Ebirah Horror of the Deep
Titre original: Ebirah Horror of the Deep
Genre: Aventures , Kaiju Eiga
Année: 1966
Pays d'origine: Japon
Réalisateur: Jun Fukuda
Casting:
Akira Takarada, Kumi Mizuno, Chotaro Togin, Hideo Sunazuka...
 

Nullité si il en est, ce septième film de la série des Godzilla devait à l'origine mettre en scène King Kong, avant que, sans que l'on ne sache pourquoi, le projet change d'orientation pour se concentrer sur Godzilla et Mothra, opposés ici à Ebirah, un homard géant (bien que le terme "Ebirah" puisse être traduit par "crevette" selon mes sources). Ou du moins censés y être opposés, puisqu'en réalité le film passe la plus grande partie de son temps à s'intéresser aux aventures rocambolesques vécues par trois bonshommes et une bonne femme, bloqués sur l'île de Letchi où sévit une infâme dictature.
Ils tâcheront de s'enfuire de l'île, tout en libérant les villageois retenus comme esclaves, en évitant l'armée locale et si possible en contournant aussi l'obstacle constitué par Ebirah, qui empêche toute fuite par voie maritime.

 

 

Voilà en gros le sujet du film, auquel j'ai retiré les nombreux éléments foutraques qui font de ces aventures un véritable calvaire à regarder. C'est bourré de sous-intrigues débiles et de péripéties foireuses, et à vrai dire il est extrêmement difficile de bien saisir tous les enjeux, tant le scénario biscornu pousse le spectateur normalement constitué à ne plus prêter attention à ce qu'il a sous les yeux. On se perd dans ses pensées, on somnole, pendant que les personnages se livrent à des imbécillités que la simple perspective de vous décrire à titre d'exemple m'effraie au plus haut point.
Mais il faut bien se lancer : le début du film nous dit qu'un jeune homme est convaincu que son frère, disparu en mer, est encore vivant. Ayant besoin d'un bateau, il se rend à un marathon de danse où le premier prix est un yacht. Mais arrivant trop tard, il ne peut participer. Par contre il sympathisera avec deux compétiteurs malheureux qui vont le conduire dans un port, où ils le feront monter à bord d'un yacht qui n'est pas le leur. Là dessus, le propriétaire du bateau débarque et accepte de les héberger là pour la nuit. Mais profitant du sommeil de ses camarades, le jeune homme de départ hisse pavillon pendant la nuit, et voilà donc l'embarcation partie pour une virée dans le Pacifique sud, à destination de l'île d'Infant, où le frangin tant recherché est censé se trouver. Sauf que la rencontre avec Ebirah fera échouer les occupants du yacht sur l'île de Letchi. Voilà.

 

 

C'est fort pénible, on se contrefout de l'histoire, et on ne peut même pas profiter d'Ebirah, qui ne révèle au départ que l'une de ses pinces. Les aventures qui suivront continueront à embourber le film dans l'approximation, puisqu'on alterne entre des scènes se déroulant à Letchi et d'autre situées à Infant, île sur laquelle se trouve également Mothra et ses adorateurs (dont les deux chanteuses jumelles lilliputiennes, toujours aussi synchro). L'espace est extrêmement mal géré et il faut bien avoir suivi le début pour savoir que les deux îles ne sont pas côte à côte (ce qui n'empêche pas les personnages de faire des allées et venues constantes, je ne sais pas comment, j'ai oublié ou je dormais).
Quand aux vilains dictateurs de l'île de Letchi, et bien on peut en dire une chose : ce sont des communistes ! Avec un nom de Parti tel que "Le Bambou Rouge", il n'y a pas de place au doute, surtout que l'objectif des bougres est d'asservir la population et de développer l'armement nucléaire (ce qui resservira dans la morale finale : "attention, les bombes nucléaires c'est dangereux"). Ebirah lui-même a plus ou moins la fonction de mur de Berlin : il empêche tout exode, avec l'aide d'un condor géant chargé de la surveillance aérienne le temps d'une scène de combat avec Godzilla.

 

 

A propos, Godzilla et Mothra dans tout ça ? Et bien pendant 50 minutes, ils dorment. Oui. Pire encore que le spectateur. Mothra se fout de ses adorateurs, et elle (paraîtrait que c'est une papillonne et non un papillon) roupille sec jusqu'à 10 minutes avant la fin. Les scènes situées à Infant en sont d'autant plus désespérantes. Quand à Godzilla, il dort dans une montagne, mais il sera tiré de son sommeil par une énième idée tordue : foutre une épée / paratonnerre au sommet de la montagne, la relier à Godzilla et espérer que la foudre tombe en même temps que la nuit. Bingo, ça marche, et notre gros lézard peu aller faire du beach voley et danser du rock'n'roll ! Car oui, sa première action est de se jeter la première pierre venue avec Ebirah. Les deux monstres se renvoient donc le rocher mutuellement, et Godzilla finit même par jouer en mettant la tête, avant finalement de se jeter à l'eau et de combattre le crustacé dans des séquences d'une lenteur lénifiante.
Puis, plus tard, agressé par les avions des "Bambous rouges", il nous la jouera King Kong (sûrement un résidu du scénario original), le côté pathétique en moins. Car la BO, riche en musique pop rock, sert ici de prétexte à humaniser le personnage de Godzilla, qui se mettra à danser le rock'n'roll tout en abattant les avions, du moins pour autant que les responsables des effets spéciaux soient capables de le faire danser. Ils ne s'en sortent pas trop mal, d'ailleurs. Les monstres ne sont pas trop mal réalisés, même si du coup le budget a dû être un peu court pour le reste, et principalement pour les décors, avec les modèles réduits habituels, mais aussi et surtout avec les installations militaires en carton qui se font remarquer par leurs couleurs vives (du rouge, du jaune, du bleu).

 

 

Bref, Ebirah Horror of the Deep est une purge. Le monstre lui-même ne réapparaîtra d'ailleurs presque plus dans la série, à part pour All Monsters Attack en 1969 (mais dans un stock shot) et pour Final Wars en 2004. Il n'aura en tout cas plus droit d'apparaître comme monstre principal, et ce n'est que justice. Car son film, en plus d'être ennuyeux au-delà de ce qui devrait être permit, ne se distingue pas non plus pas son humour. Non pas que le film soit traité sérieusement, non, mais plutôt parce que les longues minutes passées à s'attarder sur ces humains débiles détruisent la patience du spectateur. Les pauvres monstres auront beau faire tout ce qu'ils veulent dans les cours laps de temps qui leurs sont impartis, le surréalisme de leurs combats (une des choses normalement les plus amusantes de toute la série) n'arrivera même pas à sauver les apparences. Je n'invente rien : Godzilla lui-même piquera un autre roupillon peu après son réveil.

Note : 3/10

 

Walter Paisley
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