Whodunit ?
Titre original: Island of Blood
Genre: Horreur , Slasher
Année: 1982
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: William T. Naud
Casting:
Marie-Alise Recasner, Rick Dean, Ron Gardner, Terence Goodman, Richard Helm, Jeanine Marie...
Aka: Scared Alive / Whodunit
 

- Une jeune femme s'apprête à prendre un bain dans sa piscine à la nuit tombée lorsque le bout du canon d'un fusil surgit derrière elle, la tuant dans les secondes qui suivent, à bout portant.
- Plus tard, a ce même endroit, situé sur une île presque entièrement désertée, la propriété est louée pour les besoins de la production d'un film d'horreur à une équipe de comédiens ainsi qu'à l'équipe technique du film. C'est peu dire qu'ils ne sont pas très bien accueillis puisque leur cuisinier, qui sert accessoirement de régisseur, leur fait savoir le fond de sa pensée : une bande de jeunes drogués doublés de feignasses écervelées. Seulement bientôt, si l'équipe du film reste soudée, ou à peu près, elle se fait aussi peu à peu dessouder. Le premier à en faire les frais est l'un des acteurs qui, dans la même piscine décrite ci-avant, finit ébouillanté. Cela ne démotive pas pour autant nos comédiens en herbe qui croient à un accident, sauf que ce genre d'accident répété à plusieurs reprises (et dont on trouve chaque fois sur les lieux, près du cadavre, un petit magnétophone jouant le même refrain de mort), au bout d'un moment, difficile de ne pas voir qu'on a affaire à un tueur en série. Inutile de préciser que nos jeunes gens ne sont pas au bout de leur peine puisqu'ils sont bloqués sur l'île...

 

 

On doit Island of Blood entièrement à William T. Naud qui, non seulement l'a écrit mais en plus l'a réalisé dans une période encore très prospère pour un genre souvent décrié : le slasher. L'homme n'en est pas à faire ses premières armes puisque dès 1964 il réalise "Thunder in Dixie", un carsploitation avec de la jalousie et des tutures donc, suivi d'un autre deux ans plus tard : "Hot Rod Hullabaloo". Peu de films au compteur en tant que réalisateur puisque celui-ci ne retournera pas avant 1972 et "Wild in the Sky", une comédie d'aventures à tendance blaxploitation dans laquelle, non sans ironie, Naud illustrait l'histoire d'un groupe de militants pacifistes voulant détruire le camp militaire de Fort Knox en y faisant péter une bombe atomique. Après cela, William T. Naud produira sa propre série pour la télévision ("Girl in My Life"), laquelle fera un flop... Ainsi on ne le reverra plus avant 1982 et ce Island of Blood, sorti en France en Vhs sous le titre de Whodunit?. Un presque chant du cygne puisque, outre l'écriture du scénario de "Necromancer" que Dusty Nelson tournera en 1988, Naud s'illustrera quant à lui avec "Ricky 1", une parodie de la série des "Rocky" qui lui servira de baroud d'honneur car ce dernier raccrochera les gants ensuite, en tout cas au cinéma.

 

 

Quant à Island of Blood, malgré ses airs mille fois vus, il ne faudra pas se tromper dans la façon de l'appréhender : il y a intrinsèquement une dimension ironique, voire cynique, qui pourra facilement échapper au spectateur le moins rompu (encore que), ce qui, dans sa première partie nous vaut quelques fous-rires (ou rires nerveux, selon). Ainsi a-t-on droit à une troupe de comédiens tant égocentriques qu'aucun d'eux n'a d'empathie particulière pour son partenaire, ni en tant que comédien, ni en tant qu'être humain. Le tableau à cet effet est sans appel, le coup de grâce étant donné avec une espèce de chanteur-intello-philosophe post Flower Power qui, à toute question d'ordre pratique répondra par des considérations du style : "il y a trop de bombes dans le monde, il faut de la poésie pour survivre !". Du reste, ce n'est certainement pas gratuit, puisque, affublé d'une perruque et d'un masque, l'alter ego américain de Francis Lalanne sera dans les tous premiers à se faire trucider, ce, pour la joie de tous. Le reste est à l'avenant puisque, même lors d'une blague de potache où l'on se déguise pour faire peur, l'auteur ne s'apercevra même pas de la véritable terreur suscitée chez la jeune femme victime de sa blague. Pour couronner le tout, si au fur et à mesure des morts qui s'amoncellent chaque acteur aura peur pour lui-même, on ne peut pas dire que la tristesse les submerge lors des décès brutaux ; dès le premier mort, pourtant ébouillanté comme une écrevisse (servie à table), ceux-ci continuent de faire ripaille sans trop d'égards pour autrui ni même de donner à l'écran l'impression d'être conscient de ce qui vient de se passer. On rajoutera dans le domaine d'un cynisme de fond, par rapport au genre qu'il aborde, une scène irrésistible qu'on prendra de prime abord comme étant involontairement comique : notre rustre cuisinier s'approchant d'une des actrices avec un énorme couteau, alors qu'ils sont seuls dans la pièce, pour lui demander : "Est-ce que du poisson vous convient ?".

