5 femmes à abattre
Titre original: Caged Heat
Genre: Action , Women In Prison
Année: 1974
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Jonathan Demme
Casting:
Juanita Brown, Roberta Collins, Erica Gavin, Barbara Steele, Ella Reid, Cheryl Smith, Warren Miller, Desiree Cousteau...
 

Après leur incarcération dans un pénitencier pour femmes tenu par une surveillante-chef invalide et frustrée, cinq d'entre-elles, lasses de se faire torturer ou violer, tentent de s'évader de l'endroit. Trois y parviennent vraiment. C'est au péril de leur vie que ces dernières montent une opération de commando pour délivrer leurs amies restées entre les mains de geôliers sadiques...

 

 

Drôle de WIP féministe que livrait en 1974 Jonathan Demme, sous la houlette de Roger Corman qui le fit, comme tant d'autres, débuter. Caged Heat est donc le premier essai du futur metteur en scène du très connu et très estimé "Silence des agneaux". On ne va pas refaire toute sa carrière, ceux qui s'intéressent d'assez près au cinéma de Demme savent ce que vaut le cinéaste, et ce, bien avant sa consécration qui l'emmènera ensuite dans des sphères plus (pour ne pas dire trop) édifiantes, avec des films tels que "Philadelphia" ou "Beloved", quand ce n'est pas des remakes inutiles ("Un crime dans la tête", "La vérité sur Charlie"). C'est pourtant dans l'indépendance, voire dans la marginalité que Demme s'exprime pourtant le mieux : ses concerts filmés et ses documentaires sont presque inégalables (voir son "Stop Making Sense" en 1984 ou "Neil Young: Heart of Gold" en 2006) tandis que ses vrais chefs-d'oeuvre en matière de fiction seront élaborés en plein milieu des années 80 : "Dangereuse sous tous rapports" mais aussi "Veuve, mais pas trop...", deux comédies bondissantes et décalées, virant toutes deux au récit criminel pur et dur. Impossible tout du moins, à la vision de 5 femmes à abattre, de ne pas déjà trouver tous les ingrédients d'un mélange à venir, qui plus est tout à fait personnel.

 

 

On n'oubliera pas au passage son thriller en 1979, avec Roy Scheider : "Meurtres en cascade", lui aussi de très bonne facture, mais au tout début, il y eut surtout Roger Corman, sans lequel sa carrière aurait probablement pris un tout autre tournant. Ce n'est du reste pas leur première collaboration puisque ce dernier lui confia peu avant les scripts et scénarios de "Angels Hard as They Come", de "The Hot Box" (un autre WIP à demi-philippin réalisé par Joe Viola en 1972) tandis que Demme imagina l'histoire du plus connu (bien que médiocre) "Black Mama White Mama" avec Pam Grier. C'est juste après avoir été assistant sur le premier des deux que Jonathan Demme tournera lui-même, adaptant son propre scénario, celui qui nous concerne.

A l'arrivée, si Caged Heat est parasité par ses obligations de livrer les quotas (scènes de douche à f(t)oison, viols, rapports saphiques, tortures et sadisme) propres au genre, s'il demeure une bobine au rythme très chaotique et d'un intérêt souvent inégal, il n'en demeure pas moins emblématique, et du genre, et de la sensibilité, voire encore de la patte, du réalisateur : il y a, et c'est une première dans un genre qui, en 1974, peinait déjà largement à se renouveler, à la fois un aspect documentaire inédit, mais aussi un ton décalé, figeant l'absurdité des situations (voir pour exemple, un gros plan sur une oreille tombante d'un policier après s'être pris une balle) qui fera une dizaine d'année après tout le charme très personnel du cinéma indépendant de Demme, avec notamment les films cités plus haut. Inutile d'aller trop loin hormis que de simplement le préciser : l'outrageusement omniprésent Tarantino n'a fait, avec son "Boulevard de la Mort", que pomper la fin de ce film-ci en le mixant avec d'autres. Mais cessons de parler de DJ, parlons plutôt de vrais metteurs en scène... ainsi que des actrices ici-présentes, lesquelles contribuent aussi au charme d'une pelloche qui dépasse le simple produit ou la livraison express...

 

 

Si les productions WIP précédentes de Roger Corman, signées par exemple Gerardo de León (Women in Cages) ou Jack Hill (The Big Doll House, The Big Bird Cage), constituaient des spectacles sympathiques, elles se montraient somme toute bien plus classiques, reposant assez souvent sur des intrigues annexes, avec un humanisme légèrement vaseux. Caged Heat, quant à lui, en optant pour l'aspect documentaire, puis 100% féministe (ici, aucun homme ne relève l'autre), en plus de lui conférer une dimension à mi-chemin entre le drame et le burlesque, lui donne un ton en plus, ainsi qu'une vivacité et une tonicité à part. C'est bien sûr cette singularité de traitement qui fait tout le prix de cette bobine, autant que d'annoncer un talent derrière la caméra. Ce dernier récidivera d'ailleurs en toute irrévérence avec Crazy Mama ainsi qu'un vigilante trop méconnu ("Colère froide"/"Fighting Mad") avec Peter Fonda.

Dans un domaine plus générique, c'est aussi l'occasion de retrouver une flopée d'actrices souvent rompues au genre, ayant souvent eu des destinées aux antipodes : Barbara Steele, dont on ne rappellera pas l'immense carrière, excelle en directrice (f)rigide ; Cheryl Smith (Lemora : A Child's Tale of the Supernatural) sombrera peu après dans la drogue jusqu'à crever dans un refuge pour sans abris dix ans plus tard ; quant à Roberta Collins, c'est assurément une figure marquante du genre, mais pas seulement (La course à la mort de l'an 2000, Three the Hard Way, "Le crocodile de la mort", ...). Louons enfin l'excellente prestation de Juanita Brown, déjà aperçue dans quelques blaxploitations bien connus des amateurs ("Willie Dynamite", "Foxy Brown"), qui perce ici l'écran de sa forte personnalité, ainsi que la non moins marquante Erica Gavin, dont chacun connaît le tour de poitrine grâce à sa prestation en Vixen Palmer chez Russ Meyer. Inutile de refaire non plus toutes les filmographies et signalons, avant de se quitter, l'apparition non créditée d'une certaine Désirée Cousteau ainsi que la bande-son signée John Cale, aussi dynamique que très réussie.

 

 

Mallox

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