Muñecos infernales
Genre: Horreur , Epouvante , Macabre , Esprits , Sorcellerie
Année: 1961
Pays d'origine: Mexique
Réalisateur: Benito Alazraki
Casting:
Elvira Quintana, Ramón Gay, Roberto G. Rivera, Quintín Bulnes, Nora Veryán...
Aka: Curse of the Doll People / Devil Doll Men
 

Quatre hommes, Juan (Xavier Loyá), Gilberto (Salvador Lozano), Daniel (Luis Aragón) et le professeur Armando Valdés (Ramón Gay), chercheurs, archéologues et scientifiques reviennent d'une expédition à Haïti avec une idole sacrée que l'un d'eux a emportée avec lui. Nous les retrouvons réunis avec leurs épouses et conservateurs de musée en train de narrer leurs aventures : Valdés, l'organisateur de l'expédition, peut enfin expliquer la situation puisqu'il est minuit moins cinq et que la soit-disant malédiction lancée par le gardien du temple, un prêtre vaudou du nom de Zandor (Quintín Bulnes), prendra fin à minuit pile ; à moins que d'ici là, comme prédit, une personne ne meure...
Tout irait bien, hormis un sévère orage annonciateur en-dehors, si cet éminent professeur n'était frappé, alors qu'il monte voir dans une des chambres sa fille malade, par une mystérieuse crise cardiaque avant chuter dans les escaliers puis de se briser la colonne vertébrale. Au préalable, devant le scepticisme tout scientifique du spécialiste, Karina (Elvira Quintana), dont le père était lui aussi un éminent chercheur, était la seule à prendre au sérieux cette malédiction jetée, prédisant que toutes les personnes présentes lors de l'expédition périraient ainsi que leur descendance !

 

 

On ne comprend pas forcément tout aux éléments déclencheurs du tourbillon horrifique que représente Muñecos infernales, ce, dans la mesure où la peur, les sorts jetés et les rituels en jeu semblent émaner d'une culture loin de ce que l'on connaît en occident. Mais ce que chacun comprendra, à la vision de cet excellent horrifique mexicain, c'est que ce que l'on croit être une pure religion pour indigènes n'a rien de la ballade touristique insouciante que ces quatre personnes pensaient avoir faite : ainsi, le professeur apprendra rapidement de la bouche de Karina, tenant donc ses connaissances de son père, que la réunion secrète à laquelle ils ont assisté sur place en soudoyant un autochtone aura bel et bien des répercutions concrètes...
Des sociétés secrètes de guérisseurs aux noms étranges tels que les Matanga ou les Zobob durant lesquelles les sacrifices ne sont pas effectués sur des poulets ou des chèvres mais sur des êtres humains. Ce que l'on comprend aussi, c'est que le récit fait par le professeur Valdés juste avant de périr est on ne peut plus terrifiant puisqu'il décrit une procession sanguinaire dont la description seule effraie l'assistance.
Comme il l'explique également, fascinés par cette idole sacrée, il n'ont pu résister à la tentation de revenir le lendemain pour la voler puis la ramener. Seulement, le prêtre vaudou possède des pouvoirs imperceptibles qui, après l'invocation des esprits du mal, ont la faculté de transformer les profanes en zombies, et plus précisément dans ce cas, en espèce de répliques miniatures d'humains tués, qu'on nommera "hommes-poupées", lesquels, sous le joug de Zandor, se transformeront tour à tour en tueurs.

 

 

C'est en tout cas ce qui va se passer dans cette course-poursuite aussi fatidique qu'échevelée signée Benito Alazraki. Un réalisateur peu connu, voire pas du tout, en tout cas chez nous, mais pourtant auteur d'une quarantaine de séries B qu'il conviendrait de visiter. Il est, en plus de quelques westerns ("Pistolas invencibles", "De hombre a hombre" ...), de drames et de comédies, le réalisateur d'un Lucha libre ("Santo contra los zombies" en 1962) et de quelques horrifiques qui semblent mériter eux aussi qu'on y jette un oeil ("Frankestein el vampiro y compañía", "Espiritismo").
On remarque qu'il est régulièrement associé à Alfredo Salazar en tant que scénariste (avant du reste que ce dernier ne fasse lui aussi carrière de cinéaste avec une dizaine de films au compteur), un nom que l'on est un peu plus habitué à croiser aux génériques de pellicules qui, sans être les meilleures, ont su quant à elles franchir les frontières : "La momie aztèque" et "La Malédiction de la momie aztèque", tous deux de Rafael Portillo, au sein desquels on trouvait déjà en 1957 Ramón Gay en professeur dépassé par ses propres expériences ainsi que quelques Santo : "Santo et le trésor de Dracula", "Santo et la vengeance de la momie" ou encore "Santo & Blue Demon vs. Doctor Frankenstein".

