Dora... la frénésie du plaisir
Genre: Erotique , Porno , Drame
Année: 1975
Pays d'origine: France
Réalisateur: Willy Rozier
Casting:
Monique Vita, Bob Asklöf, Olivier Mathot, Anne Sand, Tania Busselier, Michel Duchezeau, Rudy Lenoir...
Aka: Dirty Dora / Dora... delirio carnale / Safari del sesso
 

Olivier Savignac est guide de safaris dans un pays de l'Afrique francophone. Une vie quelque peu tumultueuse pour lui ces derniers temps, avec un dernier contrat qui vient de s'achever par la mort de son pisteur, piétiné par un éléphant. Un souci professionnel venant se conjuguer à sa vie privée. En effet sa compagne, Dora, est très demandeuse niveau sexe. Et une maîtresse insatiable, ce n'est pas idéal quand on est stressé et souvent absent du foyer.
Arrive alors un couple de Français désireux de faire un safari, Barbara et Jacques Belmont. Barbara et Olivier vont être rapidement attirés l'un par l'autre, entraînant des réactions fort différentes de leurs conjoints respectifs...

 

 

Avant d'être cinéaste, Willy Rozier fut un sportif accompli, champion de France de natation en 1925. Une passion en entraînant une autre, le réalisateur tombe amoureux de l'Afrique au début des années cinquante. Un engouement qui le conduit à réaliser toute une série de documentaires, au Tchad, en Ouganda, au Cameroun, avant de tourner "Prisonniers de la brousse", un film d'aventures avec Georges Marchal, qui sortira en 1959.
Son expérience de la chasse et des safaris photos constitue le socle de "Dora... la frénésie du plaisir", ultime film de Willy Rozier. Comme beaucoup d'autres metteurs en scène, il a été mis au rancart avec le temps, et pour trouver un second souffle en ces années soixante-dix, il a dû composer avec la libération des mœurs. Ainsi après la comédie érotique Dany la ravageuse, il passe (non sans une certaine appréhension) au hard avec "Dora...". Pas franchement de gaieté de cœur, d'après ce qu'il aurait confié à l'époque. Dora... la frénésie du plaisir sera un film alimentaire, même si Willy Rozier a souvent aimé dévêtir ses actrices par le passé.

 

 

Le cadre de la jungle africaine est une première dans le cinéma X en 1975. Cela dit, et contrairement à ce que le cinéaste avait prétendu, les images d'Afrique que l'on peut voir dans "Dora..." sont issues de stock-shots provenant des divers documentaires de l'auteur. Pourtant, ils sont insérés de manière très habile, à rendre jaloux un Bruno Mattei ou un Marius Lesoeur (ex boss d'Eurociné), deux grands spécialistes du stock-shot. Les bidouillages de Willy Rozier font illusion, il faut bien le reconnaître, mais il y a deux facteurs qui ne trompent pas : les essences d'arbres et de plantes qui diffèrent évidemment d'un continent à l'autre, et l'absence systématique des acteurs dans les scènes en question. C'est notamment flagrant lors de la danse tribale célébrant le mariage du fils d'un chef de tribu, et dans laquelle les protagonistes principaux (Asklöf, Sand et Mathot) ne sont jamais mêlés aux autochtones. De même, lors du safari, Olivier Mathot vise tour à tour un buffle puis un éléphant hors champ, son fusil pointant dans le vide.

Mais peu importe, après tout, le principal restant l'histoire elle-même. Celle-ci est centrée autour de deux couples en crise. Le premier, constitué donc d'Olivier (Bob Asklöf) et Dora (Monique Vita), le second de Jacques (Olivier Mathot) et Barbara (Anne Sand). Si Dora possède une libido exacerbée confinant à la maladie mentale, Jacques a aussi des problèmes liés à la sexualité, s'étant découvert (sur le tard) voyeur avec un penchant pour la scopophilie. Une obsession qui a fini par lasser Barbara, usée par les jeux érotiques déviants de son mari.
Willy Rozier écrivant les scénarios de ses films, il a la bonne idée d'éviter le cliché de l'échangisme entre les deux couples. Si Olivier et Barbara deviennent amants, la possibilité d'une liaison entre Jacques et Dora n'est jamais envisagée, cette dernière n'ayant qu'une obsession : reconquérir son homme.