 

 

Whodunit? avance ainsi durant une quarantaine de minutes sans oublier d'enchaîner les morts avant de chuter quelque peu au niveau du rythme. Spoilons légèrement égard au "whodunit" du titre français et précisons que tout cela s'avérera être une affaire de snuff movie vendu à un particulier par ... à vous de voir le film ! En tout état de cause, même si cela ne tient pas tout à fait debout (où, la caméra ainsi que son cadreur sont-ils placés chaque fois ? Mystère insoluble s'il en est...), l'idée est plutôt astucieuse, ne s'anticipe pas comme c'est la plupart du temps le cas, en plus de participer à la dimension ironique, laquelle ne tombe jamais dans le potache, restant même dans une zone dangereusement pince-sans-rire, et sur le genre humain (comédiens en premier), et sur le petit monde du cinéma, ainsi enfin sur un genre saturé des mêmes poncifs que William T. Naud nous refourgue sur un ton moqueur. Si cette dimension n'est pas captée, le spectateur se trompera sur la marchandise et aura tendance à prendre pour des défauts, des défauts montrés du doigt de manière caustique.

 

 

N'y voyez surtout pas là sur-interprétation pour une livraison de pure exploitation, mais à rebours, en plus de prendre le temps de jeter un oeil (voir plus haut) sur la filmographie du bonhomme, il est aisé, alors qu'on ne sait trop sur quel pied danser pendant un moment, de voir à quoi s'en tenir niveau humour un brin distancié. C'est pour cela, avant tout, qu'Island of Blood vaut qu'on y jette un petit coup d'oeil. Naud enfonce d'ailleurs le clou avec une piste destinée à égarer (mais pas trop) le spectateur, en balançant un personnage (l'un des comédiens, campé par Rick Dean qui fera carrière ensuite principalement dans le genre fantastico-horrifique), censé être psychotique et donc l'auteur des meurtres. En parlant d'eux, idem, sans rien révolutionner non plus, avec même une certaine humilité de traitement, ils offrent un quota quantitatif et imaginatif tout à fait respectable (façon giallo, genre auquel le film s'apparenterait énormément s'il était d'origine italienne, sans compter que le nihilisme de La baie sanglante est ici présent, soit, en mode mineur) et remplissent largement leur fonction horrifique au premier degré : un mort ébouillanté dans une piscine, un "Francis Lalanne" poignardé sans retenue et à juste titre, une tronçonneuse venant "assouvir" sa pulsion, une douche à l'acide, un planteur de clous mécaniques destiné aux tentures murales mais qui servira à quelque chose de plus frontal ici, et quelques autres "fêtardises" et cotillons de l'horreur venant compléter de façon sympathique cette déjà riche liste mortuaire.

 

 

A cela vient s'ajouter une bande-son signée Joel Goldsmith (l'un des six enfants du célèbre Jerry, ayant fait l'année précédente ses premières armes aux côtés de Richard Band pour la partition de "Rayon Laser") plutôt bien vue, distillant à juste dose et distance une bonne ambiance, émaillée même de quelques notes d'humour consistant à faire rejouer à l'orgue, par le psychotique de la troupe, une marche funèbre histoire de détendre tout le monde.
Certains pourront bien me dire qu'avec tout ça, Island of Blood n'est pas à proprement parler un grand film ou une bobine marquante. Soit, cela est vrai, mais ça n'en reste pas moins un petit horrifique très correct, honnête dans ce qu'il donne, et loin d'être aussi bêta qu'il s'en donne l'air par-dessus son aspect forcément fauché. Précisons enfin que l'esprit du film n'a strictement rien à voir avec, par exemple, celui d'un pitoyable 13 morts et demi.

 

 

Mallox

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