 

 

Empruntant semble-t-il l'idée originale autant au roman d'Abraham Merritt, "Brûle, sorcière, brûle !" (adapté au cinéma l'année suivante par Sidney Hayers) qu'à Tod Browning et ses "Poupées du diable", tout en puisant probablement au passage dans "Le culte du Cobra" de Francis D. Lyon, notamment pour cette malédiction venu de Haïti sévissant à rebours, Muñecos infernales offre une galerie monstrueuse dantesque.

Un grand ordonnateur Houngan très expressif, assisté lui-même d'un zombie à l'allure dégingandée habitant dans un sarcophage (une sorte de Cuchillo cinq ans après sa mort) viendront se joindre aux deux tiers de bobine à un spectacle assez hallucinant dans lequel des hommes-poupées, nos "héros" présentés dans le résumé, ainsi qu'une des femmes qui, après s'être fait tuer, se retrouveront tour à tour eux-mêmes, en version rétrécie, esclaves des volontés assassines de Zandor, chef des Houngans, à se promener armés de longues aiguilles.
Ils pourront alors se glisser un coup par une fenêtre, surgir d'autres fois de derrière un rideau, ou encore sortir purement et simplement de leur cercueil, ce afin de perpétuer de nouveaux meurtres sur les profanateurs et leur famille.

Disons-le comme c'est, l'imagerie qui s'en dégage à l'écran est intrigante, impressionnante et même assez flippante (pour peu bien entendu qu'on ne soit trop aguerri à ce genre de spectacle horrifique, tout en prenant en compte que cette "infernale" bobine accuse plus de 50 ans d'âge à l'heure où j'écris ces quelques lignes).

 

 

L'action, à proprement parler (c'est-à-dire juste après la réunion évoquée ci-dessus, en gros, une dizaine de minutes à l'écran, pas plus) commence fort avec le second mort (Xavier Loyá) qui, à l'hôpital, semble revenir quelques instant à la vie, dressant son buste et crispant ses mains avant de se rallonger et de se voir mettre un drap sur le visage par le médecin légiste. Entre temps, on aura vu le vieux Valdés, revenu à la vie, avec le corps d'un nain, la tête enflée, les yeux cireux, lui enfoncer profondément cette fameuse lame dans le cou. L'une des immenses qualités de Muñecos infernales est d'aligner, telle une déferlante, nombre d'images autant saisissantes que hautement et longuement prégnantes.

A son crédit encore, celui de réussir en plus à instiller une véritable atmosphère, tout à la fois sombre, délétère, morbide et hypnotique, le tout sur un rythme qui jamais ne faillit.
Outre ces qualités multiples, les acteurs y sont excellents, avec en tête de liste une magnifique Elvira Quintana, actrice habituée au tandem Alazraki/Salazar, qui du reste mourut à l'âge très précoce de 33 ans, en 1968, suite à une embolie cérébrale.

Que dire encore pour conclure après tant de dithyrambes ? Des louanges, encore des louanges...
La photographie d'Enrique Wallace y est somptueuse, la partition signée Antonio Díaz Conde (La horripilante bestia humana) est jolie, envoûtante même, et en tout cas, toujours dans le ton.

 

 

Bref, Muñecos infernales fait partie des belles réussites du cinéma horrifique des années soixante, qu'il soit mexicain comme d'ailleurs. A ce titre, une exhumation en France (sans malédiction si possible), sur support numérique, serait la bienvenue.
(Allo, Bach Films ? Après La Llorona, peux-tu nous le faire ?)


Mallox


En rapport avec le film :

# Souvent crédité au générique comme coréalisateur, Paul Nagle n'a en aucun cas participé au tournage original du film. Il fut en revanche responsable d'un doublage pour une exploitation américaine de la chose, jugée fort médiocre. Le film fut aussi expurgé de certaines scènes de terreur lors d'une diffusion à la télévision américaine sous le titre Devil Doll Men.

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