 

 

A l'écran, les prestations des acteurs sont assez convaincantes, même si l'on pourra être surpris par le jeu tourné vers la démesure de Monique Vita. L'actrice, hystérique du début à la fin, va en effet très loin dans l'excès, que ce soit dans les gestes ou la parole. Une scène incroyable, vers la fin du film, la voit invectiver les deux mâles présents dans sa tente en les traitant de couilles molles, tout en se masturbant avec une banane (l'actrice est d'ailleurs tellement dans l'exagération qu'elle finit par s'écraser la banane dans le vagin). Plus tard, elle a cette tirade d'anthologie envers son amant : Il faudra me baiser tout le temps, le jour, la nuit... love machine... baise-moi !
Drôle de parcours pour Monique Vita, qui débute au milieu des années cinquante avec des réalisateurs comme Julien Duvivier, Marc Allégret ou encore Edouard Molinaro, avant d'obtenir une sorte de consécration en 1964 grâce à Luigi Comencini, dans "La ragazza".
Mais elle reste cantonnée dans des seconds rôles, et semble condamnée à y rester lorsqu'elle trouve un second souffle en se spécialisant dans le créneau érotique durant les seventies. On la verra notamment dans "Prenez la queue comme tout le monde", "Les confidences érotiques d'un lit trop accueillant", "Serre-moi contre toi, j'ai besoin de caresses", "La kermesse érotique", "Le rallye des joyeuses" et j'en passe.
Agée de quarante ans à l'époque du tournage de "Dora...", Monique Vita fait preuve d'une absence de pudeur assez surprenante, et même si son jeu d'actrice reste limité, il n'en demeure pas moins que l'actrice marque les esprits dans le film. A ses côtés, Bob Asklöf, ex-chanteur suédois venu s'installer en France au début des années soixante, est tout le contraire, un modèle de sobriété. L'acteur a tourné dans "Les tentations de Marianne" de Francis Leroi, mais aussi "Le Mataf", Les Charnelles, sans oublier Train spécial pour Hitler.

 

 

On retiendra aussi un rôle encore particulier de la part d'Olivier Mathot, grande figure d'Eurociné et familier de l'univers de Jess Franco. Comme Monique Vita et Bob Asklöf, il tournera dans des films pornographiques sans participer aux scènes hard. Ce qui n'est pas le cas d'Anne Sand, qui flirtera avec le genre très brièvement, avant de disparaître définitivement des écrans. Et puis, n'oublions pas Tania Busselier, radieuse comme toujours, magnifiée par Jean Rollin dans "Douces pénétrations", et tout autant mise en valeur par Jess Franco dans La comtesse perverse et Plaisir à trois. C'est à elle que l'on doit la plus belle scène du film, une scène saphique qu'elle partage avec la non moins charmante Catherine Tailleferre, une rouquine aux courbes avantageuses aperçue dans quelques productions érotiques comme "La pipe au bois" (hélas toujours invisible à ce jour) et d'autres oeuvres aux titres pour le moins explicites : "Zob, zob, zob", "Inonde mon ventre" (avec Brigitte Lahaie) et "S comme sperme".

Que penser, au final, de Dora... la frénésie du plaisir ? Que Willy Rozier a tourné un film de commande et qu'il s'en est plutôt bien sorti, même si "Dora..." ne restera pas dans les classiques du genre. C'est une sorte de roman-photo exotique érotico-porno pour le moins atypique, et plutôt bien interprété dans l'ensemble. Le metteur en scène sait diriger son casting, c'est manifeste, et tenir une caméra, diriger une équipe, etc. Un savoir faire qui lui permet de sauver les meubles, même si les scènes X (à l'exception de la scène lesbienne évoquée) demeurent assez ternes et tournées sans grande conviction. Le film n'en demeure pas moins une curiosité, une œuvre évitant en partie les stéréotypes inhérents au hard, marquée par la prestation hallucinante de Monique Vita, littéralement possédée par son rôle, et justifiant à elle seule sa vision.

 

 

Flint


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