Bagnard, Le
Genre: Drame , Aventures , Policier
Année: 1950
Pays d'origine: France
Réalisateur: Willy Rozier
Casting:
Pierre Gay, Lucien Nat, Lili Bontemps, Henri Arius, Roger Blin, Juliette Faber...
Aka: Inferno do Vício / L'evaso della Guiana
 

Le docteur Julien, médecin marseillais cocaïnomane, exploiteur de femmes et trafiquant de drogue, a d'importants besoins d'argent pour satisfaire son vice. Alors qu'un de ses patients meurt dans son bureau après une injection de morphine, il dévalise le cadavre puis cache le corps vite fait mal fait. Bientôt accusé de meurtre, il est envoyé au bagne, en Guyane. Après s'être évadé, ce dernier cherche à se réhabiliter. Le fugitif est bientôt pris en charge par les indiens. Il se repent de son passé et contribue à éradiquer une épidémie dangereuse : une épidémie de fièvre jaune qui touche durement les bûcherons du coin.

 

 

Willy Rozier est un réalisateur méconnu dans nos contrées. Pas vraiment reconnu comme réalisateur populaire, pas repêché non plus par la nouvelle vague à la fin des années 50, il s'agit d'un metteur en scène aussi atypique qu'hétéroclite. Au sortir d'une carrière de sportif de haut niveau, ce dernier se fit acteur dans les années 30 et joua dans une dizaine de films dont deux réalisés par lui-même au début des années 50 (une brève apparition dans son propre rôle dans "Les amants maudits" ainsi qu'une autre plus consistante en inspecteur de police dans "L'aventurière du Tchad" en 1953). Sa carrière, outre un mépris régulier pour ses films, fut marquée du sceau de l'indépendance contrainte. Rozier aurait bien aimé faire partie de la famille, seulement voilà, ses premiers films passèrent tant inaperçus qu'il monta sa propre maison de production dès 1938 : la Sport-Films (on ne se refait pas !). Ses films quant à eux sont le plus souvent des drames dans lesquels les acteurs, faute de moyens, sont rarement connus. Il fit néanmoins débuter Brigitte Bardot (même si pour le coup, il aurait pu s'abstenir) et ses films les plus cités aujourd'hui, ceux qui le firent rester dans les mémoires sont, à l'instar de la série des Callaghan, des récits criminels de facture plutôt médiocre.

 

 

Il est étonnant, à la vision du Bagnard, de voir les sentiers empruntés par Willy Rozier : alors qu'il finira sa carrière en exploitant le filou filon de la libération des mœurs avec Dany la ravageuse et Dora... la frénésie du plaisir, on a le droit ici au moralisme le plus outré. Nous voilà donc partis pour un récit aux allures criminelles avant de passer par la case Guyane, avec un bagne dont on ne voit rien ou si peu qu'il ferait presque mentir son titre (rappelons en passant que la Guyane obtint le statut de département français à peine quatre ans avant le tournage du film sur les lieux-mêmes, tout du moins pour une partie de ce dernier).
Mais le problème n'est pas là. Si le thème du rachat et de la rédemption sont présents dans le paysage cinématographique depuis la nuit des temps, Willy Rozier oublie tous les potentiels de son film, que ce soit au sens pur que de l'aventure humaine. Ainsi il plante un film par ailleurs ni désagréable, ni transcendant, en le surchargeant de tiraillements internes en plus d'amener un personnage "révélateur" féminin, la fille d'un médecin colonial qui lui fait bientôt comprendre qu'il doit tout risquer, jusqu'à son retour au bagne, pour accomplir son devoir, tandis que notre pauvre homme entendait garder sa liberté durement conquise (en plus de nourrir l'espoir de fonder, dans ce nouveau monde, une famille).

 

 

Le film est trop lent, les segments s'enchaînent de manière un peu téléphonée ; Pierre Gay, dont la carrière se résume à une poignée de films, paraît emprunté et endosse trop pâlement et timidement les affres de toutes ces péripéties lorsqu'il ne surjoue pas. Restent que certains seconds rôles rehaussent sa prestation. Heureux qu'il croise sur son chemin le fameux Messner, campé par un Lucien Nat au meilleur de sa forme (à son propos, voyez un jour "Les amitiés particulières" de Jean Delannoy, vous pourriez bien être surpris par une saveur sulfureuse en général absente chez le cinéaste). Malheureux en revanche lorsqu'il croise sur son chemin la fameuse missionnaire (Mademoiselle Pataflan de "L'île aux femmes nues") qui, envoyée des cieux par la secte Chrétien média, va lui servir du sermon de bénitier... Il est vrai que le pauvre homme n'en a pas déjà suffisamment bavé comme cela ; si, en plus, il doit rendre des comptes au ciel, dans ce cas, autant se faire la malle ni vu, ni connu, par les flots...

A propos de flots, Roger Blin est sans doute l'acteur le plus populaire du Bagnard (sa présence fut du reste mise en avant à la sortie du film en salles). Sa rencontre avec Pierre Gay est l'un des meilleurs moments de ce film, un peu en dents de scie, mais surtout trop prisonnier d'une morale qui pourra paraître autant ancestrale que ridicule aujourd'hui. Reste qu'une étrange sensibilité plane tout du long sur ce non moins étrange mélange de genres puisqu'aux excès de morale, se succèdent quelques passages plus licencieux dont les paradoxes surprennent. Je n'en dirai pas plus, c'est à chacun de voir puis de remettre ce récit qui tire par trop vers le psychodrame, dans son contexte d'époque. Selon sa propre sensibilité, il va de soi...

 

 

En rapport avec le film :

# La fiche dvd Bach Films de Le bagnard

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