Dark Waters
Titre original: Temnye vody
Genre: Horreur , Fantastique
Année: 1993
Pays d'origine: Italie / Russie / Royaume-Uni
Réalisateur: Mariano Baino
Casting:
Louise Salter, Venera Simmons, Mariya Kapnist, Lubov Snegur, Alvina Skarga, Pavel Sokolov, Anna Rose Phipps...
Aka: Dead Waters / Темные воды
 

Après un long voyage, Elizabeth arrive sur une île perdue dans un coin du monde, occupée par quelques autochtones vivant essentiellement de la pêche, et surtout une communauté de religieuses pratiquant des rites d'un autre âge dans un couvent austère. Le père d'Elizabeth est récemment décédé, et avant de mourir il a demandé à sa fille de perpétuer un engagement auprès du couvent, auquel il versait des dons depuis une vingtaine d'années. Elizabeth est donc venue rencontrer la mère supérieure de l'établissement, ainsi que son amie Thérésa, qui a quitté Londres pour devenir novice.

Elizabeth, une fois sur l'île, est en proie à d'étranges visions et des cauchemars liés au mystère se rattachant à son enfance, la jeune femme n'ayant aucun souvenir de ses sept premières années. Celles-ci ont été inexplicablement effacées de sa mémoire. Mais les souvenirs vont revenir peu à peu à la surface...



"Je suis celle qui est vivante et qui fut morte… Et voyez, je vivrai à jamais." Ainsi débute Dark Waters, par ces mots que certains lecteurs de Lovecraft pourraient rapprocher de la célèbre citation que l'on retrouve notamment dans le Nécronomicon : "N'est pas mort ce qui à jamais dort, et dans les ères peut mourir même la Mort."
Le réalisateur de Dark Waters, Mariano Baino, n'a d'ailleurs jamais caché sa passion et son admiration pour l'écrivain de Providence, et ce depuis son plus jeune âge. Pas étonnant, par conséquent, que le premier long métrage (et unique à ce jour) de ce metteur en scène d'origine italienne soit à ce point imprégné du mythe de Cthulhu. Dark Waters offre en effet une galerie de personnages tout au long du film formant, au final, un bestiaire digne de figurer au sein de l'oeuvre du romancier. On pense notamment à ces êtres étranges qu'Elizabeth va croiser lors de son périple, comme cet homme inquiétant dévorant un poisson cru lors de la traversée vers l'île et qui évoque les humains hybrides nommés "Profonds" ("Deep Ones") peuplant la cité maudite d'Innsmouth, issue de l'imagination fertile de Lovecraft.

 

 

Il y a aussi ces aveugles, la mère supérieure, le peintre réalisant des fresques reproduisant des événements venant de se dérouler, ainsi que la femme au canevas. Dans cet univers autre, les aveugles sont les plus clairvoyants. Et sur cette île entourée par des eaux sombres, balayée par les pluies, c'est de l'obscurité que viendra la lumière pour Elizabeth, à savoir la vérité.
Le film baigne très rapidement dans une ambiance irréelle, dès lors qu'Elizabeth s'approche de son point de chute ; d'abord dans ce bus rempli d'autochtones semblant échappés d'un asile (ils pourraient très bien venir d'Arkham) qui la transporte jusqu'aux limites du continent. Puis lors de la traversée vers l'île, quand cet homme au visage partiellement dissimulé, dans son ciré de marin, propose à Elizabeth de la conduire moyennant finance. A la vision de cette scène, le spectateur a le sentiment que l'héroïne vient de conclure un marché avec Charon, et qu'elle est sur le point de traverser le Styx pour se rendre en enfer. Pourtant, ce n'est pas à un séjour chez les morts que Mariano Baino nous convie, mais plutôt à une transposition du personnage d'Alice (de Lewis Carroll) dans une nouvelle de Lovecraft. D'une certaine manière, Dark Waters, c'est un peu "Elizabeth au pays de l'indicible horreur".

 

 

C'est grâce à des fonds russes que Dark Waters a pu se concrétiser. Ce qui explique le choix de la Russie comme principal lieu de tournage. Si le tournage en question s'avéra particulièrement mouvementé, compliqué et ralenti par toute une série d’incidents et d'événements qui faillirent remettre en cause son aboutissement, le résultat final est pourtant remarquable, et spectaculaire à certains niveaux. Le passage de la chapelle engloutie par les eaux, au début du film, en est l'exemple frappant. Sachant qu'une seule prise était possible, on peut dire que l'ensemble de l'équipe a fait preuve d'une impressionnante efficacité, et d'un grand savoir faire.
Malgré toutes ces épreuves, Mariano Baino n'a pas eu à regretter son choix, qu'il s'agisse des divers lieux de tournage (Odessa, Kiev, Crimée), dont l'intégration de décors spécialement créés pour l'occasion sur les sites naturels s'avéra parfaitement homogène, des cascadeurs et surtout des figurants. La plupart d'entre eux participent à l'ambiance qui règne dans le film, et le fait qu'il s'agisse d'amateurs pour la majorité d'entre eux a pour effet d'accentuer le réalisme des situations. De plus, la barrière de la langue (peu de Russes parlaient l'anglais) permet aux acteurs de jouer un peu plus sur les attitudes, et ils s'acquittent de cette tâche avec brio. Dans l'ensemble, ils font froid dans le dos, depuis la mère supérieure aux traits parcheminés s'exprimant par borborygmes jusqu'à l'épicier-embaumeur (au visage particulièrement expressif), en passant par ces nonnes se livrant à des processions nocturnes en portant des croix enflammées.

 

 

Malgré aussi la frustration légitime du réalisateur de ne pas avoir pu concrétiser sur pellicule tout ce qu'il avait prévu, pour des raisons essentiellement financières et logistiques, Dark Waters parvient néanmoins à transporter son auditoire dans un univers reflétant la personnalité de son auteur (comme ont pu le faire Clive Barker ou Pupi Avati).
Ces mésaventures diverses ont eu pour conséquences de modifier le scénario initial, avec comme effets principaux de rendre l'intrigue parfois confuse. Toutefois, l'histoire demeure compréhensible malgré son côté quelque peu hermétique. La prestation sans failles des acteurs, parmi lesquels l’héroïne incarnée par Louise Salter (qui aurait mérité une carrière plus conséquente) contribue à la qualité générale de Dark Waters tout comme le savoir faire de l'équipe technique qui a su contourner les obstacles et les diverses péripéties pour arriver au résultat que l'on sait. Pas de stars dans ce film, mais Mariya Kapnist, qui joue la mère supérieure, connut le succès à l'époque de l'U.R.S.S. à travers des classiques comme Rousslan et Ludmilla et "La chasse sauvage du roi Stakh". L'actrice mourut en 1993, peu de temps après la fin du tournage.

 

 

En résumé, Dark Waters est une réussite dans la mesure où Mariano Baino s'est évertué à créer un climat où l'angoisse est présente dans chaque recoin de l'île, que ce soit derrière les murs de cet inquiétant couvent, ou dans ce village de pêcheurs où l'on ne sait qui se cache derrière le moindre habitant : un allié potentiel ou un ennemi ? A bien des égards, le réalisateur a maîtrisé son sujet et proposé à son public une oeuvre des plus originales, à mille lieues des productions horrifiques sorties durant cette décennie. Le film de Baino sort du lot sans coup férir, à l'instar de "Dellamorte Dellamore" de Michele Soavi, tourné à la même époque.

 

Flint

 

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# La fiche dvd Ecstasy of Films de Dark Waters

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