendre qu'il s'agit bien du vrai Pyotr Petrovich Garin, Chelga constate que ce dernier est en communication avec un chimiste parisien et a dû s'exiler en France.
Plus tard, interrogé par Chelga, son ancien collègue le physicien Hlynov ne peut cacher le peu d'estime qu'il a pour Garin, ingénieur génial mais aussi aventurier sans scrupules. Hlynov suspecte Garin d'être responsable de la disparition du professeur Mantsev, leur mentor, alors qu'ils travaillaient tous deux (Garin et Mantsev) sur un générateur de faisceaux énergétiques...

 

 

L'hyperboloïde de l’ingénieur Garine est la première, et à ce jour la seule, adaptation cinématographique (une seconde adaptation a été tournée en 1973, mais pour la télévision soviétique, sous forme de mini-série) du célèbre (en Russie tout du moins) roman homonyme de science-fiction du camarade comte Aleksey Nikolayevich Tolstoï (gloire à lui).
C'est aussi (et cette fois-ci définitivement) l'unique réalisation en solo d'Aleksandr Gintsburg (ou Guintsbourg, suivant les transcriptions du cyrillique, voire même, dans une version francisée, Gainsbourg), célèbre directeur de la photo dans les années 30 et 40. Ce qui prouve bien que l'exception confirme la règle, et que l'on peut s'appeler Gainsbourg et être malgré tout doué pour le cinéma. Ce passé de chef-opérateur, spécialiste du noir et blanc, du réalisateur se voit bien dans le film, avec ses jeux d'ombres expressionnistes et ses contrastes clairs-obscurs très réussis.
On a d'ailleurs parfois l'impression de ne pas seulement voir un film se déroulant en 1925 mais de regarder vraiment un film de 1925. Car, si dans le personnage de l'ingénieur Garin il y a du Fantômas et du docteur Mabuse, dans le film de Gintsburg il y a du Fantômas de Feuillade et du Mabuse de Lang, et ceci pour le plus grand plaisir du spectateur. Une impression qui n'est pas due qu'à la photo mais aussi à l'ensemble du film, du scénario très "pulp", "feuilletoniste", donnant l'impression d'être dans un condensé de serial (duquel on aurait expurgé toutes les scories) jusqu'au physique des acteurs (en particulier, l'héroïne très femme fatale des années 20) en passant par le jeu expressionniste de ces même acteurs dans les scènes muettes (alors qu'il est naturel dans les scènes parlantes), et même les partis pris de réalisations des scènes d'action et de poursuites toutes quasi muettes (avec ses accélérations et son côté volontairement artificiel), sans oublier la musique originale de Mechislav Vainberg (un élève de Chostakovitch) exécutée au piano et à l'orgue.

 

 

Le film peut d'ailleurs être vu comme un hommage, non pas tant aux modèles occidentaux plus haut évoqués, auxquels son thème fait indéniablement penser, qu'à l'âge d'or du cinéma soviétique durant lequel Gintsburg débuta, et en particulier à "Aelita", la première et la plus célèbre adaptation d'un roman du camarade comte Aleksey Nikolayevich Tolstoï (gloire à lui), en même temps que le premier film de science-fiction soviétique (et russe).
Reste que L'hyperboloïde de l’ingénieur Garine, bien plus qu'un film de science-fiction, est un film d'aventures, modernisé dans la forme (les péripéties se succèdent sans chute de rythme ni impression de redite), mais reprenant l'esprit des serials du muet et des feuilletons (écrits) du premier quart du 20e siècle, tout en entretenant avec ceux-ci une légère distanciation. On n'est pas dans la parodie, mais on n'est pas non plus dans un univers réaliste, le film parvenant à préserver un équilibre subtil entre premier et second degré. Même si l'on peut parfois se demander si cette distanciation est toujours volontaire, comme lors de cette scène où un public mondain danse le charleston sur une chanson de Léo Ferré (en 1925, je le rappelle). Quoi qu'il en soit, le film est une réussite de loin supérieure à la plupart des films contemporains (des années 60) au concept proche, comme les poussiéreuses adaptations hollywoodiennes de Jules Verne, ou les très contrastées tentatives d'actualisations des serials en Allemagne (pour un superbe "Tigre du Bengale" combien de piteux et grotesques "Les Mystères d'Angkor" et consorts ?).

 

 

Une réussite qui doit aussi beaucoup aux interprètes et au matériel de base, à savoir le roman du camarade comte Aleksey Nikolayevich Tolstoï (gloire à lui).
Pour ceux qui ne connaîtraient pas le camarade comte Aleksey Nikolayevich Tolstoï (gloire à lui), je vais donc me permettre de citer la critique de La clé d'or (présente en ces lieux) : fils d'un cousin de Léon Tolstoï et d'une cousine d'Ivan Tourgueniev, génie littéraire par hérédité, émigré tsariste par posture sociale, rallié aux bolcheviques par intérêt, Comte Tolstoï par héritage et membre du Soviet Suprême par élection, Aleksey Nikolayevich Tolstoï (gloire à lui) sera pour Staline ce que Gorki était pour Lénine. Comblé d'honneur et de gloire, de son retour en Union Soviétique jusqu'à sa mort, il aurait conservé en privé un mode de vie d'ancien régime tout en étant le chantre de la révolution communiste en public.
Pour l'interprétation, comment ne pas évoquer le remarquable Evgeniy Evstigneev qui, dans le rôle forcement écrasant de l’ingénieur Garin, mi-génie du crime, mi-savant fou, tout en étant un séducteur charismatique, est remarquable. Evgeniy Evstigneev fut une énorme star en Union Soviétique dans un registre très large (une sorte de Philippe Noiret additionné de Bourvil), d'abord au théâtre puis au cinéma de 1960 à sa mort en 1992. Enfin, terminons par l'atout charme du film, Natalya Klimova, et son physique de vamp du muet à mi-chemin entre Louise Brooks (en blonde) et euh... Greta Garbo. Sa carrière ne dura qu'une décennie avant qu'un lymphome l'éloigne pour longtemps des caméras.
Remercions donc tous ces talents conjugués de nous avoir offert ce film, en commençant bien sur par le camarade comte Aleksey Nikolayevich Tolstoï (gloire à lui).

 

 

Sigtuna

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